Quatrième de couverture
« L’heure était venue de chasser. Inhalant profondément, j’ai reniflé l’odeur du sang des humains dans la rue. S’ils n’étaient pas les seuls alentour, ils étaient les plus proches. Le gibier qu’on se choisissait relevait d’une décision que l’on devait prendre avant d’en humer le parfum. Après, il était trop tard pour changer d’avis. Un râle sourd s’est échappé de mes lèvres. Ce sang était à moi. L’incendie de ma gorge a redoublé d’intensité, et je n’ai plus songé qu’à m’abreuver. »
« En me concentrant sur Bree, j’ai pour la première fois enfilé les chaussures d’une narratrice qui était un vrai vampire, un traqueur, un monstre. C’est à travers ses prunelles rouges que je nous ai observés, nous les humains. » Stephenie Meyer
Divagation personnelle
Aaah, quelle bouffée d’oxygène ! Je ne pensais pas être si heureuse de retrouver l’imagination de Stephenie. Je n’avais même pas pré-commandé le livre ni même prévu de le lire dans l’immédiat. Mais lorsque mon adorable maman est revenue avec le jour de sa sortie, j’ai sauté dessus. Sans vraiment le vouloir (j’avais déjà deux autres lectures en cours (dont l’énorme Comte de Monte-Cristo…) et je n’ai pas l’habitude de me perdre dans plusieurs romans à la fois). Je crois qu’une force invisible m’a poussée à ouvrir ce roman hier soir, sans quoi je ne l’aurais pas lu avant les vacances !
Bon, pour ne pas gâcher la fin de ce billet, je le dis dès le début : il y a des jours où j’en viens à me poser des questions assez existentielles, quand même… Pourquoi diable ai-je l’impression que les traducteurs se sentent obligés de réinventer leur français à chaque fois qu’ils font leur boulot et qu’il s’agit de bit-lit et autres genres dépréciés par la critique ?? Et je m’interroge encore : depuis quand “baffle” est-il un mot féminin ?
Précisons une chose : je n’avais pas relu la tétralogie depuis janvier 2009 ; je n’avais donc plus aucun détail précis en tête. Et c’est avec une certaine délectation que j’ai entamé le récit de Bree, heureuse d’entrer dans ses pensées en étant certaine de faire des découvertes et des redécouvertes. L’avantage avec ce roman, c’est que pour ceux qui s’y intéressent, il n’y a pas moyen de spoiler grand-chose puisque l’essentiel est déjà connu. Mais l’essentiel ici, prend une autre direction et nous amène à un récit qui finalement, nous apprend pas mal de choses… spoilables ! Mais je ne vais pas entrer dans les petits détails croustillants, je vous laisse les découvrir par vous-mêmes.
Dès le départ, le côté méfiant de Bree m’a touchée, car il est la conséquence d’un quotidien tout sauf rose. Par contre, le lien tissé avec Diego, un autre nouveau-né, m’a semblé trop rapide, il aurait mérité une plus longue extrapolation… Et plus de pages ! Mais on retrouve les procédés types de Stephenie Meyer avec les romances à tâtons, où le lecteur devine que ça ne peut être autrement, qu’ils sont faits pour s’aimer ; avec la force du monologue intérieur, des questions posées à soi-même, de la réflexion interne pour rester en vie ; avec ces descriptions des sensations si particulières qu’éprouvent les personnages dans cette saga. Et tout cela fait que dès les premières pages, on ne peut s’empêcher de s’attacher à Bree, de s’attacher à ce qu’elle pense en étant certain que l’on penserait la même chose à sa place. Du coup, ses rares amis nous manquent dès l’instant où l’on tourne une page en sachant qu’on ne le reverra plus.
Et lorsqu’arrive enfin ce combat, ce massacre… et donc nos personnages, ces vampires aux Yeux Jaunes, comme les appellent les nouveaux-nés, on ne peut s’empêcher d’y croire encore. Plus la fin approche, plus la magie Stephenie opère et plus on espère, tout en sachant pertinemment que Bree est de toute façon condamnée, que l’issue sera heureuse. S’arrêter sur cet épisode tragique fait de ce roman un vrai drame. Nous sommes au même rang que Carlisle et les siens, spectacteurs impuissants. Alors que Bree vient enfin de croiser le chemin d’êtres réellement bons, elle a par la même occasion, la preuve que la justice n’a rien de juste.
Un roman qui n’a rien de réchauffé, qui est à la hauteur de ce que l’auteur nous a déjà concocté et qui fait du bien : un peu de sang frais dans nos mémoires, qui nous replonge dans cet univers fantastique !
Quelques extraits
Alors il a plongé toute sa main dans la colonne, et la grotte a réussi à devenir encore plus brillante. Il a tourné et retourné son poing. Les reflets flamboyants dansaient sur sa peau comme s’il avait joué avec un prisme. Je n’ai senti aucune odeur de brûlé, et il était évident qu’il n’avait pas mal. Observant sa main de plus près, j’ai eu l’impression qu’un milliard de minuscules miroirs couraient à sa surface, trop petits pour qu’on les distingue séparément, mais renvoyant tous la lumière avec plus d’intensité qu’une glace ordinaire. [P. 66]
Toucher une autre personne était d’une étrangeté choquante, après toute une vie – et ces trois derniers mois étaient toute ma vie – à éviter le moindre contact. C’était comme effleurer une ligne à haute tension tombée à terre pour s’apercevoir que c’est agréable. J’ai senti un sourire se dessiner sur mes lèvres, un peu tordu. [P. 60-61]
MEYER, Stephenie. L’appel du sang : la seconde vie de Bree Tanner. Paris : Hachette Jeunesse, 2010. 210 p. (Black Moon). ISBN 978-2-01-202116-7




