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Le mariage de Figaro ~ Beaumarchais

18 janvier 2011

Enfin, je découvre Beaumarchais ! Une évidence. Car le vil tentateur n’est autre que Mozart, cette fois. (Zatoun peut dormir tranquille…) Aah, Wolfgang, mon vieil amour secret ! Ces figures de révolutionnaires me fascinent.

Au 18ème siècle (la première représentation du Mariage de Figaro date de 1784), les genres littéraires changent de public et les auteurs changent alors de principes. Au théâtre, on veut désormais du vraisemblable, on veut la vie quotidienne sur les planches, qui deviennent moralisatrices. Car par leurs pièces, les auteurs influencent les valeurs morales des spectateurs, qui ne constituent plus une élite. Le siècle des Lumières souffle son vent de philosophie et comme madame Giovanna Trisolini le dit très bien dans sa superbe introduction, « Ce nouveau “théâtre” dénonce finalement l’inégalité sociale, l’intolérance, toute sorte d’abus, au nom de la raison, de la nature et du sentiment ».

Même s’il semblerait que j’aurais dû commencer par Le barbier de Séville pour comprendre quelques allusions, mon bonheur est complet. La préface de Beaumarchais, d’abord, est une merveille qui répond aux critiques d’une façon un peu mordante comme je les aime. Ensuite, ma lecture était accompagnée de Le Nozze di Figaro, l’opéra de Mozart adapté de la pièce : une autre merveille. Et puis c’est l’amour, bien sûr, qui se trouve être au centre de la pièce. L’amour et la tromperie. L’amour qui inspire autant la douce poésie que la sourde fourberie. Tandis que Figaro (valet de chambre du Comte Almaviva) et Suzanne (première camariste de la comtesse) s’apprêtent à se marier, des complots voient le jour. Figaro apprend que le comte a l’intention de les marier pour faire de Suzanne sa maîtresse. Quant au lecteur/spectateur, il apprend que Marceline (femme de charge) attend de Bartholo (le médecin) qu’il l’aide à briser l’engagement de Figaro envers Suzanne pour pouvoir l’épouser. Mais c’est sans compter Bazile, qui veut épouser Marceline ! S’ensuivent des complots à l’intérieur des complots, des procès, des leurres, des cachoteries…

A l’aube de la Révolution française, cette pièce est un feu d’artifice, une vraie Folle journée. Derrière cette drôlerie, la confiance est pesée, réfléchie ; les attaques sont semées, assumées sans être amères. Il faut aussi mentionner la langue, délicieuse ! Qu’on ait accusé Beaumarchais d’immoralité à cause du langage et des situations de sa pièce me fait sourire aujourd’hui. Evidemment, dès que les petites gens et les femmes se mettent à vouloir détourner les abus pour retrouver leurs droits, ça fait jaser les seigneurs. Si l’abus du pouvoir et les corruptions de la justice sont dénoncés, Beaumarchais fouette aussi fortement la condition de la femme à cette époque. En donnant la parole aux trois femmes de la pièce, il les met au cœur de celle-ci en dénonçant leur assujettissement. Le Comte Almaviva incarne le parfait imbécile bien né et macho, qui au final devient tout à fait risible tant les personnages autour tendent à le tourner en bourrique, à aller contre son bon-vouloir. Beaumarchais atteint ses cibles une par une, ce qui n’a bien sûr pas manqué de créer un scandale à l’époque.

Le personnage de Figaro, subtile et compliqué, amène une certaine joie de vivre, un côté rebelle tout en ayant passé le stade du jeune fou. Son couple avec Suzanne est en d’autant plus frais et pétillant ! Pendant que les scènes s’enchaînent, l’ironie est parfois maîtresse des situations, pour notre plus grand bonheur !

Voilà une découverte intéressante que cette très belle pièce, hardie et drôle !

 

Quelques extraits

FIGARO. Ah ! voilà notre imbécile avec ses vieux proverbes ! Eh ! bien, pédant, que dit le sagesse des nations ? Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin…

BAZILE. Elle s’emplit !

FIGARO, en s’en allant. Pas si bête, pourtant, pas si bête ! [P. 122]

 

FIGARO. Tu boiras donc toujours ?

ANTONIO. Et si je ne buvais pas, je deviendrais enragé.

LA COMTESSE. Mais en prendre ainsi sans besoin…

ANTONIO. Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, madame, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. [P. 149]

 

LE COMTE. Les domestiques ici… sont plus longs à s’habiller que les maîtres !

FIGARO. C’est qu’ils n’ont point de valets pour les y aider. [P. 162]

 

FIGARO. Depuis qu’on a remarqué qu’avec le temps vieilles folies deviennent sagesse, et qu’anciens petits mensonges assez mal plantés ont produit de grosses, grosses vérités, on en a de mille espèces. Et celles qu’on sait, sans oser les divulguer : car toute vérité n’est pas bonne à dire ; et celles qu’on vante, sans y ajouter foi : car toute vérité n’est pas bonne à croire ; et les serments passionnés, les menaces des mères, les protestations de buveurs, les promesses des gens en place, le dernier mot de nos marchands, cela ne finit pas. Il n’y a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi. [P. 190-191]

 

BEAUMARCHAIS. Le mariage de Figaro. Paris : Librairie Générale Française, 1999. (Le Livre de Poche, Théâtre de poche ; 6688). 285 p. ISBN 2-253-05138-1

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11 commentaires

  1. Héhé! Ravie de faire partie de la même catégorie que Mozart :P
    Je me rend compte pour la énième fois que j’ai fort bien fait de te placer dans "Mes tentateurs favoris", saligaude! ^^ Ton avis me fait penser que je vais adorer Beaumarchais ;)


  2. Un classique que je n’ai jamais lu! Mais je pense qu’il me plairait bien! :)


  3. Bonjour Moragane,
    Je profite de venir te faire un petit coucou [dommage il n'y a pas de nouvel article :( ] pour te dire qu’il y a un nouveau petit concours sur mon blog. (avant dernier article)


    • Hello Laeti !
      Oui, j’étais un peu débordée ces derniers temps… Mais les nouveaux articles, c’est pour bientôt !
      J’avais vu ton nouveau concours mais Urban Massaï ne me tente pas donc je passe mon tour ! =)
      A bientôt !


  4. je l’ai lu en cours au lycée, il me semble et j’avais bien aimé, je l’ai trouvé frais, et court ! Il se lit tout seul :p


  5. comptes tu lire le barbier de séville ensuite ?


    • Oui ! Je ne sais pas quand mais j’ai bien envie de découvrir d’autres pièces de Beaumarchais. A commencer par Le barbier de Séville et La mère coupable !


  6. Le Mariage de Figaro… c’est ce que j’ai eu à mon bac de français ! Il y a quelques années maintenant. J’aime beaucoup !


    • Ca donnerait presque envie de passer le bac… =D



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