Archive pour la catégorie ‘Littérature italienne’

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Rumba ~ Alberto Ongaro (Prix Passa Porta, lecture n°3)

6 février 2011

Troisième lecture pour le Prix Passa Porta-Indications-IESSID et enfin un roman qui n’a pas à craindre de valser par la fenêtre. Ouf. Un roman-pépite qui donne l’envie de s’aventurer pour mieux connaître les éditions Anacharsis, l’œuvre d’Alberto Ongaro ou encore celle de Dashiell Hammett.

Devenu auteur de roman policier pour assouvir ses propres envies de meurtres, John B. Huston vit à Porto Alegre au Brésil, où il dilapide au jeu le peu d’argent que ses ex-femmes ne lui soutire pas. Quand Valentin l’appelle d’Uruguay, l’aventure commence. Au pas, prudemment, on entre dans une « énigme tropicale ». En lui demandant de venger l’assassinat de Cayetana, une sublime Mexicaine qui hante ses pensées, Valentin propulse son ami écrivain dans une enquête dont l’atmosphère rappelle parfois le mystère austerien postmoderne et limite absurde. Car dans cette Amérique latine sombre des années 50’, bordée d’océans furieux, ceux d’en haut ne sont jamais loin de ceux d’en bas.

Plus qu’une enquête, Huston reçoit de Valentin une véritable obsession en héritage. Une obsession étrange, un romantisme passionné pour Cayetana que Valentin semble lui léguer avec son propre destin. Il lui faudra découvrir l’assassin de Cayetana avant de trouver le repos. Et cette obsession est doublée d’une monomanie qui contribue à l’ambiance obscure du roman : le culte du Faucon Maltais, dont la référence est partout. La trame frappe par l’évolution continue qui en découle. Car le début de l’histoire, à la fin, sera relégué à une autre époque pour chacun des personnages. Personnages dont le passé nous est livré au moment opportun par les détails qui accrochent, qui nous donnent l’image dont on a besoin, renforcent leur charisme, leur mystère ou leur côté répugnant.

Quant à Huston, il ne tire pas de conclusion hâtive, il prend son temps, démêle les nœuds progressivement, renforçant l’attention du lecteur, qui est pris au piège de ce suspense noir, étrange, latent. L’espoir des personnages est le nôtre. Et l’apparition de femmes plus belles les unes que les autres rythme le roman, de même que les pulsions charnelles qu’elles suscitent chez la gente masculine. Hommes et femmes embaument le mystère à coup de passés enfouis relégués au statut d’autres vies, d’identités multiples et de vérités tues. Et puis il y a cette impression qu’a Huston que tout a un rôle à jouer dans l’histoire – et notamment cette magnifique rumba dulce y bonita – que rien n’est dû au hasard, une impression fascinante qui renvoie à l’obscurité épaisse qui englobe tout le roman.

Avec en toile de fond ces gosses des rues formés au métier du crime par des délinquants et tueurs professionnels, la misère et les milieux aisés s’entrechoquent au cœur de l’enquête. On n’est jamais loin du trafic d’enfants, du trafic du sexe qui règnent en maître dans certains quartiers et des réflexions qui en dérivent. Réflexions sur la misère du monde, sentiment d’impuissance face aux filles-mères qui arpentent les rues, aux meninos  das ruas.

Le texte, parsemé d’expressions brésiliennes, chante presque, malgré la noirceur du genre. Le style reste imprégné d’une certaine poésie, peut-être plus marquée encore en VO et surtout à l’égard des femmes. Huston a également la particularité de faire sans cesse des parallèles tout en subtilité entre l’enquête qu’il mène et celles qu’il invente dans ses romans, ce qui expédie le lecteur face à une pseudo mise en abyme savoureuse et assez troublante.

Le dernier quart du roman voit se succéder une série de coups de théâtre à faire bondir le lecteur de pages en pages jusqu’à la dernière. Au final, Rumba est un roman chaud et noir qui prône l’importance des dialogues sur fond de rumba envoûtante. LISEZ-LE !!!

 

Quelques extraits

Puis – continua Valentin – il avait trouvé du boulot dans ce bar de Rio, L’Albatros, près du centre financier le plus équivoque de la ville. Et c’était là qu’était arrivé un événement qui avait fait prendre à sa vie un tournant définitif. Une nuit, elle était entrée. Il était très tard, il était resté seul et s’apprêtait à fermer lorsqu’elle était entrée avec un ami, un type en smoking blanc, grand, maigre, bronzé et ivre. La radio encore allumée répandait les notes d’une douce mélodie d’amour. « Une lente rumba, Huston, ce à quoi on s’attend dans un film quand quelque chose qui frappe au cœur est sur le point de se produire, une musique de fond, d’une beauté peut-être ridicule, mais qui doit être celle-là et non une autre, et qui fonctionne de façon mystérieuse… » [P. 35]

 

« Alors, t’étais où ?

— Qu’est-ce que ça peut bien te faire ? »

Il prit l’un de ses pieds et se mit à le caresser.

« Ici, à Canela, on n’a fait que parler du coup de fil que t’as reçu d’Uruguay et de ton départ. Comme ça, tout à coup, sans donner d’explications. T’étais où ?

— En Uruguay.

— Ca j’avais compris, Ducon. Mais qu’est-ce que t’es allé y foutre ?

— C’est mes oignons. »

Christina éclata de rire. « Quel beau dialogue, dit-elle. Tu devrais le copier dans un de tes bouquins.

— Je n’y manquerai pas. Les bons dialogues, c’est pas facile à trouver. » [P. 64]

 

Il s’interrompit, secoua doucement la tête. « C’est curieux qu’à une époque aussi cynique que la nôtre, des poches de romantisme demeurent chez des individus dont on attendrait devant la vie des attitudes fort différentes. Mais les passions ne regardent personne en face. » [P. 210]

 

ONGARO, Alberto. Rumba. Toulouse : Anacharsis, 2010. (Collection Fictions). 317 p. ISBN 978-2-914777-612

 

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Les trois autres romans de la sélection du prix :

 - Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari ;

 - Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal ;

 - Dans la nuit brune d’Agnès Desarthe.

 

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