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Vacances dans le coma ~ Frédéric Beigbeder

11 septembre 2011

Un bon petit Beigbeder quand la météo est désespérante, que n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Pour se remonter le moral, le temps d’une soirée ou d’une courte nuit, pour déguster les jeux de mots, glousser et sourire, en coin ou pas.

Souvenez-vous, j’avais commencé par celui-ci pour enchaîner avec celui-là… J’ai finalement attendu un peu pour me jeter sur Vacances dans le coma, car la monomaniaque que je suis aime aussi prendre son temps et faire durer le plaisir.

Dans ce deuxième roman mettant en scène Marc Marronnier, son double de fiction, Beigebder lacère autant qu’il caresse la jet-set qui lui est si familière, mais toujours avec humour. Oui, encore un roman-slogans, encore une succession de phrases cultes si la critique n’était pas si braquée sur des préjugés niais, sur la tronche de l’auteur et ses excès.

Treize chapitres pour suivre pendant treize heures ce chroniqueur mondain dans l’une de ces soirées VIP qui construisent sa routine. Les Chiottes ouvrent leurs portes à Paris et l’inauguration tant attendue de cette boîte de nuit hyper branchée sera animée par un vieil ami de Marc, Jocelyn du Moulin, devenu Joss Dumoulin, célèbre disc-jockey aux succès internationaux. Invité, Marc va y traîner sa curiosité lâche et nous emmener dans ce monde hyper fermé qui fait bander les lecteurs de la presse people.

Vacances dans le coma est une fresque alcoolisée et psychédélique où l’on voit émerger des conversations nocturnes entre des gens qui ne se comprennent pas, où l’on cultive le décalage. Le roman se fait panorama acide, passant en revue les invités et leur débauche heure après heure. « L’élite nocturne des pays occidentaux » est rassemblée pour l’occasion dans une liste où figurent également Jean-Baptiste Grenouille ou Patrick Bateman… Il faut bien le dire, Beigbeder ne serait pas Beigbeder sans comparaisons efficaces et associations de références succulentes.

Et bien sûr, Hyde est de sortie : subitement méchant et grossier avec les femmes, Marc Marronnier est un dégonflé capable de tout. Totalement paradoxal, il enchaîne les bourdes volontaires, arrivant même à nous expliquer qu’il aime décevoir, car

« Plaire aux gens, c’est vite ennuyeux. Leur déplaire sans arrêt, c’est assez désagréable. Mais les décevoir régulièrement et avec application, ça, c’est de bon aloi. La déception est un acte d’amour : elle rend fidèle. “Comment Marronnier va-t-il encore nous décevoir cette fois-ci ?” »

Je ne dirais pas que Marc Marronnier évolue… Il s’enfonce continuellement, toujours plus profondément dans ses lubies. Et forcément, moi, je jubile ! Dès les premières affirmations piquantes, on retrouve l’amertume et le masochisme de ce personnage ravagé par toutes ces soirées qu’il connaît trop bien et auxquelles il continue de se traîner. Marc Marronnier est un jeune lâche désabusé qui, entre deux cocktails et deux pensées pour les nymphomanes qu’il va s’envoyer, sort des Post-it sur son tabouret de bar pour écrire une listes de choses à oublier… Marc Marronnier est antipathique, pathétique, macho et con. Marc Marronnier est mélancolique, amoureux, lucide et touchant. Vous avez le droit de le trouver excessivement prétentieux et énervant (et de confondre pour de bon personnage et auteur) ; il reste pour moi excessivement drôle.

J’aime énormément le recul que Marc peut prendre parfois vis-à-vis de ce monde formaté pour la déchéance (on se souviendra d’une scène particulièrement barbare et (trop ?) détonante aux chiottes des Chiottes un peu avant 6h du matin) auquel il appartient. Dans cet amas de fêtards friqués et déglingués, Marc oscille entre lucidité et transformation en déchet humain. Même en ayant conscience par intermittences de sa propre dépravation, de la névrose navrante qui l’entoure, il plonge comme les autres, tête baissée dans la nuit pour ne pas voir le jour aveuglant et sa lumière qui broie les repères. 

Et finalement, que l’auteur se mette en scène dans des délires mondains, qu’importe ? Libre à lui de faire de sa vie un tel chaos organisé. Ça ne devrait pas avoir d’importance pour le lecteur qui s’aventure jusqu’à l’avant-dernière page et y trouve ceci : « Demain est un bisou dans le cou ».

 

Quelques extraits

« Vous êtes qui ? » demande le pit-bull humain qui garde l’entrée. Comme la vraie réponse à cette question prendrait des heures, Marc dit juste : « Marronnier ». Le vigile répète son nom dans son talkie-walkie. Un ange passe. Chaque fois qu’on sort, c’est pareil. « On vérifie sur la guest-list. » On prend les portiers de boîte pour des cerbères mais c’est faux : ils descendent directement du Sphinx de Thèbes. Leurs énigmes soulèvent de vrais problèmes existentiels. Marc se demande s’il a bien répondu. Finalement, le pit-bull capte un grésillement approbateur dans son oreillette. Marc existe ! Il est sur la liste, donc il est ! Le chambellan entrouvre avec déférence une cordelette pour le laisser passer. La foule s’écarte telle la mer Rouge devant Moïse, sauf que Marc est rasé de près. [P. 30]

 

Clio s’est assise sur les genoux de Marc. Or, bien que très fine, elle pèse assez lourd.

« Tu n’en as pas marre de sortir avec une star ? lui demande Marc. Tu ne préférerais pas coucher avec ta chaise ?

— What ? »

Elle le contemple de son regard vide.

« Eh bien, puisque tu es assise sur moi… Si tu sortais avec ta chaise, ça serait moi… (Il balaie l’air de sa main.) Je plaisantais… Just kidding, forget it.

— This guy is weird », dit Irène à Clio. [P. 58]

 

Qui sont tous ces gens ? Un cauchemar de disc-jockey. Des sauvages cravatés. Des dandies sales. Des aristocrates psychédéliques. Des lurons saturniens. Des noceurs divorcés. Des danseurs vénéneux. Des glandeurs besogneux. Des mendiants hautains. Des marionnettes nonchalantes. Des squatters crépusculaires. Des déserteurs belliqueux. Des cyniques optimistes. Bref, une bande d’oxymores ambulantes. [P. 72]

 

Marc opte en fin de compte pour sa danse préférée : la « Tachycardie ». Sur le sol, il sait ce qu’il veut.

Il veut une suave irréalité.

Il veut des musiques multicolores et des alcools à talons hauts. […]

Il veut voyager par fax. [P. 75]

 

Anne ne parlera pas de la mort. Elle est beaucoup trop belle pour mourir. Ce genre de filles ne sert qu’à vivre, à vivre et à aimer de toutes ses forces. Enfin, « ce genre de filles », c’est une image, car il n’en a jamais rencontré une pareille. Marc a tendance à généraliser trop vite. Il tente de rationaliser ce qui est en train de lui arriver, alors qu’il est déjà trop tard : il y a une bonne heure qu’il a sombré dans l’irrationnel, dans le déraisonnable, dans l’anticartésien, bref, une bonne heure qu’il est amoureux fou, pieds et poings liés, éperdu et perdu, comme dans ses poèmes. [P. 126]

(Oui, j’ai encore forcé sur les extraits, et alors ?)

BEIGBEDER, Frédéric. Vacances dans le coma. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le Livre de Poche ; 14070). 149 p. ISBN 978-2-253-14070-2

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L’ombre du vent ~ Carlos Ruiz Záfon

7 septembre 2011

Voici enfin le billet que j’aurais dû écrire en même temps que ma petite Zatounette il y a deux mois… LE billet tant attendu… Et attention, c’est un sublime coup de cœur !!!

Car L’ombre du vent est une merveille, un roman magistral qui contient une magie fine. Si l’on sent sa présence dès les premières lignes, on la comprend seulement en approchant des dernières. L’ombre du vent est de l’ordre de ces romans dont les personnages vous hantent jusque dans vos rêves, puis s’évanouissent quelques temps pour mieux revenir vous surprendre au tournant de l’histoire.

C’est une boucle de mystères qui accaparent votre esprit dans une atmosphère sombre où Barcelone est un personnage à part entière, se mouvant dans un brouillard qui se pourlèche. Dans une ambiance de fin de siècle que seules viennent troubler les avancées technologiques en fleur, Daniel Sempere narre son histoire avec une détermination pleine de passion. En 1945, pour ses dix ans, son père l’emmène dans le Cimetière des Livres Oubliés où perdure une coutume particulière. C’est là qu’il rencontre pour la première fois l’auteur Julián Carax…

 « La coutume veut que la personne qui vient ici pour la première fois choisisse un livre, celui qu’elle préfère, et l’adopte, pour faire en sorte qu’il ne disparaisse jamais, qu’il reste toujours vivant. C’est un serment très important. Pour la vie. »

Ce jour-là, en choisissant L’ombre du vent de Julián Carax, Daniel entre de plain-pied dans la vie de cet auteur méconnu dont la prose l’émerveille. Au cœur d’un monde fait de livres, de libraires, de bouquinistes, le lecteur est d’abord happé par les sentiments de cet enfant qui rêve d’une vie d’écrivain et qui commence doucement à traquer des rumeurs et chercher des informations à recouper.

C’est un roman fait de solitudes, d’absences et de disparitions qui tissent entre elles des nuits sans sommeil. Pourquoi Julián Carax est-il si peu connu malgré son indéniable talent ? Comment se fait-il que ses romans aient presque tous été brûlés ? L’enquête de Daniel devient rapidement obsédante, pour lui comme pour le lecteur. En remuant un passé qui ne lui appartient pas, il fait connaissance avec les témoins d’une vie si mystérieuse qu’elle frôle le fantastique. Au Collège San Gabriel vers 1914, entre la Haute Société et les petites gens, les prémices de notre histoire se dessinent ; là où des révélations troublantes commencent à se succéder subtilement. Avec l’aide Fermín, ancien espion international converti en clochard bavard et recueilli par les Sempere, Daniel sombrera peu à peu dans une affaire passionnante qui ne le concerne pas. Alors, aux quatre coins d’une Barcelone froide, placide et inquiétante, le lecteur déambule, avide et fasciné.

Oui, c’est un roman fascinant. Entre secrets, passions dévorantes et histoires d’amour parallèles, c’est un roman qui se savoure page après page et jour après jour là où d’autres se dévoreraient sauvagement. Ici, l’atmosphère est à la prudence, à la nuit et au mystère. On y trouve des personnages vivant dans l’ombre, encerclés par la noirceur méfiante de l’après-guerre et la justice claudicante infestée d’abus de pouvoir terrifiants. Il faut mentir pour garder en vie les gens qu’on aime mais il faut aussi comprendre que tout a une histoire. Pas question de se ruer au cœur de l’intrigue sans réfléchir.

Mais, lancé sans hésitation dans ces sombres aventures, le lecteur ignore encore que les personnages de Zafón le hanteront pour longtemps. La richesse de ces personnages de fiction donne lieu à un réalisme envoûtant sous cette plume rythmée et mélodieuse, faite de métaphores à couper le souffle et d’aphorismes percutants.

Les poupées russes auxquelles Daniel fait référence pour parler de L’ombre du vent de Julián Carax peuvent sans conteste dépeindre les méandres emmêlés de notre Ombre du vent. Zafón y dessine une intrigue qui tenaille le lecteur, embrouillée mais si claire, qui ne tient qu’à quelques fils liant ces personnages et leurs silences. Même Barcelone, brumeuse, veille, ses rues noires aux aguets. Et l’on en vient doucement à se dire que ce titre, loin d’être un simple rappel de L’ombre du vent de Julián Carax, achève une parfaite mise en abyme : L’ombre du vent est un roman unique et nous l’avons entre les mains.

Six cents pages pour reconstituer la vie d’un auteur inconnu et l’empêcher de tomber dans l’oubli… Quelle ambition, quelle force, pour ce pari plus que réussi ! L’ombre du vent est un grand roman qui marque la vie d’un lecteur. Car il est impossible d’échapper à son charme impalpable. Il prend vos sens, se les approprie.

 

Quelques extraits

De la mer arrivait au galop une chape de nuages chargés d’électricité. J’aurais dû me mettre à courir pour échapper à l’averse imminente, mais les paroles de cet individu commençaient à produire leur effet. J’avais les mains et les idées tremblantes. Je levai les yeux et vis l’orage se répandre comme des taches de sang noir entre les nuages, masquant la lune, étendant un manteau de ténèbres sur les toits et les façades de la ville. J’essayai de presser le pas, mais l’inquiétude me rongeait et je marchais, poursuivi par la pluie, avec des pieds et des jambes de plomb. Je m’abritai sous l’auvent d’un kiosque à journaux, tâchant de mettre mes pensées en ordre et de prendre une décision. Un coup de tonnerre éclata tout près, comme le rugissement d’un dragon passant l’entrée du port, et je sentis le sol vibrer sous moi. Quelques secondes plus tard, la mince et fragile lumière de l’éclairage électrique qui dessinait murs et fenêtres s’évanouit. Le long des trottoirs transformés en torrents, les réverbères clignotaient, s’éteignant comme des bougies sous le vent. On ne voyait pas une âme dans les rues, et l’obscurité de la panne de courant se répandit, accompagnée d’effluves fétides qui montaient des bouches d’égout. La nuit se fit opaque et impénétrable, la pluie devint un suaire de vapeur. « Pour une femme comme elle, n’importe qui perdrait le sens commun… » Je remontai les Ramblas en courant, avec une seule pensée en tête : Clara. [P. 77]

 

Apparemment, Carax était pianiste la nuit dans un lieu mal famé de Pigalle, et il écrivait le jour dans une mansarde misérable du quartier Saint-Germain. Paris est la seule ville du monde où mourir de faim est encore considéré comme un art. [P. 91]

 

— Et maintenant, que vas-tu me dévoiler que je n’aie pas encore vu ?

— Plusieurs choses. En fait, ce que je veux te montrer appartient à une histoire. Ne m’as-tu pas dit l’autre jour que tu aimais beaucoup la lecture ?

Bea acquiesça en arquant les sourcils.

— Eh bien, il s’agit d’une histoire de livres.

— De livres ?

— De livres maudits, de l’homme qui les a écrits, d’un personnage qui s’est échappé des pages d’un roman pour le brûler, d’une trahison et d’une amitié perdue. Une histoire d’amour, de haine et de rêves qui vivent dans l’ombre du vent. [P. 235]

 

 Et pour lire l’article de Zatoun, c’est par ici !

 

ZÁFON, Carlos Ruiz. L’ombre du vent. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le Livre de Poche ; 30473) 636 p. ISBN 978-2-253-114864-4

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Les Éveilleurs, tome 2 : Ailleurs ~ Pauline Alphen

4 septembre 2011

Après la bousculade de la fin du premier tome, c’est en quête de réponses que l’on se rue sur le deuxième. Mais on comprend bien vite que ces réponses se feront une fois de plus attendre… La situation initiale éclate complètement l’histoire en séparant tous ces personnages si soudés par leurs non-dits. On retrouve Claris dans les sous-terrains, morte de faim et de froid, suivie de près par les Vifs et leur aide toujours aussi précieuse. Jad et Hugh, coincés dans les limbes et séparés de leur corps, voguent au-dessus des êtres qui leur sont chers.

2259, l’an 2 du Centaure, c’est encore le début d’une nouvelle ère, l’ambiance est particulière : des choses ont déjà été oubliées mais d’autres sont encore tellement fraîches… La petite cité de Salicande ignore complètement la technologie des Temps d’Avant. Avant les catastrophes, avant les pandémies, les guerres, la fuite des Nantis sur une autre planète… L’atmosphère est étrange : pesante, elle porte le poids des tabous qui saturent Salicande (Grande Catastrophe et pouvoirs parapsy interdits dont on ne parle jamais), mais elle crépite sous la promesse d’un changement imminent.

Salicande prend un nouveau virage. Il faut pouvoir constater les choses avant de trouver la force de les accepter. Et si l’on ne veut pas croire que le pire est arrivé, que l’histoire s’est répétée, c’est avant tout parce que les points d’interrogation font de la résistance. Oui, le tournoi du Jeu des Mille Chemins et son dénouement ressemblent étrangement au dernier tournoi Parapsy qui a tourné à la catastrophe, l’écho des disparitions s’amplifie à nouveau. Mais Pauline Alphen maîtrise ses personnages tout en leur lâchant la bride. Les scènes émouvantes le sont par leur façon d’être uniques. Et elles sont d’autant plus singulières que les personnages le sont aussi. Il règne entre eux une douleur emplie de compassion, de souvenirs et de sentiments contenus. Une langueur s’installe dès les premiers chapitres, mais rien ne dérange dans le rythme si naturel que donne la douleur, la perte d’êtres chers. L’univers post-apocalyptique dépeint dans le premier tome prend alors tout son sens.

De ces événements bouleversants naissent des instants intenses qui n’auraient jamais eu lieu sans l’abattement ambiant. Tout se rejoint en un sens : la réconciliation de Maya avec son père, cette fascination toujours entretenue pour les Temps d’Avant, les défunts pleurés dignement et les disparus dont on cherche la trace sans jamais baisser les bras, les quatre éléments en colère guidés par le jeu des Mille Chemins, le cinquième élément, les jumeaux Jad et Claris séparés, la position de leur précepteur Blaise, les voyages et la solitude des Nomades de l’Écriture

Le manque est au cœur de ce deuxième tome, exacerbant les liens entre les gens, entre les éléments, portant la Trame au premier plan. Laisser partir certains personnages est difficile, mais le poids de la tristesse s’évapore doucement quand d’autres s’imposent à nouveau. C’est le cas de Blanc-Faucon, surprenant oiselier qui, avec Maya et Blaise, se trouvera une mission d’importance. Il se pourrait bien que l’Alliance soit, une fois encore, plus impliquée qu’elle ne le paraît. Blaise est d’ailleurs plus que jamais enseveli sous sa quête, son besoin de réponses et ses liens avec le peuple de la Forêt et les Abdiquants.

Il faut également saluer les inventions génétiques, superbement pensées. A l’image du Tristiseux (oiseau « hermaphrodite à la naissance, qu’il fallait couper en deux pour obtenir un mâle et une femelle destinés à se chercher toujours… »), se déployant dans l’imaginaire du lecteur, ces créatures servent l’histoire autant que l’univers dans lequel elles s’installent. Un univers toujours aussi prenant, où la poésie garde sa place essentielle, nouant les fils au sein de la Trame.

Lorsqu’un nouveau monde s’ouvre enfin à Claris, c’est l’explosion des sens. Cette île, merveille de couleurs, de sons exotiques, qui recueille une Claris amnésique et muette, est l’occasion de découvrir une autre nature, d’autres mœurs, et en fin de compte une autre réalité. Ces chapitres de découverte se lisent les yeux écarquillés et avides, rêvant à ce jour aux trois soleils, songeant à cette nuit sans une seule étoile. Les couleurs et les perceptions, plus que jamais, sont primordiales.

Cocon de bonheur éclaté, ce deuxième tome est aussi une lente reconstruction durant laquelle les consciences s’éveillent, l’histoire s’affermit et les liens se renforcent. Viiite, le tome 3 !

 

Quelques extraits

Les Nomades de l’Écriture ont oublié qu’ils ne peuvent survivre qu’en groupe. Ils sont devenus des ascètes de l’écriture, des ermites coupés de leurs semblables.

Isolés dans leur érudition, ils pensent écouter les livres mais ils n’entendent que le gargouillis de leurs vaines pensées.

Les Nomades attendent le Vrai Lecteur comme on attend le Messie. Ils le vénèrent, l’idéalisent, l’encensent. Il sera celui qui leur dira ce qu’ils attendent. Celui qui leur dira qu’ils ont raison.

Mais si, tel le Messie, il frappait à leur porte, porteur de bonnes nouvelles – c’est-à-dire d’une nouvelle différente, d’une nouvelle liberté – ils ne le reconnaîtraient pas. On ne le reconnaît jamais.

Carnet de Sierra, extraits

In Archives apocryphes de la Guilde des Nomades de l’Écriture. [P. 151]

 

Sur l’île, le temps ne passait pas, il ondoyait. Paresseux, flâneur, distrait, incertain, il s’amusait à confondre ses plis passés et ses arabesques futures. Combien de temps Aram se baigna-t-elle dans l’océan infini, combien de temps se promena-t-elle dans la sylve métamorphe ? Les îliens ne dénombraient rien, pas même le temps. [P. 278]

 

L’avis de mes co-lecteurs pour cette lecture commune organisée par Desirdelire : BlackWolf, Iani, Lael, Desirdelire, Sofynet, Paikanne et FrenchDawn.

Tome 1 : Salicande
Tome 2 : Ailleurs
Tome 3 : à paraître 


ALPHEN, Pauline. Les éveilleurs, tome 2 : Ailleurs. Paris : Hachette, 2010. 355 p. ISBN 978-2-01-202114-3

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Slam ~ Nick Hornby

15 juillet 2011

J’avais envie de découvrir Nick Hornby depuis quelques années déjà… Grâce à Liyah, qui a fait de Slam un livre voyageur, c’est chose faite.

Slam est un roman qui va très vite, mais dans lequel il ne se passe rien. Il va très vite, oui, grâce au narrateur, Sam. Si Sam passe son temps à se poser des questions, il ne s’en pose jamais sur la manière dont il raconte son histoire. Il sait où va cette histoire puisqu’il nous la livre après que tout est passé. Il ne se passe rien… Ah ça, non ! Sam aime le skate et Alicia. Sam est même obsédé par le skate au point de parler au poster de son idole, le skateur professionnel Tony Hawk. Engoncé dans une vie très simple, il vit avec sa mère, de seize ans son aînée.

Sam et Alicia ont quinze ans, un avenir, une vie pas trop moche… et Alicia tombe enceinte. Voilà l’élément déclencheur d’une histoire qui aurait pu faire sourire, réfléchir, trépigner, qui aurait peut-être même pu émouvoir. Mais rien ne se passe, les conclusions sont rapides et rien ne vient les contrebalancer.

Nick Hornby adopte un style très oral dans lequel perce le milieu social des protagonistes. Tout se bouscule dans la tête de Sam, qui tergiverse sans arrêt. Il ne sait jamais vraiment quoi dire mais « réfléchit tout haut » pendant 300 pages.

Bon, je l’avoue, le thème des parents ados ne m’a jamais vraiment passionnée. Il me laisse plutôt indifférente. Sam et Alicia sont effrayés, jetés trop tôt dans une vie d’adulte et tout cela est parfaitement insipide.

La seule chose qui booste un tant soit peu le récit réside dans des sauts dans le temps dont on ne sait pas s’ils sont réels. Ces voyages dans le futur apportent des réflexions plus profondes sur l’intérêt des parents pour leurs propres enfants (jamais pour ceux des autres), la responsabilité, les préjugés des snobinards, l’intelligence, les choix difficiles ou la coordination entre avenir et volonté. Qu’est-ce qu’avoir un avenir ? Voilà une question évoquée en long et en large.

Si Nick Hornby arrive à captiver son lecteur un moment grâce à l’originalité de la narration, c’est l’indifférence qui l’emporte finalement. Dommage.

Encore un tout grand merci à Liyah ! :)

 

Quelques extraits

Elle a pas reconnu ma voix quand j’ai dit allô et, sur le moment, ça m’a écoeuré. Est-ce que j’avais tout inventé ? J’avais pas inventé la fête. Mais peut-être qu’elle s’était pas collée contre moi comme il m’avait semblé, peut-être qu’elle avait simplement parlé de ciné parce que…

« Ah, salut, elle a dit, et je l’ai entendue sourire. J’avais peur que t’appelles pas. » J’étais plus écoeuré du tout. [P. 41]

 

Est-ce que c’est vraiment mal, ce que j’ai fait ? Pas tant que ça, franchement. Une erreur, c’est tout. On sait qu’il y a des mecs qui refusent de mettre des capotes et on sait qu’il y a des filles qui trouvent que c’est cool d’avoir un bébé à quinze ans… Bon, ça, c’est pas des erreurs. C’est juste de la connerie. Je veux pas passer mon temps à râler contre l’injustice de la vie, mais quand même, comment admettre que leur punition soit identique à la mienne ? C’est pas équitable. J’estime que ceux qui mettent jamais de capotes devraient avoir des triplés ou des quintuplés. Mais ça marche pas comme ça, hein ? [P. 64]

 

 

     2/10

HORNBY, Nick. Slam. Paris : 10-18, 2009. 294 p. (Domaine étranger ; 4239). ISBN 978-2-264-04888-2

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Les Éveilleurs, tome 1 : Salicande ~ Pauline Alphen

4 juillet 2011

Quelle belle découverte que ce premier roman de Pauline Alphen !

Nous sommes en 2259, aussi appelé l’an 2 du Centaure. Claris et Jad sont jumeaux, ils ont douze ans et vivent au château de Salicande, cité retirée vivant en autarcie au cœur des bois. Leur vie est rythmée par les cours donnés par Blaise, leur précepteur, et par Dag, le maître d’armes. Entouré par leur père Eben, leur nourrice Chandra et Ugh, leur frère de lait, ils ont tout pour être heureux. Il n’y a qu’une ombre au tableau, écrasante de tristesse : le soir du troisième anniversaire des jumeaux, Sierra, leur mère, a disparu.

C’est un premier tome surprenant, dans le sens où l’intérêt de l’intrigue repose entièrement sur un passé auquel le lecteur appartient mais aussi sur les lieux et les perceptions. Pauline Alphen nous livre un univers post-apocalyptique complexe et intriguant, basé sur une déchéance totale de la planète, en suggérant que les temps d’avant la Grande Catastrophe n’étaient pas si éloignés de notre réalité. Ainsi, « l’ancienne civilisation, si brillante, si futile, si préoccupée de ses loisirs […] n’avait pas vu ses enfants se diluer dans le virtuel, ce poison de l’âme, il ne voulait pas avoir affaire à ça. » (P.83)

L’action semble suspendue, barricadée dans de mystérieux tabous concernant les Temps d’Avant. Car il y a un avant et un après la Grande Catastrophe. Et l’après est aussi crédible qu’effrayant dans sa sérénité.

Nous sommes encore au début du nouveau calendrier inventé par Jors le fondateur, l’époque est propice aux événements particuliers, aux changements. Mais si certaines habitudes sont déjà oubliées 60 ans après la Grande Catastrophe, d’autres sont encore terriblement fraîches dans les mémoires. Les Salicandais ignorent totalement la technologie qui régnait en maître aux Temps d’Avant et se comportent comme si le cinéma,  l’électricité, les voitures, les ordinateurs, le téléphone, etc. n’avaient jamais existé. Mais si on peut taire le passé, on ne peut pas l’effacer. Ainsi, les dons parapsys, valorisés et complètement exploités au XXIIe siècle, restent très peu évoqués et viennent parachever des questionnements tacites tissés entre les lignes.

La créativité et l’imagination de l’auteur donne lieu à des descriptions aussi étonnantes que délicieuses. Si l’on ne sait pas où Pauline Alphen nous emmène, on comprend vite que notre lecture est un véritable voyage au cœur d’un monde qui ne manque pas de ressources. Pris dans les mailles des aventures de Jad et Claris, le lecteur fait la connaissance de personnages bienveillants qu’il a l’impression d’avoir déjà rencontrés. S’il est difficile de s’éloigner de certains stéréotypes, l’auteur s’en sort plutôt bien ici, en développant peu à peu les personnalités, les convictions et les raisonnements.

Concentrée sur les jumeaux, l’auteur prend le temps de les faire vivre leur apprentissage au sein d’une famille cultivée et attachante : les Borges. Nous voyageons alors avec une Claris débordante d’énergie, turbulente et rebelle, et un Jad qui, avec son cœur malade, est devenu plus posé au fil des ans. Ils sont similaires et opposés, se complétant et se rejoignant jusque dans leurs cauchemars. La gémellité est source de réflexion dans la prise de conscience de l’identité.

Des thèmes comme le handicap, l’acceptation de soi, le voyage, la nature reviennent, hantent les personnages et délient les non-dits. L’écriture est également au cœur du roman en la personne des Nomades de l’Ecriture, qui aiment rechercher des mots nouveaux dans le voyage et la solitude. Mais la lecture est aussi à l’honneur et les références actuelles pleuvent sous les jolis clins d’œil de notre jeune auteur. En effet, Claris se prend d’amitié pour des héroïnes féminines que l’on connaît bien, nous envoyant au passage de petites bouffées d’oxygène au souvenir de Lyra ou d’Ewilan.

Pauline Alphen possède une force tranquille qui réside dans ses descriptions, succintes mais merveilleusement imagées. Juste assez de mots pour nous faire visualiser un lieu ou un événement  tout en nous laissant ressentir librement les saveurs qui s’en dégagent. Son style est une poésie qui s’insinue doucement, à l’image de l’histoire qui suit son cours tranquillement tout en distillant les informations au bon moment, provoquant rires, pincements au cœur, inquiétude ou soupirs d’aise.

Dans ce monde futuriste, Pauline Alphen glisse des inventions lexicales aux sonorités douces, qui évoquent un bien-être lointain, étranger. Lisez Les éveilleurs et les mots chococaf, dulcepiel, perceciel entreront bientôt dans votre vocabulaire !

Il faut aussi parler de la symbiose parfaite présente entre certains personnages et la nature, qui rappelle la magie des Chroniques d’Alvin le Faiseur. L’atmosphère y ressemble, elle est particulière : pesante, elle porte le poids des tabous qui saturent Salicande mais elle crépite sous la promesse d’un changement imminent. Cette promesse est latente, couvée par l’importance que prennent l’inconscient, la concentration, l’observation, les couleurs, les quatre éléments, l’OPDS (ouverture des perceptions, déploiement des sens), etc.

Malgré un manque d’action par moment, l’intrigue et les personnages attachants nous font tourner les pages pour aboutir à une fin explosive parmi des éléments déchaînés. Une fin qui nous happe complètement vers le tome 2. Car c’est au cœur de l’action que s’achève ce premier tome, déposant là une foule de mystères et d’intrigues intensifiées par le suspense… Un premier tome qui met du temps à se mettre en place, qui semble fragile sous certains aspects, mais qui vaut vraiment la peine d’être lu !

 

Quelques extraits

La légende disait que c’était à cause du phare que Jors le Fondateur avait établi sa petite communauté dans la vallée reculée de Salicande, cinquante et un ans auparavant. Parce que la vue de ce monument maritime mangé de lierre rouge échoué parmi les montagnes l’avait fait rire, lui qui ne riait pas. Ce fut un rire formidable, un rire qui fit jaillir les larmes pendant si longtemps que ses compagnons crurent que son esprit s’était enrayé pour de bon.

Avec ce rire dément, Jors avait évacué les horreurs de la Grande Catastrophe qu’ils venaient tous de vivre. Les spasmes qui agitaient son ventre et les larmes qui coulaient à flots de ses yeux avaient chassé de son corps, sinon de sa mémoire, les enfants disparus, les Élémentaux sacrifiés, l’avenir brutalement éteint comme l’on mouche une bougie. Ce fut la dernière fois qu’on le vit rire. Au moins, cette partie de la légende est vraie, pensa le Mandarin. [P. 65]

 

Sa voix de basse, un peu rauque, était singulièrement captivante, à la fois ferme et mélodieuse. Maya prononçait les mots comme si elle les cueillait avec soin dans un bouquet de possibilités, les égrenant avant de se décider. Lorsqu’elle ne parvenait pas à choisir, elle les énumérait tous, ce qui donnait un rythme déconcertant à ses phrases. [P. 153]

 

— Les légendes sont bien pratiques, n’est-ce pas ? Nous pouvons y loger tout ce que nous préférons ne pas croire réel. [P. 174]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec  Desirdelire, Anasthassia, Minidou, Marmotte, BlackWolf, Mabibliothequeetmoi, Korto (merci pour la jolie bannière =)), FrenchDawn, Paikanne, Iani, Lael et Blueverbena. (Liens à venir…)
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ALPHEN, Pauline. Les éveilleurs, tome 1 : Salicande. Paris : Hachette, 2010. 521 p. ISBN 978-2-01-202115-0

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Les dossiers Dresden, tome 4 : Fée d’hiver ~ Jim Butcher

25 juin 2011

Après un troisième tome survolté, c’est un Harry Dresden totalement déprimé que nous retrouvons. Dans un état pitoyable, il ne sort plus et ne voit plus personne. Un terrible sentiment de culpabilité le tenaille depuis l’épisode vampirique de l’année précédente, après lequel sa petite amie Susan s’est enfuie. Mais même si le mal qu’il a causé à ses proches malgré lui le ronge, Chicago a plus que besoin de son magicien en ces jours sombres : le Haut Conseil s’est réuni en ville pour prendre des décisions concernant la guerre imminente entre la Cour Rouge des vampires et la Blanche Confrérie. L’heure est grave, et comme d’habitude, notre Harry est dans de sales draps.

Son quotidien est une fois de plus truffé de complications. Pour commencer, Mab la reine de la Cour d’Hiver des sidhes a hérité du lien qui unissait Harry à sa terrifiante marraine Léa et lui propose un marché auquel il est clair qu’il ne peut se soustraire. Ensuite, ce marché rejoint les arrangements que le Conseil Blanc daigne lui offrir pour sauver sa peau… Une sorte d’ultimatum avant de le trucider en l’envoyant aux vampires sur un plateau. Et enfin, le passé refait cette fois clairement surface via une personne qui manie l’art de la trahison avec élégance.

Les rebondissements sont toujours au rendez-vous et l’intrigue est pleine de petites complexités, basées sur des éléments évoqués ou même carrément rencontrés, qui reviennent bien plus tard pour quelques surprises, toujours aussi réussies.

Oh, en parlant de surprise, c’en est toujours une de constater qu’un traducteur ne sache pas faire la différence entre le futur simple et le conditionnel…

Si l’on retrouve avec plaisir des personnages déjà croisés auparavant (Billy le loup-garou, Tut le fey, etc.), on a aussi droit à quelques références aux événements précédents qui font sourire. C’est l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus encore sur le monde des faeries, son fonctionnement, ses habitudes, ses créatures, etc. La menace est finalement tout autre que celle imaginée au départ puisque les Cours féériques sont à l’honneur. Et même si ce quatrième tome est moins haletant que le précédent, Harry ne se ménage pas et nous offre tout de même une bonne dose de tension, de rire, de suspense et… de bagarres.

La surprise est un peu le maître-mot de ce tome puisque c’est avec un certain étonnement que l’on retrouve une Murphy plus sympathique, limite attachante, ou en tout cas moins énervante (…), qui traite enfin Harry à sa juste valeur au lieu de lui en vouloir pour des conneries pondues dans ses accès de paranoïa. La marraine de Harry, la sidhe démoniaque qui terrorisait le lecteur dans les tomes précédents, provoque elle aussi quelques instants de trouble par ses agissements presque… bienveillants ( ?). Bien sûr, on n’est pas dupe ! Mais les questions se multiplient…

Malgré toutes ses mésaventures, notre mage n’a toujours pas perdu son irrésistible sens de l’humour. Mais ça ne nous empêche pas de commencer à sérieusement nous en faire pour lui quand la situation se révèle petit à petit complètement ingérable, casse-gueule et totalement critique. Car ce quatrième tome nous donne enfin l’occasion de mesurer toute l’ampleur de l’univers créé par Jim Butcher, même s’il nous reste – et c’est tant mieux ! - une foule de choses à découvrir. Le cinquième tome promet encore son lot d’animations en tous genres…

 

Quelques extraits

— Tu as pris une balle ?

— Non, pourquoi ?

— Tu boites.

Murphy grimaça.

— Ouais. L’un de ces fumiers a renversé des billes sur le sol. J’ai glissé dessus et je me suis éclaté le genou.

— Oh ! répondis-je. Euh…

Karrin me fixa.

— C’est toi qui as fait ça ?

— Ben, ç’avait l’air d’une bonne idée sur le moment.

— Harry, ce n’est pas une bonne idée, c’est un gag de Tom et Jerry. [P. 285]

S’il y a bien une chose que le XXIe siècle refuse d’admettre, c’est qu’il ne connaît pas tout. [P. 301]

— On raconte beaucoup de choses à votre sujet, monsieur Dresden.

— Des foutaises.

Elle sourit.

— Il n’y a pas que des choses agréables.

— Dans quelles proportions ? En majorité ou en minorité ?

— Ca dépend à qui on parle. Les sidhes vous prennent pour un toutou intéressant à la solde de Mab. Les pseudo-vampires pensent que vous êtes un justicier psychopathe avec un penchant pour la vengeance et la destruction. Une sorte d’inquisiteur espagnol. La plupart des êtres magiques vous trouvent distant, dangereux, mais intelligent et honorable. Les criminels sont persuadés que vous êtes un tueur en cheville avec Marcone ou l’une des familles de la côte est. Pour le commun du public, vous êtes un charlatan qui essaie d’arnaquer les gens en leur volant un argent durement gagné, à part Larry King, qui veut sûrement que vous reveniez dans son émission.

Je la regardai, le front plissé.

— Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

— Je pense qu’il faut vous couper les cheveux. [P. 305]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec  FrankieHeclea, Lexounet, Taliesin, Yumiko & Zatoun.

4/7

BUTCHER, Jim. Les dossiers Dresden, tome 4 : Fée d’hiver. Paris : Milady, impr. 2010. 475 p. ISBN 978-2-8112-0342-9

 

***

Tome 1 : Avis de tempête
Tome 2 : Lune fauve
Tome 3 : Tombeau ouvert

Tome 4 : Fée d’hiver
Tome 5 : Suaire froid
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De l’eau pour les éléphants ~ Sara Gruen

18 juin 2011

Roman magique de bout en bout malgré son côté très sombre, De l’eau pour les éléphants emporte son lecteur dès les premières pages. On rencontre Jacob et c’est un premier coup de cœur. Jacob a « quatre-vingt-dix ans. Ou quatre-vingt-treize. C’est ou l’un ou l’autre. » Mais il en a aussi vingt-trois. Car c’est à vingt-trois ans, lorsqu’il devient orphelin, que son histoire commence. Si Jacob est aujourd’hui dans une résidence pour personnes âgées, il se souvient très bien de ces années de jeunesse vagabondes où il voyageait entouré de saltimbanques, d’animaux et de tchécos

Le cirque. Le cirque, un univers clos et mystérieux, sombre et intriguant. Un univers dans lequel on plonge brutalement mais que l’on découvre pas à pas, guidés par Jacob, lui-même guidé par son instinct. Très vite, le milieu du cirque nous apparaît de l’intérieur, dans sa misère, dans son abjection. Le lecteur est baigné dans la noirceur des années 30’ : la prohibition secoue l’Amérique. Les cirques font faillite les uns après les autres. Lorsque Jacob s’enfuit et saute à bord du train des Frères Benzini – Le plus grand spectacle du monde, celui-ci voyage de ville en ville pour y donner son spectacle mais aussi dans le but de piller les cirques contraints à l’abandon et de repêcher quelques artistes au chômage.

Oui, l’envers du décor est effrayant. D’ailleurs, même en ne sachant pas bien où sont les bons et les moins bons au départ, Jacob sait qu’il ne doit sa place dans le train (sur une couverture crade à côté des chevaux) qu’à son statut de « cornac », même s’il n’a pas passé les derniers examens qui le séparaient du diplôme de vétérinaire.

La hiérarchie se voit de loin là où la frustration des uns fait le malheur des autres. Mais au fond, même cette hiérarchie est une menteuse. Tout n’est qu’illusion. Il y a d’ailleurs un côté Jekyll et Hyde dans ce monde où l’on cache tant bien que mal l’aspect miteux par des paillettes bon marché. Hyde se balade même dans certains personnages… Tout n’est qu’illusion, c’est une question de survie. Dans un monde où un cheval vaut plus qu’un homme, où l’on réfléchit d’abord au spectacle parce que c’est grâce à lui que l’on mange, il est difficile de se faire confiance. Oncle Al mène son misérable cirque pendant que les jalousies s’étoffent. Et si l’histoire d’amour passe au second plan, ce n’est finalement pas plus mal. Une galerie de personnages nous est présentée peu à peu et la position paradoxale de Jacob nous ouvre bien des portes : vagabond sans expérience, il ne vaut pas plus qu’un ouvrier, mais ses études de vétérinaire lui valent un statut privilégié. Alors côté artistes, on côtoie Kinko le nain et sa chienne Queenie ; la belle Marlène, dresseuse de chevaux en liberté ; son mari Auguste, le maître écuyer ; la sulfureuse Barbara, danseuse orientale, etc. Mais on côtoie également des garçons de cage, des ouvriers, des videurs… Et bien entendu, des animaux.

Si Rosie, l’éléphante, prend son temps pour apparaître, c’est pour mieux nous enchanter par la suite. C’est un personnage atypique et attachant qui apporte beaucoup à l’histoire.

Des chapitres à la structure efficace se succèdent, alternant entre le passé et le présent de Jacob, et nous révèle une atmosphère de plus en plus lourde. Sur 300 pages, c’est un véritable tourbillon qui entraîne ces gens vers le chômage. C’est un univers sombre où les phénomènes de foire côtoient les manuels accros à l’alcool de contrebande, mais quelques personnages viennent compenser la bassesse des autres. Au final, c’est une très belle histoire dont on sort avec l’envie d’aller trouver Jacob dans sa résidence pour qu’il nous la raconte une deuxième fois.

 

Quelques extraits

— Qui s’assoit là-bas… les artistes ?

Camel me lance un regard noir.

— Bon sang, môme ! Ferme-la tant que tu sais pas comment qu’on appelle les gens… !

Il s’assoit et, aussitôt, fourre un morceau de pain dans sa bouche. Ayant mastiqué pendant une bonne minute, il me regarde.

— Oh, voyons, te vexe pas ! C’est pour ton bien. T’as vu Ezra, et, lui, c’est une bonne pâte. Allez ramène-toi…

Je le considère encore un moment, puis m’approche du banc. Ayant déposé mon assiette, j’examine mes mains dégoûtantes, les essuie sur mon pantalon, et, ne les trouvant pas plus propres, attaque néanmoins mon repas.

— Alors, comment les appelle-t-on… ?

— Des saltimbanques, dit-il, la bouche pleine. Et ton rayon, c’est les chevaux de trait. Jusqu’à nouvel ordre.

— Et où sont-ils, ces saltimbanques… ?

— Ils vont arriver d’un instant à l’autre. Il y a encore deux sections du train qui sont attendues. Ils se couchent tard, se réveillent tard, et arrivent juste à temps pour le p’tit déj’. Et, au fait, va pas les traiter de « saltimbanques » en face… !

— Comment veulent-ils qu’on les appelle ?

— Des artistes. [P. 60-61]

 

— Dis-moi, crois-tu vraiment que ce soit le plus grand spectacle du monde ?

Je ne réponds pas.

— Eh bien ? dit-il en me donnant un coup d’épaule.

— Je ne sais pas.

— Tu parles ! On en est loin ! On marche au tiers des capacités de Barnum. Tu sais déjà que Marlène n’est pas une princesse roumaine. Quant à Lucinda… ? Elle est loin de faire quatre cent quarante kilos, plutôt deux cents, tout au plus. Et crois-tu vraiment que Frank Otto ait été tatoué par les cannibales de Bornéo ? Tu parles ! Il plantait des piquets avec les gars de l’Escadron Volant… Ses tatouages sont le fruit de neuf années de travail ; et tu veux savoir ce qu’a fait Oncle Al, quand l’hippopotame est mort ? Il l’a mis dans du formol pour pouvoir continuer à l’exhiber. Pendant deux semaines, on a voyagé avec un hippopotame en bocal… ! Tout n’est qu’illusion, Jacob, et c’est très bien ainsi. C’est ce qu’on nous demande, ce qu’on attend de nous. [P. 154-155]

 

 1/5

GRUEN, Sara. De l’eau pour les éléphants. Paris : Librairie Générale Française, 2011. (Le Livre de Poche ; 31395) 471 p. ISBN 978-2-253-12580-8

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Merwan Rim et « Vous »

16 juin 2011

Même si je n’ai pas l’habitude, même si pour une fois ce n’est pas de la littérature, même si je ne me sens pas vraiment à ma place sur les autres terrains… Je me suis quand même risquée il y a peu à vous parler d’un film (véritable coup de cœur : ici), je peux bien me risquer aujourd’hui à vous parler de musique. La question ne se pose pas : il faut que je vous parle de mon coup de coeur musical du moment, Merwan Rim.

Après avoir tout plaqué pour faire de la musique, Merwan Rim passe les castings de la comédie musicale de Pascal Obispo et Élie Chouraqui : Les dix commandements. Il a 22 ans et devient la doublure d’Ahmed Mouici pour le rôle de Ramsès. On le retrouve ensuite dans d’autres comédies musicales : Spartacus le Gladiateur (doublure de Christophe Héraut pour le rôle de David), Le Roi Soleil (dans le rôle du Duc de Beaufort) et Mozart, l’opéra rock. Dans ce dernier spectacle musical, Merwan obtient deux rôles de comédien (l’aubergiste  et le clown) qui se transformeront en rôles chantés puisque deux chansons lui seront finalement écrites et confiées.

A côté de son parcours au sein de ces comédies musicales, Merwan Rim n’a jamais cessé de se produire en solo, de se construire musicalement et d’enchanter le public de sa voix suave. Mais tout artiste ambitieux qu’il soit, sa force réside sans doute dans sa tranquillité. Merwan Rim sait se laisser le temps de faire les choses comme il les veut vraiment. Finalement, l’envie de se réaliser artistiquement dans une carrière solo le tenaillant depuis quelques années déjà, il se lâche aujourd’hui et, posément, relève le défi. Ce qui nous mène à… « Vous » !

L’artiste nous a dévoilé mardi un aperçu du clip de ce premier titre, tourné il y a une quinzaine de jours. De très belles images qui donnent de l’ampleur à l’impatience qui nous tenaille… :)

« Vous », premier single de Merwan Rim, sorti le 2 mai dernier, est un titre enchanteur auquel il ne manque rien. Une mélodie composée en quelques minutes au bar d’un hôtel après avoir découvert ce texte sublime de Lydia Dejugnac : une évidence, semble-t-il. « Vous », ce sont des paroles vibrantes que l’on savoure. C’est une mélodie envoûtante en accord parfait avec une voix pleine de chaleur et de charisme.

Il émane de cet artiste une sorte d’intensité, déjà palpable lorsqu’on l’entend parler de ses projets, mais qui prend tout son sens quand arrive le refrain. Il faut dire aussi que lorsque Merwan prend sa guitare, un élan de générosité rayonne… Les premières notes suffisent : on est piégé. Sa voix de velours nous happe dans une atmosphère particulière où les couleurs étonnent et captivent. Une sensibilité expressive mêlée à des sonorités apaisantes : un vrai régal !

Pressé de nous faire découvrir son bel univers, Merwan Rim s’adonne depuis fin avril à des petits “concerts sauvages” dans toutes les villes de la tournée mozartienne. Dans l’attente d’un album qui promet d’être savoureux, en voici un aperçu… :)

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Je t’ai donné mon coeur ~ Mary Higgins Clark

11 juin 2011

Lorsque Natalie Raines, une célèbre comédienne acclamée du tout Broadway, est sauvagement assassinée, tous les soupçons se portent sur son agent et mari, Gregg Aldrich. Sur le point de divorcer, le couple était déjà séparé mais cela n’altérait pourtant pas l’affection qu’ils s’étaient toujours portée. A l’époque, aucune preuve tangible ne permettait de condamner Aldrich. Ce n’est que deux ans plus tard qu’un témoignage particulier va faire mouche et entraîner un long procès dont tout le pays se souviendra…

Le procès, parlons-en ! Etalé sur plus de deux cents pages, il y a un moment où on est en droit de se demander ce qu’on a fait pour se retrouver au tribunal à chaque fois qu’on ouvre son livre… Mais si le roman est long à se mettre en place, l’effet recherché est au rendez-vous : l’important n’est plus de savoir si Gregg est coupable ou non. Désormais, la question est : le jury va-t-il vraiment voter coupable ? C’est par le quotidien d’Emily Wallace, substitut du procureur, que l’on suit toute l’affaire. Conditionnés par l’émission Courtside, qui retransmet chaque soir les moments clés du procès, le public d’Américains change d’avis au gré des commentaires que les avocats chroniqueurs émettent. Des sondages qui influencent les jurés, ces mêmes jurés amadoués par un escroc de premier ordre dont dépend tout le procès…  Le doute s’installe peu à peu dans les esprits, jusqu’à faire douter l’accusation elle-même de la culpabilité de son suspect numéro un.

Petit à petit, l’aspect psychologique prend place : l’accusé se souvient qu’il ne se souvient pas, Emily Wallace, qui mène l’accusation de front contre Aldrich, est elle-même traquée par un détraqué… Ce sont les plus insignifiants détails qu’il faut combattre ou faire resurgir.

Malheureusement, le style est surprenant de simplicité et donne lieu à certains effets grotesques qui cassent allègrement le suspense qui pourrait avoir été mis en place un peu plus tôt. Trop d’indices tuent le raisonnement, surtout quand l’intrigue se révèle simpliste. L’ambiance malsaine est malgré tout au rendez-vous, emportant facilement un lecteur en quête de divertissement. Avec un dénouement prévisible dès les premières pages, l’auteur réussit tout de même à nous faire tourner les pages, peut-être parce que le lecteur a juste hâte de s’entendre dire « J’avais raison, évidemment… ».  Mais on regrette franchement l’absence de vrais rebondissements ainsi qu’une fin qui laisse planer une explication « médicale » douteuse.

Le goût insipide de l’absence de style peut quant à lui ressembler à quelque chose de potable si vous êtes en pleine période d’abrutissement continu, aussi appelée période d’examens.

3/7

CLARK, Mary Higgins. Je t’ai donné mon coeur. Paris : Librairie Générale Française, 2010. (Le Livre de Poche ; 32048) 437 p. ISBN 978-2-253-12878-6

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Quand souffle le vent du nord ~ Daniel Glattauer

11 mai 2011

Aaaah, Leo, Leo, Leo…

Oui, comme vous le voyez, je vis toujours ! Et je reviens pour vous parler d’un roman formidable, si c’est pas magnifique !!! C’est un roman lu il y a un mois, un roman dont tout le monde parle, qui nous coupe du reste du monde pour nous emporter dans l’intimité sucrée-salée de deux inconnus qui apprennent à se connaître…  Un roman si si si…

Oui, Quand souffle le vent du nord est un dialogue amoureux moderne, merveilleux, enivrant, drôle, complice, passionné. 300 pages de mails fictifs qui sonnent incroyablement vrai, retraçant la rencontre virtuelle et originale d’Emmi Rothner et Leo Leike, née d’une erreur d’Emmi. Voulant résilier son abonnement au magazine Like, la lettre e se glisse dans l’adresse mail et voilà Emmi et Leo en contact. Sans le voir venir, quelque chose grandit entre eux, au fil d’échanges de plus en plus fréquents. Leo sort d’une histoire d’amour bancale à répétition tandis qu’Emmi annonce de suite qu’elle est mariée et heureuse. Mais l’histoire ne peut s’arrêter là, surtout dans un univers virtuel où le mail semble amoindrir les risques et permet des considérations impossibles ailleurs que par ordinateurs interposés.

Emmi et Leo, en discutant innocemment, abordent rapidement la sphère privée tout en gardant de grands mystères qui les amusent : ils s’intriguent volontairement. Et de là, naît un rapport de séduction qui ne cessera plus de croître. Quel âge ont-ils, à quoi ressemblent-ils ? Ces questions vont les obséder pendant plus d’un an sans vraiment garder toujours l’importance qu’ils leur donnent. Mais l’humour d’Emmi et le cynisme de Leo donnent à leurs échanges une drôlerie qui se teinte de tendresse lorsqu’ils en viennent à s’oublier, se laissant aller à ce besoin d’aimer, de plaire, d’être compris, de se découvrir à tâtons. Un attachement étrange et douillet se dégage, puis l’on commence à se manquer alors on s’écrit et viennent ensuite les premiers picotements de jalousie à moitié dissimulée. Rien ne semble jamais illégitime. Dans leur cyber-cocon, le culot d’Emmi se mêle à la douceur de Leo. Le mélange les incite au défi pendant qu’ils s’apprennent énormément mutuellement, sur eux-mêmes, sur les rapports humains et amoureux, sur la vie de famille, sur la vie. Une vie où rien n’est jamais parfait, ni avant ni après une rencontre qui change tout.

Si la problématique de départ est simple, on retrouve très vite les rouages complexes des rapports de séduction, les limites implicites, l’ironie que permet la complicité nouvelle… Lorsque les mails « innocents » deviennent des échanges indispensables, dont l’importance est avouée, les rapports se compliquent, si l’on peut dire. De l’extérieur, le lecteur se rend compte que la seule chose qui les empêche de tomber dans les bras l’un de l’autre, c’est le mariage d’Emmi. Alors en dépit de tout, ils continuent à s’envoyer des mails, à attendre les réponses, ils se peinent, se plaisent, se blessent, s’emportent. Mais comment ne pas succomber au charme envoûtant de Leo… ?!

Ce roman est un dialogue emprunt d’une belle et fragile sincérité, où chacun a trouvé dans l’autre quelqu’un qui l’accepte comme il est, quelqu’un avec qui être soi-même.

 

Quelques extraits

Aha, Leo le psychologue du langage ne veut pas savoir à quoi ressemble cette Emmi qui chausse du 37 ? Leo, je ne vous crois pas ! Tous les hommes veulent savoir à quoi ressemblent les femmes avec qui ils parlent sans savoir à quoi elles ressemblent. Ils veulent même savoir le plus vite possible à quoi elles ressemblent. Et c’est après qu’ils décident s’ils veulent continuer à leur parler. Non ? Sincèrement, cette Emmi qui chausse du 37.

Huit minutes plus tard

REP :

Voilà un message qui était plus hyperventilé qu’écrit, je me trompe ? Quand vous m’envoyez des réponses comme celle-ci, Emmi, je n’ai pas besoin de savoir à quoi vous ressemblez. Je vous vois comme si vous étiez devant moi. Et il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la psychologie du langage pour cela. Leo. [P. 26-27]

 

Bien sûr, j’ai été déçue par des hommes. J’entends par là : bien sûr, les hommes ont leurs limites. [P. 41]

 

Trois minutes plus tard

REP :

J’embrasse comme j’écris. [P. 338]

 

GLATTAUER, Daniel. Quand souffle le vent du nord. Paris : Librairie Générale Française, 2011. (Le Livre de Poche ; 32132) 348 p. ISBN 978-2-253-15730-4

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