Cette fois, c’est l’aventure, la vraie ! La petite troupe partie explorer les terres inconnues à l’est de Gwendalavir pour rendre le petit Illian à son peuple et ramener Altan et Élicia a retrouvé en chemin trois anciens compagnons : Mathieu, Bjorn et Siam. L’expédition est loin d’être terminée et après un deuxième tome fort en événements tragiques qui laissaient présager un troisième tome mouvementé, Les tentacules du mal offrent un dénouement grandiose, où l’on bondit de surprises noires en superbes découvertes.
Le culte d’Ahmour dont on sait peu de choses au sortir du tome précédent devient l’élément central. Le déchaînement de force et de haine qui plane au-dessus de Valingaï, la cité d’Illian, traverse le roman de part en part, liant les personnages et les événements les uns aux autres. Et les citations de débuts de chapitres, loin de dévoiler l’intrigue, apportent du mystère ou des informations intéressantes.
Partir à la découverte de l’inconnu permet d’affirmer encore un peu plus certains caractères mais donne aussi de quoi pimenter les relations. Sans compter qu’au milieu du groupe de voyageurs, le rôle d’Illian, en prenant une importance méritée, intrigue et inquiète. Devant les batailles spectaculaires et déterminantes, des choix difficiles doivent être faits. De quoi donner au lecteur l’envie irrésistible de tourner les pages jusqu’au final.
Des personnages magnifiques déjà rencontrés auparavant refont des apparitions pour notre plus grande joie, se mêlant au flot de rencontres inattendues qui pullulent dans ce tome. Certaines marqueront d’ailleurs les esprits plus que d’autres, à l’image de ces Fils du Vent, les Haïnouks, un peuple de nomades respirant le bien-être et vivant sur des bateaux qui roulent à une vitesse vertigineuse dans les Plaines Souffle. Ces nouveaux personnages portent comme d’habitude des noms tous emprunts de poésie qui contribuent à l’image que l’auteur nous a dépeinte.
Si Éléa est majoritairement absente, son ombre malfaisante fortement incrustée chez les Valinguites souffle toujours un vent inquiétant sur nos compagnons, lesquels n’ont jamais porté une mission aussi lourde et dangereuse. Cette histoire est aussi une belle fable sur le bonheur de côtoyer des êtres devenus chers et de les aimer tout simplement.
Après mon premier tome botterien (D’un monde à l’autre), je pouvais bien sûr déjà sentir cette magie propre à un auteur dont j’avais déjà compris qu’il était fabuleux et me réservait bien des moments de bonheur littéraire. Ces deux trilogies achevées, je mesure maintenant pleinement la perte qu’est la disparition de Pierre Bottero pour la littérature. (Et à tous ceux qui oseront encore dire, penser ou croire que la fantasy – et autres genres nés au 20ème siècle ou peu avant –, tous les profs d’unif et autres théoriciens coincés du cerveau, venez me le dire en face, pour voir.) Oui, la disparition de Bottero est une perte énorme qui jette même le lecteur dans un halo de douce tristesse, car au-delà de la mélancolie qui s’empare de nous à la fin d’un roman, d’une trilogie – c’est toujours à regret que l’on tourne la dernière page et que l’on quitte l’univers botterien – il restera toujours désormais au sortir de mes lectures botteriennes le sentiment que cet auteur avait encore énormément à donner.
Créer un (des) monde(s) aussi vivant, complet et définitivement magnifique, lui donner ce mystère et cette irrésistible et étrange crédibilité – et pour cela, y croire si fort, j’imagine – inventer et construire ces personnages bourrés d’humanité devenus des amis, et leurs relations qui embaument des voyages tout aussi éblouissants… Pour imaginer tant de choses qui ravissent lecteurs et lectrices de tout âge, il faut à coup sûr du travail, mais aussi indubitablement un grand talent et une grande sensibilité. Alors chapeau, l’artiste.
Quelques extraits
Maître Duom se réveilla ainsi un matin et découvrit un scorpion gros comme sa main caché dans sa botte. Il poussa un cri strident qui ameuta le reste de la troupe. Sans un mot, Ellana s’empara de la botte et la secoua à l’écart du campement. Le scorpion disparut entre les pierres.
- Pourquoi ne l’as-tu pas exterminé ? s’indigna l’analyste. Cette saleté aurait pu me piquer !
- Il cherchait simplement un peu de chaleur pour passer la nuit, répondit Ellana. Cela ne mérite pas la mort.
- S’il m’avait piqué, c’est moi qui serais mort, insista maître Duom.
- Je connais beaucoup d’hommes qui sont prêts à tuer si on leur marche dessus, on ne les extermine pas pour autant. [P. 50-51]
Si un ennemi est plus fort que toi, deviens son ami. Parle avec lui. Réfléchis. Comprends-le. Et quand le temps est venu, frappe.
Livre noir des Ahmourlaïs [P. 107]
Les Fils du Vent n’obéissaient à aucune loi, naviguaient librement sur l’immense étendue des plaines Souffle, guidés par les choix du conseil des femmes qu’ils suivaient par sagesse plutôt que par obligation. Ils effectuaient un peu de commerce sous forme de troc avec les cités, surtout Kataï, mais se nourrissaient exclusivement du produit de leur chasse et leur cueillette, assumant ainsi leur volonté de ne dépendre de rien ni de personne. Ils détenaient une parfaite connaissance des plaines et des vents qui les balayaient en continu, se jouaient des troupeaux de Khazargantes qui auraient pu réduire leurs navires en miettes et étaient dotés d’un sens de l’humour et de l’autodérision à toute épreuve. [P. 169]
Si tu veux absolument te battre, commence par te battre contre toi-même.
Précepte haïnouk [P. 350]
Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Anasthassia, Sollyne, Azilys, Melcouettes et nanet. (Liens à venir)
BOTTERO, Pierre. Les mondes d’Ewilan, tome 3 : Les tentacules du mal. Paris : Rageot, impr. 2010. (Rageot Poche). 411 p. ISBN 978-2-7002-3304-9
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Tome 1 : La forêt des captifs
Tome 2 : L’oeil d’Otolep
Tome 3 : Les tentacules du mal











