Aaaah, Leo, Leo, Leo…
Oui, comme vous le voyez, je vis toujours ! Et je reviens pour vous parler d’un roman formidable, si c’est pas magnifique !!! C’est un roman lu il y a un mois, un roman dont tout le monde parle, qui nous coupe du reste du monde pour nous emporter dans l’intimité sucrée-salée de deux inconnus qui apprennent à se connaître… Un roman si si si…
Oui, Quand souffle le vent du nord est un dialogue amoureux moderne, merveilleux, enivrant, drôle, complice, passionné. 300 pages de mails fictifs qui sonnent incroyablement vrai, retraçant la rencontre virtuelle et originale d’Emmi Rothner et Leo Leike, née d’une erreur d’Emmi. Voulant résilier son abonnement au magazine Like, la lettre e se glisse dans l’adresse mail et voilà Emmi et Leo en contact. Sans le voir venir, quelque chose grandit entre eux, au fil d’échanges de plus en plus fréquents. Leo sort d’une histoire d’amour bancale à répétition tandis qu’Emmi annonce de suite qu’elle est mariée et heureuse. Mais l’histoire ne peut s’arrêter là, surtout dans un univers virtuel où le mail semble amoindrir les risques et permet des considérations impossibles ailleurs que par ordinateurs interposés.
Emmi et Leo, en discutant innocemment, abordent rapidement la sphère privée tout en gardant de grands mystères qui les amusent : ils s’intriguent volontairement. Et de là, naît un rapport de séduction qui ne cessera plus de croître. Quel âge ont-ils, à quoi ressemblent-ils ? Ces questions vont les obséder pendant plus d’un an sans vraiment garder toujours l’importance qu’ils leur donnent. Mais l’humour d’Emmi et le cynisme de Leo donnent à leurs échanges une drôlerie qui se teinte de tendresse lorsqu’ils en viennent à s’oublier, se laissant aller à ce besoin d’aimer, de plaire, d’être compris, de se découvrir à tâtons. Un attachement étrange et douillet se dégage, puis l’on commence à se manquer alors on s’écrit et viennent ensuite les premiers picotements de jalousie à moitié dissimulée. Rien ne semble jamais illégitime. Dans leur cyber-cocon, le culot d’Emmi se mêle à la douceur de Leo. Le mélange les incite au défi pendant qu’ils s’apprennent énormément mutuellement, sur eux-mêmes, sur les rapports humains et amoureux, sur la vie de famille, sur la vie. Une vie où rien n’est jamais parfait, ni avant ni après une rencontre qui change tout.
Si la problématique de départ est simple, on retrouve très vite les rouages complexes des rapports de séduction, les limites implicites, l’ironie que permet la complicité nouvelle… Lorsque les mails « innocents » deviennent des échanges indispensables, dont l’importance est avouée, les rapports se compliquent, si l’on peut dire. De l’extérieur, le lecteur se rend compte que la seule chose qui les empêche de tomber dans les bras l’un de l’autre, c’est le mariage d’Emmi. Alors en dépit de tout, ils continuent à s’envoyer des mails, à attendre les réponses, ils se peinent, se plaisent, se blessent, s’emportent. Mais comment ne pas succomber au charme envoûtant de Leo… ?!
Ce roman est un dialogue emprunt d’une belle et fragile sincérité, où chacun a trouvé dans l’autre quelqu’un qui l’accepte comme il est, quelqu’un avec qui être soi-même.
Quelques extraits
Aha, Leo le psychologue du langage ne veut pas savoir à quoi ressemble cette Emmi qui chausse du 37 ? Leo, je ne vous crois pas ! Tous les hommes veulent savoir à quoi ressemblent les femmes avec qui ils parlent sans savoir à quoi elles ressemblent. Ils veulent même savoir le plus vite possible à quoi elles ressemblent. Et c’est après qu’ils décident s’ils veulent continuer à leur parler. Non ? Sincèrement, cette Emmi qui chausse du 37.
Huit minutes plus tard
REP :
Voilà un message qui était plus hyperventilé qu’écrit, je me trompe ? Quand vous m’envoyez des réponses comme celle-ci, Emmi, je n’ai pas besoin de savoir à quoi vous ressemblez. Je vous vois comme si vous étiez devant moi. Et il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la psychologie du langage pour cela. Leo. [P. 26-27]
Bien sûr, j’ai été déçue par des hommes. J’entends par là : bien sûr, les hommes ont leurs limites. [P. 41]
Trois minutes plus tard
REP :
J’embrasse comme j’écris. [P. 338]
GLATTAUER, Daniel. Quand souffle le vent du nord. Paris : Librairie Générale Française, 2011. (Le Livre de Poche ; 32132) 348 p. ISBN 978-2-253-15730-4




