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« Il ne dit jamais rien. »

7 juin 2013

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Perplexe, je suis. Qu’est-ce que ce livre vient faire dans la sélection du Prix Indications ??

Sur Lalibre.be, on apprend que la nouvelle collection La Traversée est « destinée aux adultes lecteurs débutants [et] a pour objectif de proposer des romans intéressants, loin des livres d’enfants qui sont souvent la porte d’entrée pour ce public en apprentissage ».  On est du coup en droit de se demander si l’auteur a bien saisi l’objet de la commande… Si c’est le cas, il confond allègrement « adulte lecteur débutant » et « attardé mental ».

A la page 8, j’en étais déjà à mon dixième soupir d’exaspération. Le livre commence à la page 5. Et il est imprimé en police taille 26. (On peut également se demander pourquoi les livres d’alphabétisation sont mis en page comme des ouvrages en grands caractères : les lecteurs adultes débutants ont-ils également tous des problèmes de vue ? Mais c’est un autre débat…)

Première page : le ciel est clair, Sarah a la peau blanche et douce, ses yeux sont gris, très clairs et très doux. Deuxième page : la vie est très simple et très légère. Troisième page : (je répète) le ciel est clair, il y a un brouillard très léger, les mouettes sont blanches, les goélands sont gris, Sarah porte un sac léger. Oh et marcher 12km, « c’est long mais ça ne pèse pas lourd » (admirez l’effort !). Quatrième page : (attention, là c’est du lourd… mouhaha !) « La mer est belle, le chemin est beau, Sarah est belle, le matin est beau, la vie est claire. » Plus bas, « le chemin est léger ». (Et ne me demandez pas comment un chemin peut être léger…)

Non, vous ne rêvez pas, moi aussi j’avais l’impression qu’on m’avait attachée sur une chaise, les yeux grands ouverts par du papier-collant, devant Les Télétubbies. (« Lala a un nouveau chapeau. Le chapeau de Lala est beau. » Voyez, on s’y croirait.)

Alors, je me trompe peut-être mais dans ma tête, l’analphabétisme, c’est l’incapacité de lire et d’écrire, pas de s’exprimer à l’oral ni de comprendre une langue parlée. Alors pourquoi, POURQUOI, ce livre ressemble-t-il à une histoire écrite par ma sœur quand elle avait 6 ans ?! Et encore, elle avait déjà nettement plus de vocabulaire… En un sens, je peux comprendre la nécessité de répéter les mêmes mots pour que le lecteur débutant puisse s’imprégner des lettres qui les composent, mais faut-il pour autant dénuder le style jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, si ce n’est une soupe gagatisante de phrases courtes – sujet verbe complément, sujet verbe complément, sujet verbe complément ? Ne peut-on pas répéter les mots plus subtilement ? Et doit-on obligatoirement brûler son dictionnaire des synonymes avant d’écrire un bouquin pour un tel public ?

Bon, je l’avoue, je ne connais absolument pas le public ciblé ni les livres qu’ils lisent habituellement dans leur apprentissage, donc il est possible que je sois un peu dure (ahaha) et que ce livre soit adapté pour les adultes en cours d’alphabétisation… d’où ma première question : qu’est-ce que vient faire ce livre dans la sélection du prix Indications, face à trois autres livres qui ne visent pas le même public ? Quel est l’intérêt pour les lecteurs non-débutants de lire un tel roman ? Un roman aussi vide d’histoire et d’ambiance que de style, qui plus est.

Vous voulez peut-être que je résume ? Sarah est belle. Sarah est heureuse. Sarah marche sur le chemin. Le chemin mène au port. Au port, il y a un bateau qui revient d’Amérique. François descend du bateau. François est beau. Il dit « bonjour, maman ! ». Il a dix-huit ans. Simon descend aussi du bateau. Simon a trente ans. Simon est devenu le meilleur ami de François. Simon a sauvé la vie de François (répété au moins 7x tel quel). Simon ne dit rien (x 102). Le père de François s’appelle Pierre. Sarah prépare des boulettes à la sauce tomate (OMG il a osé mettre quatre nouveaux mots d’un coup dans une phrase !). (Ensuite, on a droit à la RECETTE des boulettes à la sauce tomate. Je vous assure, vrai de vrai, toute une page de recette.) Pierre va souvent voir son ami Joseph qui tient un bistrot. Marie-Madeleine est la fille de Joseph. Simon reste quelques jours chez François parce qu’il n’a pas de famille. Simon dort dans l’étable. Sarah s’occupe des vaches, range des pommes, fait à manger. Et puis, il se passe enfin un truc, qui prend 9 pages, c’est-à-dire 8 chapitres. Et là, on arrive au moment où « écrire une histoire pour adultes » devient « écrire une fin tout à fait ridicule ».

Après avoir lu Sans dire un mot, j’ai eu l’occasion de discuter brièvement avec Patrick Delperdange, qui a lui aussi écrit un roman dans la collection La Traversée. Il m’a confirmé ce que je soupçonnais : les auteurs de cette collection ont des consignes bien précises concernant le style simpliste à adopter. L’exercice doit être particulièrement difficile, on est d’accord. Pourtant, ça n’excuse pas tout ce que j’ai trouvé dans le roman de Xavier Deutsch : des mots bateaux répétés toutes les trois phrases, des phrases de trois mots répétées toutes les deux pages, des prénoms à chaque début de phrase, des clichés affligeants

Marie-Madeleine est la fille de Joseph et la servante du bistrot. Elle est très jeune et très jolie. Elle a le même âge que François et, parfois, Pierre et Joseph se disent que Marie-Madeleine et François devraient se marier. [p. 45]

 … des titres de chapitres dignes de Franklin qui savait compter deux par deux et lacer ses chaussures (« Simon va se laver », « Sarah fait le ménage »), un ramassis de trucs totalement grotesques et machos (Sarah sent la pomme et le savon et « Simon sent l’homme », Sarah fait tout à la maison pendant que Pierre boit des verres au village, François va se marier avec Marie-Madeleine et lui ordonne donc de lui servir à boire ; quand François veut un verre d’eau mais que sa mère n’est pas dans la cuisine pour le lui servir, il ne se sert pas tout seul, non, il cherche sa mère dehors et dans toute la maison pour avoir son verre d’eau), des scènes complètement ridicules où j’ai rigolé comme une bossue tellement c’était pas crédible.

Un petit chapitre ?

Pierre et Sarah s’aiment fort. C’est comme ça qu’ils font : Pierre veut Sarah et Sarah dit oui. Leur maison ne comporte pas d’étage. La fenêtre de leur chambre donne sur la mer. Elle est ouverte et la chaleur de la journée rentre dans la chambre pendant que Pierre et Sarah s’aiment. Simon veut faire la sieste. Mais il n’a pas trouvé un bel arbre pour s’allonger dessous. Alors il est venu près de la maison et s’assied par terre, contre un mur de la maison. Il est assis en dessous d’une fenêtre qui est ouverte. Comme la fenêtre est ouverte, il entend ce qui se passe dans la chambre. Il entend Pierre et Sarah qui s’aiment. Simon n’a plus sommeil. Il n’essaie plus de faire la sieste. Il est assis là, il entend ce qui se passe dans la chambre. Il ne dort pas. Il écoute. [p. 35]

Sérieusement, si je devais apprendre à lire aujourd’hui, je préférerais mille fois les bonnes petites enquêtes d’Alice que je lisais quand j’avais 12 ans, au moins il y avait de l’action et elle attrapait toujours les méchants à la fin.

On peut dire que Sans dire un mot était un petit supplice (même si j’ai quand même bien ri), parce que sur ce coup-là, j’aurais aimé que Xavier Deutsch n’en écrive aucun. 

Le billet de Lalynx, qui fait aussi partie du jury pour le Prix Indications.

Xavier Deutsch – Sans dire un mot
Lire et écrire asbl & Weyrich Edition (La Traversée), 2012
143 p.

 

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Les trois autres romans de la sélection du prix :

Citoyen Park de Charly Delwart ;

Vogelsang ou la mélancolie du vampire de Christopher Gérard ;

Une collection particulière de Bernard Quiriny.

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« Au milieu de la mort, la fumée noire était vivante. »*

26 janvier 2013

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Janvier 1901. El Paso, une ville du Texas en pleine expansion, voit débarquer sur son cheval un homme souffrant le martyr, épuisé après un voyage de très longue haleine. Après s’être installé dans une auberge sous le nom d’un shérif mort, l’homme fait appel au docteur Hostetler, les services du docteur étant la seule raison de son retour incognito à El Paso. Mais il faut très peu de temps au fils de sa logeuse pour le reconnaître : l’homme qu’ils ont sous leur toit n’est autre que John Bernard Books, une légende vivante de la gâchette, un tireur hors pair symbolisant à lui seul la conquête de l’Ouest. Lorsque Books apprend qu’il souffre d’un cancer lui laissant quelques semaines à vivre, il organise la fin de sa vie autour de sa mort prochaine.

— […] Si on y réfléchit un instant, nous avons énormément de choses en commun. Nous côtoyons la mort, tous les deux. Je la retarde quand je peux. Vous l’infligez quand vous y êtes obligé. Je ne suis pas un homme courageux, mais vous devez l’être, vous, au vu de votre profession. Eh bien, vous aurez beau faire preuve du plus grand courage de toute votre vie, cela n’aidera en rien. Ce n’est pas un conseil que je vous donne, pas même une suggestion, juste quelque chose à cogiter pendant que vous avez encore l’esprit clair. (Il scruta un moment le bout de ses chaussures.) Si j’étais dans votre situation, je sais ce que je ne ferais pas.

— Quoi ?

Charles Hostetler tendit l’oreille, comme pour s’assurer que personne n’écoutait aux portes.

— Je ne vous le dirai pas clairement. Cela va à l’encontre de mon éthique professionnelle. Mais je refuserais de mourir de la façon que je viens de décrire.

— Ah non ?

— Certainement pas. Pas si j’avais votre courage. Certainement pas. Et surtout si j’étais aussi doué au revolver.

Books le dévisagea.

— Au revoir.

Books le dévisagea.

— Merci. [P. 63-64]

La célébrité du tireur est telle que la nouvelle de son cancer ne laisse personne indifférent. Sa réputation le précède. Du coup, un mélange de crainte, d’estime et de mépris se dessine chez ceux qui le croisent, à commencer par Bond Rogers, sa logeuse. Entre audace et frayeur, c’est une femme de caractère qui, si elle se cache souvent derrière ses obligations, ne manque pas de courage. Quant aux autres personnages, ils sont pour la plupart l’incarnation des vautours appelés par l’odeur de la mort. Une mort qui pourrait leur rapporter gros. La majeure partie du roman porte donc sur les réflexions de Books à propos du profit que d’autres pourraient tirer de sa mort.

Au gré des gorgées de plus en plus fréquentes de laudanum pour contrer la douleur, on reste au chevet de ce personnage au caractère bien trempé qu’est Books. Dans sa redingote, les deux Remington qui ont fait sa renommée intimident jusqu’au shérif de la ville. Les sentiments qu’il fait naître chez ses contemporains donnent lieu à des confrontations et des dialogues caustiques.

À travers son roman, Glendon Swarthout dépeint aussi la mode et les mœurs d’une époque et d’un lieu pleins de changements. Même si l’ambiance du western imprègne complètement l’histoire, l’époque est à la transition. On assiste avec Books à l’urbanisation d’El Paso : du pavement des rues au tramway tiré par des mules en passant par le téléphone, toutes ces évolutions sont décrites avec précision. On croise même un photographe qui nous explique les mécanismes de l’ancêtre du flash !

Il faut ajouter que l’auteur a une façon géniale de décrire les choses sans ménagement, tellement réaliste lors des fusillades, qu’elle prête à sourire. Rien ne nous est épargné dans les descriptions chirurgicales de la trajectoire des balles à travers les corps. Ce sont pour ainsi dire les détails du passage de la vie à la mort, tout comme le roman est un plan plus large du passage de J.B. Books de la vie à la mort.

Le Tireur est donc l’histoire des derniers jours d’une légende vivante du Far West empreint de modernité. C’est bien sûr le chemin de la mort que l’on suit à travers ce roman, mais c’est aussi le chemin du saloon qu’emprunte Books, bien décidé à ne laisser profiter personne de sa mort prochaine.

À noter pour les cinéphiles que Le Tireur a été adapté au cinéma par Don Siegel sous le titre Le dernier des géants.

Un grand merci à Babelio et Gallmeister pour cette découverte !

LetireurBabelio

Glendon Swarthout – Le tireur
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
Gallmeister (Totem), 2012
198 p.
 
* P. 191 : la fumée provient de la poudre noire brûlée lors d’une fusillade.
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Pendant l’écriture du tas de feuilles…

16 décembre 2012

MERCI !

C’est le permier mot que je me devais d’écrire ici aujourd’hui ! Merci à tous les blogueurs qui se sont intéressés à mon étude et ont pris le temps de répondre au sondage que j’ai lancé ici-même fin octobre ! Et merci, surtout, aux jolis commentaires que vous avez laissés à l’intérieur et qui ont réchauffé mon petit coeur lorsque j’ai dû dépouiller cette joyeuse m*rd* ! Ceci dit, il y avait aussi des grincheux, et quelques perles, qui m’ont beaucoup fait rire !

Et donc voilà, après quelques complications : TFE imprimé et relié. Demain, il sera rendu. Il a épuisé mon quotat de diplomatie pour au moins 30 ans et m’a demandé beaucoup d’efforts pour garder en vie la partie saine d’esprit dont mon cerveau a encore la garde… Mais à défaut de m’avoir enchantée, ce TFE m’aura quand même apporté beaucoup de choses… Et bien sûr, il m’aura beaucoup frustrée par les envies inassouvissables dans l’immédiat qu’il suscitait. En vrac, en voici quelques-unes :

– l’envie de LIRE !!!

– l’envie de rencontrer certaines blogueuses ;

– l’envie de faire revivre ce blog et de lui donner une nouvelle peau ;

– des envies de meurtres, of course ;

– l’envie de crier partout que j’ai la meilleure promotrice du monde, même si je n’en ai jamais eu d’autre ;

– l’envie de me laisser aller à ma subjectivité (je veux dire : plus encore que d’habitude !) ;

– l’envie d’écrire tout, absolument tout, sauf mon TFE ;

– l’envie de mettre quelques baffes à Fadila Lanaan ;

– l’envie d’imprimer le nouveau décret juste pour pouvoir le voir brûler sans mettre le feu à mon pc…

– l’envie de trouver une bibliothèque qui me ferait oublier ma haine des bibliothèques.

En fait, je voudrais remercier ce petit enfoiré de 251 pages de m’avoir rappelé le bonheur quotidien que m’apporte la blogosphère littéraire. Il m’a fait prendre conscience de la richesse des partages, et m’a donné une réelle envie de me battre pour que la lecture reste au centre de cet univers virtuel si particulier. La blogosphère est véritablement ce qu’on en fait. Et moi je la veux belle ! Remplie de livres et de découvertes, confortable, conviviale, pleine de passion et d’échanges nourris, de voyages et de mots de toutes les couleurs…

Oui, je la veux belle ! Et si je ne suis pas la seule, alors on devrait pouvoir faire en sorte qu’elle le soit…

Nos sapins faits maison !

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Où la blogueuse a besoin de votre aide !

25 octobre 2012

Oyez oyez, chers lecteurs de mon coeur – ou pas, mais il paraît qu’aujourd’hui ça n’a pas d’importance… !

Vous qui passez par ici, asseyez-vous deux minutes et faites comme chez vous… Vous prendrez bien un petit café virtuel ? Bon, vous l’aurez compris, aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire… Oui, aujourd’hui, j’ai besoin de votre aide !

Il semblerait que je sois un peu obligée de vous dévoiler un pan de ma vie tout à fait merveilleux et que la plupart d’entre vous ne connaissent pas… Je suis étudiante à Bruxelles et je suis en pleine écriture d’un Travail de Fin d’Etudes pour l’obtention du magnifique diplôme de bibliothécaire-documentaliste. En (très) gros, mon TFE est une réflexion sur la (non-)présence des bibliothèques belges sur la blogosphère. Vous êtes encore là ? Bien. C’est ici que vous entrez en scène : j’ai créé un questionnaire pour en savoir plus sur vos habitudes de lecture, votre rapport à la bibliothèque et votre rapport à la blogosphère. Vous vous en doutez, j’ai besoin d’un maximum de réponses pour nourrir mes réflexions !

Vous trouverez le questionnaire ici : répondre.

Suite à une question en commentaire, je précise que le questionnaire est ouvert à tous les lecteurs, occasionnels ou boulimiques, blogueurs ou non, et peu importe le pays, celui-ci étant à préciser au début du questionnaire.

Merci d’avance à tous ceux qui auront pris quelques minutes pour y répondre !!!🙂

Et n’hésitez pas à faire tourner le questionnaire auprès de tous les lecteurs que vous connaissez !

683 réponses me sont parvenues et le questionnaire est maintenant fermé, un énoooooorme MERCI à tous !!!

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Bonne lecture à tous les ratons !

13 octobre 2012

Le Read-a-thon d’automne, c’est maintenant ! Toutes les explications sont chez Aymeline, qui reprend l’organisation côté francophone pour ce week-end !

Et les ratons sont : Adalana, Addiction-book, Alexandra, Asphodèle, Aurore56, Aymeline, Azalée, Bleue Violette, Candyshy, Coralie, Emmanuelle, EstelleCalim, Evy, Giny, Hilde, Iluze, Karine, Kirikou3000, L’or des chambres, Mangolila, Mara, Mélissa, Misara, Missycornish, Nadine, Natiora, PassionLetcure, petit_speculoos, quaidesamoureuxSamlor et Hegfangar, Séverine, Sharon, Sokitty, SoukeeXL et moi-même.

Les cheerleaders : Lystig,  Syl & Sandy.

Bon RAT à tous !!!

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« Il pleut et c’est formidable, la pluie. »

28 septembre 2012

Le livre qui va bientôt finir au feu…

Oui, ben justement, parlons-en. Nicolas, ton roman, il est encore plus formidablement chiant que la pluie. Passée l’acidité prometteuse des six premières pages, c’était foutu. J’ai rencontré Maud et – réaction épidermique – j’ai immédiatement eu envie de lui en claquer deux et de balancer le bouquin.

Pour Nicolas, Maud est une femme de caractère. Je dirais plutôt que c’est une pimbêche exaspérante qui n’a pas une once de magie dans son soutien-gorge. Une cinglée alcoolique qui n’est même pas drôle. En même temps, Nicolas a visiblement toujours eu de la merde dans le cerveau (et la cure de désintox n’a pas l’air d’arranger grand-chose). Si tu te fais à l’idée que dans la vraie vie, l’amour n’a rien à voir avec la tendresse, la beauté d’un moment ou un jeu de regards, pas étonnant que tu te retrouves excité devant une connasse qui « aime baiser » mais qui « hais l’idée même de dormir avec quelqu’un », qui a « le coeur sec » et qui « ne supporte pas la promiscuité ».

Un autre personnage tout aussi inintéressant gravite autour de Nicolas : son agent. Le dépressif Yves Kleber, aussi appelé « mon petit paquet de chips » (et on ne veut pas savoir pourquoi) peut être défini en un seul adjectif : pathétique. Mais dans tout ça, le plus à plaindre est encore son fils, Hippolyte, 6 ans.  Non content de lui avoir flanqué sur le dos un prénom hyper tendance pour le reste de sa vie, Nicolas passe son temps à lui rabattre les oreilles de ses conseils pourris à propos des filles, du premier râteau, de la première fois, du rapport père-fils idéal, etc. Limite on préférerait qu’Hippolyte lise la notice de tous les médocs de l’armoire à pharmacie, ça lui sera sans doute plus utile pour plus tard.

Il paraît que ce roman (?) est autobiographique. Eh ben, mon vieux, si ta vie est aussi chiante que ton roman, on comprend que la pluie te remonte le moral… Ce gars se la joue Beigbeder mais il a oublié son sourire en coin. Il joue très mal le mondain parisien désabusé et son sarcasme est amer au lieu d’être amusé. Rien de ce qu’il raconte n’est convaincant. Pas de finesse, pas de douceur, pas de piquant dans son absence de douceur, de l’ironie lourdingue, des mots en toc, des phrases qui sentent le trop réfléchi, de (très) courts chapitres qui se veulent mordants et qui tombent invariablement à plat. Ce roman est une enveloppe vide. Un truc décousu et sans intérêt

Elle avait besoin de parler. Elle a commencé : « J’ai un problème d’intensité. Je la recherche tellement qu’elle m’échappe à chaque fois. Je veux toujours vivre ce qui va suivre. Et lorsque je réalise que l’instant est beau, les choses me rendent encore plus triste. Chiant mon discours. Pardon. […] » [p. 63]

À vous qui passez par ici, un conseil : ne lisez pas ce brouillon qui sonne creux.

Merci tout de même à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert pour cette Masse Critique spéciale !

Nicolas Rey – L’amour est déclaré
Au Diable Vauvert, 2012
183 p.
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« …et je m’étais planqué là où était ma place, tout au bord, en lisière. »

22 septembre 2012

Bon, les gars, ça suffit. 188 pages, j’arrête, ça va, j’ai compris, les gens sont en passe de tous devenir dépressifs, le monde est en crise, la société française sent le moisi. Waouw. Alors c’est ça, le phénomène Olivier Adam ? Z’avez rien de plus plombant à mettre en avant pour cette chère rentrée littéraire en plein mois de septembre quand les feuilles se mettent à tomber, telle la pluie sur le pare-brise de Kad Merad, dénudant les grosses branches pour nous donner encore plus envie de nous pendre ? Mais je m’emporte… Ahum. Revenons à nos Lisières.

Fraîchement divorcé, Paul Steiner est un écrivain qui vit dans le vide que lui a imposé son ex-femme en lui arrachant la garde de leurs deux gosses. Sa mère étant à l’hôpital avec son fémur cassé et son cerveau qui part en vrille, il s’oblige à retourner dans la ville de son enfance pour tenter de prendre soin de son père, un homme plein d’aigreur qui semble en vouloir à la terre entière, et surtout aux étrangers. S’amorce alors une espèce de pélerinage sur les lieux de sa jeunesse et Les Lisières deviennent un album de portraits barbants en noir et blanc parmi lesquels on se perd trop facilement.

C’est un roman déprimant dans lequel tous les personnages sont vidés, fanés, déprimés, blasés, cassés, usés, flétris, aigris, se sont faits virer, plaquer, mettre à la porte. Un roman en crise, où la peur de l’autre est montrée telle qu’elle est, dévastatrice et source de pensées dangereuses, de haine, de violence. Un roman dans lequel on reconnaît forcément ces gens qui nous entourent de près ou de (très) loin, souvent dans des portraits peu flatteurs. Un roman qui met le doigt sur la proximité d’une apocalypse qu’on a toujours mise à distance, faisant semblant de ne pas la voir.

Et comme si ça ne suffisait pas, Les Lisières sont aussi traversées par la déprime de son personnage principal. De long en large, du début à la fin, Paul Steiner est plombant. Il plombe l’ambiance, il plombe la vie de son entourage, il plombe perpétuellement sa propre humeur. Il s’est construit « une vie de vacances » pour pouvoir écrire au bord de la mer et n’est même pas capable de la vivre pleinement. Il ne peut pas passer au-dessus du côté casse-gueule de chaque chose, et simplement sourire un peu. Non. Paul Steiner imagine des failles chez toutes les personnes qu’il rencontre, ne voit que le côté abîmé des choses et se complaît dans sa déprime, ce qui m’a prodigieusement gonflée. Et pourtant, ce personnage a quelque chose d’intriguant, d’aérien malgré son physique de rugbyman cassé, de profondément poétique dans son profil bancal. A vrai dire, j’aurais pu aimer ce roman. Pour les quelques passages flamboyants sur les lisières qu’occupe Paul Steiner et ce style en apesanteur, j’ai presque aimé ce roman. Parce que Paul Steiner est typiquement le personnage outsider duquel j’aurais pu tomber amoureuse, j’avais envie de suivre ses divagations sur sa conception du métier d’écrivain, j’avais envie de l’entendre rêver entre les lignes…

Oui, je crois que sans ce pessimisme ambiant, à travers lequel est définitivement filtrée la vision de Paul Steiner, j’aurais pu aimer ce roman dans sa globalité, j’aurais pu crier au coup de cœur, même, qui sait ? Mais ce roman, j’ai dû le refermer page 188, c’en était trop. « Où étions-nous passés ? » qu’il passe son temps à répéter… Moi j’avais envie de lui dire : mais où sont passés les petits bonheurs de la vie quotidienne ? Où sont passées toutes ces petites joies qui font que ces personnages ne se sont pas encore pendus au-dessus de leurs échecs, de leur misère, de leur colère, de leur routine déprimante, de leur stress, de leur déchéance, de leur vie de merde ?

 

Olivier Adam – Les Lisières
Flammarion, 2012
453 p.
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