Archive pour la catégorie ‘Jeunesse’

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Les mondes d’Ewilan, tome 3 : Les tentacules du mal ~ Pierre Bottero

13 avril 2011

Cette fois, c’est l’aventure, la vraie ! La petite troupe partie explorer les terres inconnues à l’est de Gwendalavir pour rendre le petit Illian à son peuple et ramener Altan et Élicia a retrouvé en chemin trois anciens compagnons : Mathieu, Bjorn et Siam. L’expédition est loin d’être terminée et après un deuxième tome fort en événements tragiques qui laissaient présager un troisième tome mouvementé, Les tentacules du mal offrent un dénouement grandiose, où l’on bondit de surprises noires en superbes découvertes.

Le culte d’Ahmour dont on sait peu de choses au sortir du tome précédent devient l’élément central. Le déchaînement de force et de haine qui plane au-dessus de Valingaï, la cité d’Illian, traverse le roman de part en part, liant les personnages et les événements les uns aux autres. Et les citations de débuts de chapitres, loin de dévoiler l’intrigue, apportent du mystère ou des informations intéressantes.

Partir à la découverte de l’inconnu permet d’affirmer encore un peu plus certains caractères mais donne aussi de quoi pimenter les relations. Sans compter qu’au milieu du groupe de voyageurs, le rôle d’Illian, en prenant une importance méritée, intrigue et inquiète. Devant les batailles spectaculaires et déterminantes, des choix difficiles doivent être faits. De quoi donner au lecteur l’envie irrésistible de tourner les pages jusqu’au final.

Des personnages magnifiques déjà rencontrés auparavant refont des apparitions pour notre plus grande joie, se mêlant au flot de rencontres inattendues qui pullulent dans ce tome. Certaines marqueront d’ailleurs les esprits plus que d’autres, à l’image de ces Fils du Vent, les Haïnouks, un peuple de nomades respirant le bien-être et vivant sur des bateaux qui roulent à une vitesse vertigineuse dans les Plaines Souffle. Ces nouveaux personnages portent comme d’habitude des noms tous emprunts de poésie qui contribuent à l’image que l’auteur nous a dépeinte.

Si Éléa est majoritairement absente, son ombre malfaisante fortement incrustée chez les Valinguites souffle toujours un vent inquiétant sur nos compagnons, lesquels n’ont jamais porté une mission aussi lourde et dangereuse. Cette histoire est aussi une belle fable sur le bonheur de côtoyer des êtres devenus chers et de les aimer tout simplement.

Après mon premier tome botterien (D’un monde à l’autre), je pouvais bien sûr déjà sentir cette magie propre à un auteur dont j’avais déjà compris qu’il était fabuleux et me réservait bien des moments de bonheur littéraire. Ces deux trilogies achevées, je mesure maintenant pleinement la perte qu’est la disparition de Pierre Bottero pour la littérature. (Et à tous ceux qui oseront encore dire, penser ou croire que la fantasy – et autres genres nés au 20ème siècle ou peu avant –, tous les profs d’unif et autres théoriciens coincés du cerveau, venez me le dire en face, pour voir.) Oui, la disparition de Bottero est une perte énorme qui jette même le lecteur dans un halo de douce tristesse, car au-delà de la mélancolie qui s’empare de nous à la fin d’un roman, d’une trilogie – c’est toujours à regret que l’on tourne la dernière page et que l’on quitte l’univers botterien – il restera toujours désormais au sortir de mes lectures botteriennes le sentiment que cet auteur avait encore énormément à donner.

Créer un (des) monde(s) aussi vivant, complet et définitivement magnifique, lui donner ce mystère et cette irrésistible et étrange crédibilité – et pour cela, y croire si fort, j’imagine – inventer et construire ces personnages bourrés d’humanité devenus des amis, et leurs relations qui embaument des voyages tout aussi éblouissants… Pour imaginer tant de choses qui ravissent lecteurs et lectrices de tout âge, il faut à coup sûr du travail, mais aussi indubitablement un grand talent et une grande sensibilité. Alors chapeau, l’artiste.

 

Quelques extraits

Maître Duom se réveilla ainsi un matin et découvrit un scorpion gros comme sa main caché dans sa botte. Il poussa un cri strident qui ameuta le reste de la troupe. Sans un mot, Ellana s’empara de la botte et la secoua à l’écart du campement. Le scorpion disparut entre les pierres.

- Pourquoi ne l’as-tu pas exterminé ? s’indigna l’analyste. Cette saleté aurait pu me piquer !

- Il cherchait simplement un peu de chaleur pour passer la nuit, répondit Ellana. Cela ne mérite pas la mort.

- S’il m’avait piqué, c’est moi qui serais mort, insista maître Duom.

- Je connais beaucoup d’hommes qui sont prêts à tuer si on leur marche dessus, on ne les extermine pas pour autant. [P. 50-51]

 

Si un ennemi est plus fort que toi, deviens son ami. Parle avec lui. Réfléchis. Comprends-le. Et quand le temps est venu, frappe.

Livre noir des Ahmourlaïs [P. 107]

 

Les Fils du Vent n’obéissaient à aucune loi, naviguaient librement sur l’immense étendue des plaines Souffle, guidés par les choix du conseil des femmes qu’ils suivaient par sagesse plutôt que par obligation. Ils effectuaient un peu de commerce sous forme de troc avec les cités, surtout Kataï, mais se nourrissaient exclusivement du produit de leur chasse et leur cueillette, assumant ainsi leur volonté de ne dépendre de rien ni de personne. Ils détenaient une parfaite connaissance des plaines et des vents qui les balayaient en continu, se jouaient des troupeaux de Khazargantes qui auraient pu réduire leurs navires en miettes et étaient dotés d’un sens de l’humour et de l’autodérision à toute épreuve. [P. 169]

 

Si tu veux absolument te battre, commence par te battre contre toi-même.

Précepte haïnouk [P. 350]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Anasthassia, Sollyne, Azilys, Melcouettes et nanet. (Liens à venir)

 

BOTTERO, Pierre. Les mondes d’Ewilan, tome 3 : Les tentacules du mal. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 411 p. ISBN 978-2-7002-3304-9

 

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Tome 1 : La forêt des captifs

Tome 2 : L’oeil d’Otolep

Tome 3 : Les tentacules du mal

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Les mondes d’Ewilan, tome 2 : L’oeil d’Otolep ~ Pierre Bottero

29 mars 2011

Après un premier tome très sombre dans notre monde, Ewilan et ses amis sont de retour en Gwendalavir. Stupéfiée par la façon dont Illian se propulse dans les Spires, Ewilan a plus que jamais envie d’apprendre à dessiner à la perfection, la vraie. Elle a repris ses cours à l’Académie d’Al Jeit et Salim, toujours en apprentissage avec Ellana, s’apprête à la rejoindre. Ce début de tome est chargé de préparations aussi multiples que diverses. L’auteur prépare discrètement le lecteur à l’aventure, Edwin et Maître Duom préparent l’expédition qui ramènera Illian chez lui, les camarades de classe d’Ewilan se préparent à passer leurs examens… Mais que s’est-il passé pour que cette classe de meilleurs élèves dessinateurs revoit ses préparatifs à la hausse, presque prête à endosser le rôle de Sentinelle sur le champ pour protéger l’Empire ?

Car si l’on prend conscience petit à petit qu’une menace énorme plane à nouveau sur Gwendalavir, c’est qu’une fois de plus un très mauvais coup se prépare.

Si dans les premières pages la beauté d’Al-Jeit nous éblouit de souvenirs, renvoyant directement à la première trilogie, l’intrigue se creuse rapidement. Ce tome offre un contraste fort entre le bonheur des personnages et la menace à laquelle ils devront faire face. Le bonheur devient relatif. Brutalement démembré par une première tragédie, il garde la tête hors de l’eau, bousculé par une inquiétude qui va croissant. Mais dans ce deuxième tome, on a à faire à un bonheur qui ne veut plus laisser sa place à l’espoir, en attendant stupidement son tour, hors-jeu. C’est pour cela et grâce à la plume magique de Bottero que ce roman atteint un nouveau niveau de suspense, un suspense différent, guidé par des émotions plus matures. Et  même si l’on regrette que certaines citations en début de chapitre (élément que l’on retrouvait déjà dans les tome 2 et 3 de la quête d’Ewilan) rendent parfois les événements cruellement prévisibles, l’attente du lecteur reste intacte, ravivée par la certitude que l’on ne sait jamais par quel chemin Bottero va nous mener à ce qui doit arriver.

Malgré l’univers alavirien qui distille toujours son climat curieusement enchanteur,  des événements alarmants et parfois même tragiques renforcent la noirceur du premier tome. Une menace plane une fois de plus sur l’empire, Ellana a de sérieux ennuis avec sa guilde et Bruno Vignol, homme politique d’influence dans notre monde, est forcé de refaire une apparition… Les choses se corsent et la trilogie prend de l’ampleur.

Car c’est aussi un tome qui étoffe ses personnages. On se rapproche d’Ellana, via les entraînements qu’elle donne à Salim, et d’Edwin, commandant de la Légion Noire. C’est une Ellana soucieuse et un Edwin inquiet que nous retrouvons, ce qui n’enlève bien sûr rien à leur charme si particulier. Retrouver les personnages avec qui on avait pris le chemin de la Quête ressemble à un plaisir démesuré dans le chaos qui s’annonce, alors on se jette dans leurs bras avec Salim et Ewilan. Et nous avons évidemment droit à quelques nouveaux personnages, parmi lesquels Liven, étudiant à l’Académie d’Al-Jeit avec Ewilan avec laquelle il se lie rapidement d’amitié… et la merveilleuse Erilys, compagne de Chiam Vite, très attirante et pleine d’une ironie typiquement Faëlle.

L’auteur mène sa barque, usant toujours plus du renouveau qu’il met à sa disposition, exploitant son monde de fond en comble pour nous surprendre et nous emmener toujours plus loin. Je suis conquise !

 

Quelques extraits

Une haute silhouette pénétra dans la cellule, se courbant pour en franchir le seuil avant de se redresser et d’écarter la cape dans laquelle elle était drapée. Ellana lui jeta un coup d’œil avant de tourner la tête vers Salim.

— Je te présente Riburn Alqin, cracha-t-elle d’une voix cinglante de mépris. L’homme qui te fait face a toujours rêvé de devenir un marchombre mais, malgré ses efforts incessants, il n’a jamais réussi à être autre chose qu’un navet fétide. Il est maladroit, lent et dramatiquement stupide. Ah, j’oubliais, il siège au conseil de la guilde. Le portrait te paraît fidèle Riburn ? Je n’ai pas mentionné ton odeur, ton ignorance totale de l’art amoureux qui te conduit à préférer les chèvres aux femmes, ta mesquinerie, ta couardise et la multitude de travers qui font de toi l’être le plus vil de tout Gwendalavir… J’aurais craint de te flatter. [P. 91]

 

Songespoir, flammèches ignées talées par l’allubrillance des pyrocarbonides. Envol de feu, fracas de l’acier sur l’ambre du Vouloir. Larmes de métal brûlant s’infiltrant dans l’espace sans limite d’une conscience incandescente.

Chant du Dragon [P. 103]

 

— Je vous présenter ma compagne Erylis. Mon peuple désigner elle pour être ambassadrice à mes côtés.

—Chiam m’a beaucoup parlé de vous, déclara la Faëlle. Je suis ravie de faire enfin votre connaissance.

Il n’y avait pas la moindre trace d’accent dans sa voix joliment flûtée, ce qui causa une nouvelle surprise à Ewilan. Chiam s’en aperçut et sourit largement.

— Erylis parler votre langue beaucoup mieux que moi, expliqua-t-il. Elle parvenir même à maîtriser ce que vous appeler conjugaison et que je nommer sadisme envers les étrangers. [P. 131]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Anasthassia, Sollyne, Lalou, Azilys, Karline, Nox, Melcouettes et nanet. (Liens à venir)

BOTTERO, Pierre. Les mondes d’Ewilan, tome 2 : L’oeil d’Otolep. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 317 p. ISBN 978-2-7002-3303-2

 

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Tome 1 : La forêt des captifs

Tome 2 : L’oeil d’Otolep

Tome 3 : Les tentacules du mal

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Les mondes d’Ewilan, tome 1 : La forêt des captifs ~ Pierre Bottero

15 mars 2011

Quel bonheur de retrouver Ewilan et ses amis pour cette triple LC organisée par Nanet sur Livraddict !

Quelques mois après avoir laissé Ewilan et Akiro à la joie de retrouver leurs parents, la petite troupe de La quête d’Ewilan s’est bien sûr un chouïa dispersée. Dès la première page, c’est Salim que l’on retrouve, en très mauvaise posture. Dans notre monde, Ewilan a été enlevée et est retenue prisonnière par une organisation secrète au cœur de la forêt, appelée l’Institution. Seul, dans l’incapacité d’appeler leurs amis Alaviriens à l’aide, Salim tente tout ce qu’il peut pour sortir Ewilan de cet enfer où, transformée en légume par la drogue, elle sert de cobaye à des scientifiques barbares.

Le fait de se trouver dès le départ dans notre réalité, avec nos personnages adorés en proie à une organisation secrète et terrifiante envoie directement le lecteur dans une atmosphère sombre. Le danger est plus intense que jamais puisqu’Éléa Ril’ Morienval, la traîtresse, est encore une fois de la partie et tandis que les personnages sont forcés de grandir toujours plus vite, le lecteur est lui aussi happé par le pouvoir de conteur de Bottero.

Goutte à goutte, les informations sont éparpillées. On apprend ainsi comment Maniel est devenu homme-lige et ce que ce statut implique. Les Ts’lich, créatures répugnantes et immenses aux allures de mante religieuse, sont toujours prêtes à se ranger du mauvais côté et, même si Gwendalavir m’a manqué, les brusques retrouvailles avec l’équipe de la Quête renvoient à de très beaux souvenirs qu’il est étonnant de retrouver si nets. Mais l’heure est grave et plus vraiment aux beaux souvenirs. La menace vient de ces deux mondes qui s’opposent et on oscille entre l’évocation de l’extrême droite et la prise de pouvoir dictatorielle d’Éléa, qui contribuent au contraste bienveillant qu’incarnent les Alaviriens et qui donne au roman des allures sombres entre lesquelles on devine que se joue quelque chose de grave et de grande ampleur.

Dans ce premier tome, de nouveaux alliés font aussi leur apparition. C’est le cas de Maximilien Fourque, vieil homme solitaire vivant avec ses chèvres dans sa propriété d’Ombre Blanche au milieu de la campagne, loin de toute habitation. Un homme doux et silencieux, qui a vraiment sa raison d’être dans ce roman. Au-delà de tout ce qu’il apporte à nos personnages principaux, il est vital de par son caractère tranquille et limite mystérieux.

Ce qui arrive à Ewilan au début du roman est vraiment horrible mais lui permet également de changer, de mûrir enfin pour de vrai. On est loin de cette fillette prétentieuse qui m’avait profondément agacée dans quelques passages de La Quête. Avec cette peur affreuse qui se tapit en elle, Ewilan devient attachante, moins énervante, plus vulnérable.

Ce tome est aussi celui où l’on rencontre Illian, un nouveau personnage tout aussi attachant qu’intriguant. Car Illian a un pouvoir saisissant dont les Alaviriens n’avaient jamais eu connaissance. Ewilan se rappelle grâce à lui qu’elle ne connaît pas encore tout des façons dont on peut entrer dans l’Imagination et s’en servir. Nous avons donc une foule de choses à apprendre encore, et c’est tant mieux !

Toujours aussi envoûtante, la plume de Bottero nous emmène toujours plus loin en posant les bases d’une nouvelle trilogie, d’une nouvelle aventure grandiose.

 

Quelques extraits

Etrange qu’il soit incapable de les voir autrement que comme des enfants. Ils étaient depuis longtemps sortis de l’enfance dans leurs corps et dans leurs têtes… Cela était dû à la première vision qu’il avait eue d’eux, mais aussi à la force qui se dégageait de leurs regards lorsque leurs yeux se croisaient. Une force qu’il fallait être très jeune… ou très vieux pour posséder. [P. 93]

 

Ewilan hurle. Son désespoir de dessinatrice absolue emprunte une porte qui ne lui appartient pas, mais dont elle a perçu l’existence. La porte d’Illian.

Son cri ouvre une brèche dans la structure ordonnée des possibles tandis qu’une multitude d’images se répand en elle. Elle retient l’image qui l’a soutenue aux pires moments de son existence. Un groupe.

Amitié…

Force…

Sécurité…

Ewilan hurle toujours, la trame de l’univers se déchire. L’impossible devient réalité. [P. 203]

 

Le visage de la Sentinelle irradiait une telle malveillance qu’Ewilan sentit son courage l’abandonner. Pendant des jours et des jours, elle n’avait songé qu’à la vengeance et voilà que la force puisée dans ce sentiment la fuyait par des milliers de déchirures qu’elle avait pourtant crues cicatrisées. La haine qu’elle avait pensée indestructible, qui l’avait soutenue et poussée en avant, cette haine se délitait, révélait son véritable visage : la peur ! Cette femme était le diable, lui résister était impossible, on ne pouvait que s’écarter pour lui laisser le passage. Et espérer qu’elle ne s’arrête pas… [P. 281]

 

— Qu’est-ce que… est-ce vraiment… bon sang, c’est abominable ! Comment avez-vous réussi à vaincre une pareille créature ?

— Celle-là, je l’ai égorgée, expliqua Ellana d’une voix posée. Pour plus de sécurité, Edwin a cru bon lui envoyer deux flèches en plein cœur. Manque de confiance typiquement masculin…

— Heu… je vois… Et ça, qu’est-ce que c’est ?

— Ce qu’il reste du Ts’lich brûlé par Illian. Ça fait un peu désordre, mais Illian est jeune et se trouvait dans l’urgence. Grâce à lui, nous savons désormais que le Ts’lich n’est pas comestible. Impossible d’inviter des amis autour d’un barbecue et cuire un truc pareil. Ce serait une faute de goût impardonnable.

Stupéfait, Bruno Vignol dévisagea la jeune femme. Elle pencha la tête et lui sourit, comme surprise par l’intérêt qu’il lui témoignait.

— Vous… vous êtes sérieuse ? balbutia-t-il.

— Bien sûr. Le Ts’lich ne se mange pas. Du moins pas en grillade ! En pot-au-feu, peut-être… On vous montre les autres ? [P. 298-299]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Anasthassia, Sollyne, Lalou, Azilys, Karline, Melcouettes, Nox, nanet, Eden1487 & Korto.

BOTTERO, Pierre. Les mondes d’Ewilan, tome 1 : La forêt des captifs. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 316 p. ISBN 978-2-7002-3302-5

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Le journal intime de Georgia Nicolson, tome 1 : Mon nez, mon chat, l’amour et moi ~ Louise Rennison

4 mars 2011

Je relis très rarement, pour ne pas dire jamais. Je crois que ma dernière relecture doit dater d’Antéchrista d’Amélie Nothomb en 2003 puis en 2004, quelque chose comme ça… Aujourd’hui, j’avais besoin d’autre chose, de soleil dans mes lectures sombres qui me ressemblent… auxquelles je ressemble trop. Après avoir vu l’adaptation cinématographique du Journal intime de Georgia Nicolson, la tentation de relire les pensées de Georgia vis-à-vis de son Super-Canon en l’imaginant désormais avec les traits de ce dieu de la top-sexitude qu’est Aaron Johnson était définitivement trop forte.

Je me souviens de ces fous rires étouffés sous la couette vers 12-13 ans. A 22 ans, ces fous rires sont exactement les mêmes, sauf qu’ils ne sont plus seulement partagés avec la meilleure maman du monde : j’ai fait de minimoi, ma p’tite sœur de 11 ans, une véritable accro.

Georgia, c’est l’adolescente type qui pète un plomb à la veille de ses 15 ans. Lorsque Robbie et Tom débarquent dans sa vie et celle de ses meilleures copines Jas, Ellen, Jools et Rosie, la chasse au Super-Canon commence et Georgia ne s’épargne rien. De plans foireux en idées catastrophes, le quotidien de Georgia est désopilant. Avoir l’air mature et désirable devient une réelle obsession et Georgia nous la fait passer sous son ironie omniprésente et son humour décapant. Son chat Angus, énorme et sauvage, est irrésistiblement cinglé, sa petite sœur Libby, 3 ans, n’a pas l’air plus saine d’esprit et ses parents, sont… comme tous les parents, vieux et grotesques ! 

Le fait que le lecteur, disons plutôt la lectrice, n’ait que la vision de Georgia sur tout ce qui l’entoure fait de ce livre (et de toute la série) un roman tout à fait burlesque où les folies de Georgia transparaissent un peu à travers chaque personnage, ce qui leur donne à tous un côté complètement frappé. Louise Rennison fait aussi ressortir le côté comique du journal intime et appuie la spontanéité de son héroïne en nous donnant les pensées de Georgia au fil des mois, jours, heures, minutes ! Ses complexes sans cesse exagérés sont à mourir de rire. Entre premiers baisers, soirées entre copines et crises de rire en classe, Georgia nous raconte tout et on ne s’ennuie pas. Et puis j’adooore quand elle essaie de parler français pour faire plus sensuel.

Une vraie lecture détente pour filles pleine de fraîcheur !

 

Quelques extraits

Maman refuse que papa ait une cabane de jardin depuis qu’il a transformé la sienne en QG pour mouches bleues en oubliant ses asticots pour la pêche dedans.

L’autre jour quand l’électricien est venu réparer le frigo qui avait explosé, il a demandé à maman :

— Vous pouvez me dire quel est le dingue qui a branché ce frigo ? Y a quelqu’un qui vous en veut dans votre entourage ?

Et bien sûr, celui qui avait fait le branchement, c’était papa. [P. 18]

 

19h. Suis au lit. Oncle Eddie prétend qu’il existe une force invisible qu’on ne peut pas maîtriser et qui œuvre à notre insu… Si c’est vrai cette histoire, quelqu’un peut me dire pourquoi elle s’en prend à moi ? [P. 46]

 

J’ai emmené Libby faire une balade en poussette. Ambiance blues automnal. Elle n’arrêtait pas de chanter : « Je suis la reine. Oh, je suis la reine. » Elle avait refusé que je lui enlève ses ailes magiques et l’installation dans la poussette avait viré au cauchemar. Les nuages filaient à toute blinde dans le ciel mais il y avait du soleil et l’air était vif. En faisant un petit effort, j’ai réussi à tomber le masque et j’ai fini par accompagner Libby dans ses vocalises. On était en train de hurler toutes les deux : « Je suis la reine. Oh, je suis la reine » quand il a surgi d’une Mini Cooper rouge. Robbie. Le Super-Canon.

— Bonjour ! On se connaît, il me semble, non ? [P. 53]

 

Conclusion. Une soirée de rêve. Je suis déjà au lit. Mon « petit copain » est un hooligan. Le précédent était un bulot. Le garçon que j’aime me déteste. Il préfère une nouille maigrichonne à oreilles décollées…

P-S : Mon soi-disant « chat » m’a craché dessus alors que je suis rentrée quasi en larmes. [P. 104]

 

RENNISON, Louise. Le journal intime de Georgia Nicolson, tome 1 : Mon nez, mon chat, l’amour et moi. Paris : Gallimard, impr. 2002. (Scripto) 189 p. ISBN 2-07-053799-4

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La quête d’Ewilan, tome 3 : L’île du destin ~ Pierre Bottero

15 janvier 2011

Un périple de quelques centaines de pages pleine de poésie et de peinture et déjà le dernier tome pointe le bout de son nez. Mais avant la toute fin, les aventures de notre joyeuse troupe reprennent leur rythme de croisière jusqu’au happy end tant attendu.  Car si Gwendalavir a retrouvé la paix, il n’en reste pas moins à Ewilan un ultime but : retraverser tout le pays pour délivrer ses parents.

Malgré quelques éléments nettement prévisibles et artificiels, notamment en ce qui concerne cette nuée de couples qui se forment, Bottero nous envoûte une fois de plus ! Ewilan a décidément bien grandi et même si le ton qu’elle emploie est parfois agaçant (moins que dans Les frontières de glace, heureusement), elle n’en reste pas moins brillante. Dans ce dernier tome, on fait également connaissance avec la jeune sœur d’Edwin, Siam, virtuose du sabre, et l’on retrouve Akiro, le frère aîné d’Ewilan, après un nouveau petit voyage dans notre monde, toujours aussi désolant.

L’intrigue et l’histoire sont toujours aussi bien servies par un monde imaginaire très riche et très bien exploité, dans lequel les personnages évoluent à un rythme soutenu. Aucune longueur pour une narration qui garde son efficacité. Sous la plume de Bottero, les personnages grandissent, s’ouvrent, découvrent, souffrent, s’amusent et s’accomplissent. L’équilibre entre ces personnages insuffle une incroyable intensité à tout ce qu’ils vivent. C’est ce qui fait qu’avec eux, on vit véritablement des moments très forts. C’est ce qui donne lieu à nos rires… et puis à nos larmes aussi.

 Au final, La quête d’Ewilan est une très belle trilogie que j’aurais vraiment aimé découvrir plus jeune.

 

Quelques extraits

— Mais je t’ai dit que c’était impossible ! hoqueta l’analyste.

— Chez moi, répliqua Mathieu gentiment ironique, il y a une histoire qui commence ainsi : « Ils ignoraient que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Super, non ? [P. 180]

 

— Je ne pense pas être capable d’un tel exploit, et je sens, au plus profond de moi, que je ne dois pas abuser du Pouvoir. C’est une question d’équilibre. Quand je dessine, je trompe la réalité. Il ne faut surtout pas que j’imagine que c’est un jeu. [P. 196]

 

Le pouvoir qu’offre d’Art du Dessin est limité. L’amour, lui, est infini.

Merwyn Ril’ Avalon [P. 290]

 

Les autres tomes :

1. D’un monde à l’autre

2. Les frontières de glace

BOTTERO, Pierre. La quête d’Ewilan, tome 3 : L’île du destin. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 316 p. ISBN 978-2-7002-3192-2

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La quête d’Ewilan, tome 2 : Les frontières de glace ~ Pierre Bottero

14 janvier 2011

Le tome 1 à peine terminé, je commençais Les frontières de glace, attendant juste de me laisser emporter loin de cette période déprimante. Et bien sûr, Gwendalavir fut un très bon remède à la grisaille ambiante.

Dès les premières pages, retrouver tous ces personnages plus attachants les uns que les autres nous replonge dans l’aventure. Ellana soignée, la troupe peut repartir pour Al-Jeit, accompagnée d’Artis Valpierre, un rêveur d’Ondiane, et bientôt de Chiam Vite, un Faël rencontré à la Passe de la Goule. Artis, antipathique au premier abord va petit à petit se révéler à la fois, très utile de par sa capacité à pouvoir soigner en dessinant, et assez gentil, rapidement gagné par le bel esprit de groupe qui règne autour d’Ewilan. Quant à Chiam Vite, c’est un Faël attachant plein d’ironie et d’espièglerie dont j’aurais voulu en savoir plus.

Mauvaises rencontres, rudes combats et merveilles visuelles se succèdent, c’est un long périple et toujours les liens se resserrent. Salim et Ellana, Ellana et Ewilan, Bjorn et Salim, Edwin et Ellana… L’amitié est une valeur forte dans cette trilogie pleine de messages, qui transparaissent de manière diverse au fil des pages. L’affection qu’ils se portent est directement proportionnelle à celle que nous leur portons. Il y a une telle osmose dans ce groupe, c’est assez magique ! Chaque personnage apporte quelque chose et en devient indispensable. Les traits de caractères sont multiples et nous font passer par une foule de sentiments. De ce mélange, naît un bien-être qui diffuse une sensation de sécurité, même si le danger rôde toujours. L’humour de Salim, parfois trop répétitif, agit tout de même très positivement sur la petite bande et offre un bon pendant de légèreté aux batailles parfois spectaculaires.

Et puis, véritable joyaux, Gwendalavir pullule d’inventions éblouissantes où la grande réussite de Bottero reste cet Art du Dessin et ce monde de l’Imagination.

Le seul bémol dans ce tome, c’est Camille. (Blasphème !!!) Même si Camille m’avait un peu paru prétentieuse à la fin du premier tome, sa relation avec Salim et son histoire personnelle la rendait attendrissante, sans compter qu’elle est aussi très vive et réfléchie… Le problème, c’est que dans ce deuxième tome, elle m’a littéralement gonflée. Camille sait tout, Camille se complaît beaucoup trop dans le rôle de meneuse, Camille ne cesse de rabrouer Salim sans cesse comme un chien… Oui, ses remarques ironiques envers Salim qui n’étaient que chamailleries de pré-ados dans le premier tome, dans lesquelles les deux amis trouvaient un prétexte pour rigoler, se sont transformées en réprimandes incessantes et trop sérieuses qui m’ont parfois donné envie de lui retourner trois baffes. Alors je ne sais pas si c’est le début de sa crise d’adolescence ou ses premières règles, mais je me suis demandé plusieurs fois si elle allait finir par se calmer !

Et là, il y a quelque chose d’incroyablement bluffant : en général, quand un personnage m’agace autant (et quand en plus c’est le personnage principal), je descends le livre, qui finit par me sortir de partout. Mais Bottero a réussi l’impossible ! Par son imagination délicieuse, son style qui nous fait glisser d’une page à l’autre et ses (autres) personnages … il contrebalance complètement la mauvaise impression que m’a laissée Camille.

Quand vient la fin, l’apaisement est là, l’histoire ne s’essouffle pas, on se sent bien et… on veut la suite !!!

 

 Quelques extraits

Un dessinateur arpentant les Spires sait quand un dessin est réalisé quelque part, surtout s’il s’agit d’une création ambitieuse. Cette perception est très personnelle. Certains disent qu’ils voient, d’autres qu’ils entendent, ou qu’ils sentent. La vérité est qu’il n’y a pas de sens pour décrire ce qu’on imagine et donc pas de verbe pour en parler…

Elis Mil’ Truif, maître dessinateur à l’Académie d’Al-Jeit [P. 72]

 

— Je pensais que vous descendriez chercher les rares flèches qui ne se sont pas brisées contre les pierres, mais je ne vous ai pas vus. Timides sans doute ? Ce doit être pour ça que vous vous cachez ici. Je me trompe ?

Il y eut un frémissement de colère chez les Faëls, et des mains se tendirent vers les arcs.

— Paix, amis !

Salim leva les yeux vers la voix.

Un jeune guerrier était assis sur une vire, les pieds dans le vide, quelques mètres au-dessus d’eux, et les contemplait en souriant.

— Quelle verve, lança-t-il. Si les humains être à moitié aussi efficaces que ce qu’ils parler bien, ils ne pas être en train de perdre la guerre contre les Cochons ! Aussi vrai que je m’appeler Chiam Vite. [P. 124-125]

 

J’ai étudié l’autre monde. Il est déchiré par la guerre depuis des siècles. Les hommes s’y entretuent, anéantissent en une journée ce qu’ils ont mis des années à bâtir… J’aimerais pouvoir affirmer que cela n’existe pas en Gwendalavir, c’est hélas impossible. La guerre existe ici aussi. Peut-être l’homme est-il fondamentalement allergique à la paix ?

Maître Carboist, Mémoires du septième cercle [P. 211]

 

Ce que j’aime par-dessus tout en Gwendalavir, outre la salade de champignons, c’est l’inutilité du mot impossible.

Merwyn Ril’ Avalon [P. 273]

 

Les autres tomes :

1. D’un monde à l’autre

3. L’île du destin

BOTTERO, Pierre. La quête d’Ewilan, tome 2 : Les frontières de glace. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 314 p. ISBN 978-2-7002-3191-5

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La quête d’Ewilan, tome 1 : D’un monde à l’autre ~ Pierre Bottero

6 janvier 2011

Ca y est, j’ai craqué ! Même si la fantasy n’est pas vraiment le genre auquel j’adhère le plus, la résistance n’était plus ni possible ni nécessaire. Je n’aime pourtant pas lire ce que tout le monde lit… Mais je me calme, de temps en temps. Et voici venir une accalmie !

C’est aux portes de l’adolescence que Camille découvre d’où elle vient. Elle ne se souvient de rien avant son adoption par M. et Mme Duciel, deux êtres haineux, secs et sans cœur. Mais ce qu’elle va découvrir changera heureusement la donne et fera naître l’espoir. Car Camille, depuis toujours déracinée, va trouver dans la vérité des défis et un véritable sens à sa vie : son nom est en fait Ewilan, elle est une dessinatrice de Gwendalavir.

D’emblée, un style souple et simple vous emmène loin en peu de temps et de pages. Le point de départ de la pré-ado esseulée qui découvre la magie dans un monde parallèle n’est certes pas franchement original… Mais à notre grand soulagement, il suffit de s’aventurer un peu pour s’apercevoir que Bottero nous conte une histoire hors du commun. Il embarque son lecteur dans des péripéties qui deviendront peu à peu le quotidien de nos personnages et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas !

Entraînés dans cet autre monde, Camille et son ami Salim, vont grandir de bouleversements en bouleversements. C’est un monde où l’on différencie l’imagination et… l’Imagination, un monde à part entière, dans lequel on voyage mentalement en dessinant. Et c’est bien entendu cet Art du Dessin qui se trouve au centre des aventures de Camille/Ewilan. L’idée même du pouvoir du dessin est sublime ! Dessiner mentalement et voir ses créations devenir réelles, quel concept fabuleux ! Mais maîtriser son don devient vite une question de vie ou de mort pour Ewilan, qui sera rapidement confrontée à de rudes épreuves.

Camille/Ewilan est une fillette qui n’a pas froid aux yeux, brillante, elle mène sa barque avec intelligence, toujours réfléchie. Et il faut dire qu’à ses côtés, Salim veille, il joue le rôle de l’ami fidèle et plaisantin à merveille. Comme compagnons de voyage, c’est un groupe très hétéroclite que l’on suit avec intérêt : chevaliers, guerriers, analystes, marchombres, chuchoteurs, rêveurs… Des personnages attachants dont on a encore énormément à apprendre !

Si cette trilogie est clairement destinée à un jeune public, elle exploite sans aucun doute ce dont nous avons tous besoin : le rêve et l’imagination. Catapultés dans un monde parallèle en guerre qui recèle de surprises – bonnes ou pas –, l’évasion est au rendez-vous.

 

Quelques extraits

Le Don, ou l’Art du Dessin, existe grâce à trois forces, la Volonté, la Créativité et le Pouvoir. Ces trois forces existent en chacun de nous, mais souvent de manière trop embryonnaire ou disproportionnée pour que leur possesseur soit un dessinateur. [P. 109]

 

— Alors ?

— Alors nous voyageons jusqu’à Al-Jeit pour la mettre hors d’atteinte des Ts’liches. C’est le seul endroit où elle pourra préparer sa mission en toute sécurité.

— Je comprends, dit gravement le chevalier.

Il montra Camille du doigt.

— Et là, que lui arrive-t-il ?

Le vieil analyste tourna son regard vers les jeunes gens, toujours assis au bord de l’eau.

— Elle apprend à vieillir, expliqua-t-il d’un ton triste, ça lui fait mal. [P. 162-163]

 

Les autres tomes :

2. Les frontières de glace

3. L’île du destin

BOTTERO, Pierre. La quête d’Ewilan, tome 1 : D’un monde à l’autre. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 281 p. ISBN 978-2-7002-3170-0

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