Archive pour la catégorie ‘Roman d’aventures’

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Le cercle celtique ~ Björn Larsson

12 mars 2011

Après l’avoir promis à Leati, je publie enfin ce billet sur une lecture magistrale qui date de 2009… :)

Tout commence lorsque Pekka, un Finlandais terrassé par la fatigue et la panique, débarque à Dragor avec Mary et confie son livre de bord à un inconnu qui s’avère être notre personnage principal : Ulf. Après quoi Pekka s’enfuit sans donner d’explication, ayant peur d’être suivi. Ce livre de bord parle de choses obscures sur les peuples celtiques d’aujourd’hui et laisse transparaître la peur de son auteur qui a apparemment été témoin d’un rituel celte des plus horribles. Ulf, accompagné de son grand ami Torben, part sur les traces de ce Finlandais, nous entraînant à bord de leur voilier, le Rustica. Du Danemark à la Mer du Nord et de la Mer du Nord en Ecosse pour une aventure mystérieuse le long du canal Calédonien, c’est sans jamais savoir le principal que nos deux anti-héros se retrouvent parmi les cibles de puissantes organisations telles que l’IRA et bien entendu, le Cercle celtique.

Partir en Ecosse étant l’un de mes grands rêves, c’est tout naturellement que mon choix s’est orienté vers Le Cercle celtique lorsqu’on nos profs nous ont demandé de lire quelque chose de Björn Larsson en vue d’une rencontre avec l’auteur. Un roman comme je les aime, qui transporte et fait voyager son lecteur presque physiquement.

Dès le départ, on ressent le talent de l’auteur. Je crois que c’est le style qui m’a intriguée avant l’intrigue ! « C’était le 18 janvier 1990. », commence-t-il. Cette première phrase accompagnée du titre Le Cercle celtique a suffit à me mettre l’eau à la bouche. Björn Larsson a une manière tout à lui de planter le décor, sans doute parce qu’il ne le plante pas, justement : le décor est incapable de jeter l’ancre puisque les personnages sont presque perpétuellement en mouvement. Sous la plume de Larsson, le décor est donc comme une caresse qui enveloppe les personnages avant de se retirer. Et lorsque le mystère débarque, il le fait planer avec intensité en fouillant dans les pensées de son personnage principal. Il nous tend des descriptions toujours plus parlantes qui nous donnent l’impression d’y être, sur le Rustica.

Il y a cependant une chose qui m’a surprise positivement et négativement tout à la fois : la relation entre le personnage principal et son ami Torben m’a paru étrange.  Je pense que cela renforce l’intrigue principale. Pourtant, c’est la seule chose qui m’a semblée invraisemblable lors de ma lecture. Lorsque leur escapade commence, on sait intuitivement qu’ils se font confiance, qu’ils se connaissent très bien et que ce sont des amis de longue date. Que dès le départ, Ulf cache l’objet de son voyage à Torben, c’est plausible : Ulf avait réellement peur que Torben ne veuille pas l’accompagner. Mais au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans les remous dangereux d’organisations puissantes, leur relation amicale devient difficile à définir. Car même lorsqu’ils ont l’occasion de se retrouver seuls pour se raconter ce qu’ils savent de plus que l’autre ou décider de la marche à suivre, ils ont de plus en plus de mal à se parler. Bien sûr, je rejoins d’une part l’auteur, qui dépeint les joies et les moments plus chaotiques d’une vie à deux. Que l’on soit amis ou amants, il y a toujours un moment où l’on s’étouffe… Mais d’autre part, je ne pense pas que les vrais amis puissent nous agacer en si peu de temps. Toutefois, lorsque Torben rencontre Mary, Larsson manie à merveille les ficelles de ses personnages. Je pense également que les relations en mer doivent différer des relations à terre ; ce sont deux mondes à part et ce roman l’exprime admirablement.

C’est étonnant mais le fait que l’on nage beaucoup dans le jargon des navigateurs ne m’a nullement dérangée. Etant novice en la matière, j’ai eu des difficultés à comprendre certaines expressions au début, mais on s’habitue aux termes marins au fil du roman et il faut dire que l’intrigue nous fait tourner les pages sans plus trop se poser de questions à ce niveau-là. En fait, j’ai lu ces 450 pages avec mon gros atlas sur le côté, pour suivre page après page le voyage du Rustica. Rêvant depuis longtemps de partir en Ecosse, cette lecture n’a fait que renforcer mon envie d’aller voir Staffa, Fraserburgh, Oban, Inverness… Et toutes ces histoires de Celtes sont vraiment fascinantes !

A côté de l’intrigue, il y a quelque chose d’autre qui pousse à dévorer ce roman : la soif de connaissances des personnages, de Torben plus particulièrement. Parce que ce n’est même pas de la curiosité, c’est une véritable soif de connaissances qui les poussent à continuer leur voyage et qui va petit à petit se transformer en nécessité pour laquelle la bonne conscience n’est pas étrangère. Car tout cela se noie rapidement dans une question de vie ou de mort. Ulf compte pour épargner le plus de vies possible. « Il était mort. Je me relevai. Plus un, moins un, est égal à zéro, pensai-je. Qu’avais-je fait ? »  Ces phrases courtes, cassantes nous font haleter avec lui et ressentir sa détresse, ce qui nous le rend encore plus humain, plus proche de nous.

C’est une des rares lectures dont j’ai savouré les quelques longueurs. Je crois que presque inconsciemment, je sentais qu’il fallait cela pour rendre le récit meilleur, réaliste, attrayant. Après tout, la vie ne peut pas toujours être trépidante. Pourquoi celle de ces personnages le serait-elle continuellement ?

Enfin, des mystères restent entiers mais Björn Larsson amène cela avec génie pour ne pas nous laisser sur notre faim : le narrateur et personnage principal n’en sait pas plus que nous. Le fait que l’intrigue reste palpable à la toute fin du récit ancre soudainement le tout dans notre « vraie » réalité. Car à l’instant où j’ai refermé ce livre, je n’ai pu m’empêcher de penser : « Et si tout cela existait réellement ? ».

 

Quelques extraits

Mary leva la tête et me regarda droit dans les yeux. Je tentai de soutenir son regard, mais c’était comme si je perdais immédiatement pied, comme si j’allais me noyer. Combien de temps deux personnes peuvent-elles se regarder fixement ? Dix secondes ? Il ne se passe en tout cas pas beaucoup de temps avant que l’on ressente de l’angoisse devant ce que l’on voit ou de la crainte pour l’image reflétée de ses propres yeux, qui apparaît soudain sans qu’on puisse l’empêcher. Ou bien ressentir ce doute d’être aspiré tout entier par le regard de l’autre. Ou même cette hésitation à propos de sa propre identité ou de celle de l’autre. L’identité n’existe pas dans les yeux. On ne la retrouve qu’au moment où l’on détourne le regard.

En même temps, le fait de se laisser aller dans les yeux de quelqu’un d’autre, de disparaître et d’être englouti par eux, présente un charme et une fascination illimités. [P 232 - 233]

 

Il s’agissait de Bagh Gleann nam Muc. Il est difficile de dire pourquoi j’avais retenu ce nom-là, mais qu’il soit maintenant gravé pour toujours dans mon esprit est plus facile à expliquer. Bagh Gleann nam Muc a tout changé. [P 306]

 

Je tue une personne pour que deux autres survivent. Moins un, plus deux est égal à plus un. Mais deux vivent. Je ne tue personne et deux ou trois meurent. Moins trois. C’est incontestable. Mais on ne peut pas compter en nombre de vies. C’est absurde. Il faut que ce soit absurde. On ne compte pas avec ceux qui meurent. C’est toujours le même argument. Plus et moins. Peut-être MacDuff avait-il raison. J’avais peur de la vérité parce que je ne savais pas qu’en faire. [P 324]

LARSSON, Björn. Le Cercle celtique. Paris : Gallimard, 2007. (Folio Policier ; 9). 458 p. ISBN 978-2-07-040639-5

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