Archive pour septembre 2011

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Vacances dans le coma ~ Frédéric Beigbeder

11 septembre 2011

Un bon petit Beigbeder quand la météo est désespérante, que n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Pour se remonter le moral, le temps d’une soirée ou d’une courte nuit, pour déguster les jeux de mots, glousser et sourire, en coin ou pas.

Souvenez-vous, j’avais commencé par celui-ci pour enchaîner avec celui-là… J’ai finalement attendu un peu pour me jeter sur Vacances dans le coma, car la monomaniaque que je suis aime aussi prendre son temps et faire durer le plaisir.

Dans ce deuxième roman mettant en scène Marc Marronnier, son double de fiction, Beigebder lacère autant qu’il caresse la jet-set qui lui est si familière, mais toujours avec humour. Oui, encore un roman-slogans, encore une succession de phrases cultes si la critique n’était pas si braquée sur des préjugés niais, sur la tronche de l’auteur et ses excès.

Treize chapitres pour suivre pendant treize heures ce chroniqueur mondain dans l’une de ces soirées VIP qui construisent sa routine. Les Chiottes ouvrent leurs portes à Paris et l’inauguration tant attendue de cette boîte de nuit hyper branchée sera animée par un vieil ami de Marc, Jocelyn du Moulin, devenu Joss Dumoulin, célèbre disc-jockey aux succès internationaux. Invité, Marc va y traîner sa curiosité lâche et nous emmener dans ce monde hyper fermé qui fait bander les lecteurs de la presse people.

Vacances dans le coma est une fresque alcoolisée et psychédélique où l’on voit émerger des conversations nocturnes entre des gens qui ne se comprennent pas, où l’on cultive le décalage. Le roman se fait panorama acide, passant en revue les invités et leur débauche heure après heure. « L’élite nocturne des pays occidentaux » est rassemblée pour l’occasion dans une liste où figurent également Jean-Baptiste Grenouille ou Patrick Bateman… Il faut bien le dire, Beigbeder ne serait pas Beigbeder sans comparaisons efficaces et associations de références succulentes.

Et bien sûr, Hyde est de sortie : subitement méchant et grossier avec les femmes, Marc Marronnier est un dégonflé capable de tout. Totalement paradoxal, il enchaîne les bourdes volontaires, arrivant même à nous expliquer qu’il aime décevoir, car

« Plaire aux gens, c’est vite ennuyeux. Leur déplaire sans arrêt, c’est assez désagréable. Mais les décevoir régulièrement et avec application, ça, c’est de bon aloi. La déception est un acte d’amour : elle rend fidèle. “Comment Marronnier va-t-il encore nous décevoir cette fois-ci ?” »

Je ne dirais pas que Marc Marronnier évolue… Il s’enfonce continuellement, toujours plus profondément dans ses lubies. Et forcément, moi, je jubile ! Dès les premières affirmations piquantes, on retrouve l’amertume et le masochisme de ce personnage ravagé par toutes ces soirées qu’il connaît trop bien et auxquelles il continue de se traîner. Marc Marronnier est un jeune lâche désabusé qui, entre deux cocktails et deux pensées pour les nymphomanes qu’il va s’envoyer, sort des Post-it sur son tabouret de bar pour écrire une listes de choses à oublier… Marc Marronnier est antipathique, pathétique, macho et con. Marc Marronnier est mélancolique, amoureux, lucide et touchant. Vous avez le droit de le trouver excessivement prétentieux et énervant (et de confondre pour de bon personnage et auteur) ; il reste pour moi excessivement drôle.

J’aime énormément le recul que Marc peut prendre parfois vis-à-vis de ce monde formaté pour la déchéance (on se souviendra d’une scène particulièrement barbare et (trop ?) détonante aux chiottes des Chiottes un peu avant 6h du matin) auquel il appartient. Dans cet amas de fêtards friqués et déglingués, Marc oscille entre lucidité et transformation en déchet humain. Même en ayant conscience par intermittences de sa propre dépravation, de la névrose navrante qui l’entoure, il plonge comme les autres, tête baissée dans la nuit pour ne pas voir le jour aveuglant et sa lumière qui broie les repères. 

Et finalement, que l’auteur se mette en scène dans des délires mondains, qu’importe ? Libre à lui de faire de sa vie un tel chaos organisé. Ça ne devrait pas avoir d’importance pour le lecteur qui s’aventure jusqu’à l’avant-dernière page et y trouve ceci : « Demain est un bisou dans le cou ».

 

Quelques extraits

« Vous êtes qui ? » demande le pit-bull humain qui garde l’entrée. Comme la vraie réponse à cette question prendrait des heures, Marc dit juste : « Marronnier ». Le vigile répète son nom dans son talkie-walkie. Un ange passe. Chaque fois qu’on sort, c’est pareil. « On vérifie sur la guest-list. » On prend les portiers de boîte pour des cerbères mais c’est faux : ils descendent directement du Sphinx de Thèbes. Leurs énigmes soulèvent de vrais problèmes existentiels. Marc se demande s’il a bien répondu. Finalement, le pit-bull capte un grésillement approbateur dans son oreillette. Marc existe ! Il est sur la liste, donc il est ! Le chambellan entrouvre avec déférence une cordelette pour le laisser passer. La foule s’écarte telle la mer Rouge devant Moïse, sauf que Marc est rasé de près. [P. 30]

 

Clio s’est assise sur les genoux de Marc. Or, bien que très fine, elle pèse assez lourd.

« Tu n’en as pas marre de sortir avec une star ? lui demande Marc. Tu ne préférerais pas coucher avec ta chaise ?

— What ? »

Elle le contemple de son regard vide.

« Eh bien, puisque tu es assise sur moi… Si tu sortais avec ta chaise, ça serait moi… (Il balaie l’air de sa main.) Je plaisantais… Just kidding, forget it.

— This guy is weird », dit Irène à Clio. [P. 58]

 

Qui sont tous ces gens ? Un cauchemar de disc-jockey. Des sauvages cravatés. Des dandies sales. Des aristocrates psychédéliques. Des lurons saturniens. Des noceurs divorcés. Des danseurs vénéneux. Des glandeurs besogneux. Des mendiants hautains. Des marionnettes nonchalantes. Des squatters crépusculaires. Des déserteurs belliqueux. Des cyniques optimistes. Bref, une bande d’oxymores ambulantes. [P. 72]

 

Marc opte en fin de compte pour sa danse préférée : la « Tachycardie ». Sur le sol, il sait ce qu’il veut.

Il veut une suave irréalité.

Il veut des musiques multicolores et des alcools à talons hauts. […]

Il veut voyager par fax. [P. 75]

 

Anne ne parlera pas de la mort. Elle est beaucoup trop belle pour mourir. Ce genre de filles ne sert qu’à vivre, à vivre et à aimer de toutes ses forces. Enfin, « ce genre de filles », c’est une image, car il n’en a jamais rencontré une pareille. Marc a tendance à généraliser trop vite. Il tente de rationaliser ce qui est en train de lui arriver, alors qu’il est déjà trop tard : il y a une bonne heure qu’il a sombré dans l’irrationnel, dans le déraisonnable, dans l’anticartésien, bref, une bonne heure qu’il est amoureux fou, pieds et poings liés, éperdu et perdu, comme dans ses poèmes. [P. 126]

(Oui, j’ai encore forcé sur les extraits, et alors ?)

BEIGBEDER, Frédéric. Vacances dans le coma. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le Livre de Poche ; 14070). 149 p. ISBN 978-2-253-14070-2

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L’ombre du vent ~ Carlos Ruiz Záfon

7 septembre 2011

Voici enfin le billet que j’aurais dû écrire en même temps que ma petite Zatounette il y a deux mois… LE billet tant attendu… Et attention, c’est un sublime coup de cœur !!!

Car L’ombre du vent est une merveille, un roman magistral qui contient une magie fine. Si l’on sent sa présence dès les premières lignes, on la comprend seulement en approchant des dernières. L’ombre du vent est de l’ordre de ces romans dont les personnages vous hantent jusque dans vos rêves, puis s’évanouissent quelques temps pour mieux revenir vous surprendre au tournant de l’histoire.

C’est une boucle de mystères qui accaparent votre esprit dans une atmosphère sombre où Barcelone est un personnage à part entière, se mouvant dans un brouillard qui se pourlèche. Dans une ambiance de fin de siècle que seules viennent troubler les avancées technologiques en fleur, Daniel Sempere narre son histoire avec une détermination pleine de passion. En 1945, pour ses dix ans, son père l’emmène dans le Cimetière des Livres Oubliés où perdure une coutume particulière. C’est là qu’il rencontre pour la première fois l’auteur Julián Carax…

 « La coutume veut que la personne qui vient ici pour la première fois choisisse un livre, celui qu’elle préfère, et l’adopte, pour faire en sorte qu’il ne disparaisse jamais, qu’il reste toujours vivant. C’est un serment très important. Pour la vie. »

Ce jour-là, en choisissant L’ombre du vent de Julián Carax, Daniel entre de plain-pied dans la vie de cet auteur méconnu dont la prose l’émerveille. Au cœur d’un monde fait de livres, de libraires, de bouquinistes, le lecteur est d’abord happé par les sentiments de cet enfant qui rêve d’une vie d’écrivain et qui commence doucement à traquer des rumeurs et chercher des informations à recouper.

C’est un roman fait de solitudes, d’absences et de disparitions qui tissent entre elles des nuits sans sommeil. Pourquoi Julián Carax est-il si peu connu malgré son indéniable talent ? Comment se fait-il que ses romans aient presque tous été brûlés ? L’enquête de Daniel devient rapidement obsédante, pour lui comme pour le lecteur. En remuant un passé qui ne lui appartient pas, il fait connaissance avec les témoins d’une vie si mystérieuse qu’elle frôle le fantastique. Au Collège San Gabriel vers 1914, entre la Haute Société et les petites gens, les prémices de notre histoire se dessinent ; là où des révélations troublantes commencent à se succéder subtilement. Avec l’aide Fermín, ancien espion international converti en clochard bavard et recueilli par les Sempere, Daniel sombrera peu à peu dans une affaire passionnante qui ne le concerne pas. Alors, aux quatre coins d’une Barcelone froide, placide et inquiétante, le lecteur déambule, avide et fasciné.

Oui, c’est un roman fascinant. Entre secrets, passions dévorantes et histoires d’amour parallèles, c’est un roman qui se savoure page après page et jour après jour là où d’autres se dévoreraient sauvagement. Ici, l’atmosphère est à la prudence, à la nuit et au mystère. On y trouve des personnages vivant dans l’ombre, encerclés par la noirceur méfiante de l’après-guerre et la justice claudicante infestée d’abus de pouvoir terrifiants. Il faut mentir pour garder en vie les gens qu’on aime mais il faut aussi comprendre que tout a une histoire. Pas question de se ruer au cœur de l’intrigue sans réfléchir.

Mais, lancé sans hésitation dans ces sombres aventures, le lecteur ignore encore que les personnages de Zafón le hanteront pour longtemps. La richesse de ces personnages de fiction donne lieu à un réalisme envoûtant sous cette plume rythmée et mélodieuse, faite de métaphores à couper le souffle et d’aphorismes percutants.

Les poupées russes auxquelles Daniel fait référence pour parler de L’ombre du vent de Julián Carax peuvent sans conteste dépeindre les méandres emmêlés de notre Ombre du vent. Zafón y dessine une intrigue qui tenaille le lecteur, embrouillée mais si claire, qui ne tient qu’à quelques fils liant ces personnages et leurs silences. Même Barcelone, brumeuse, veille, ses rues noires aux aguets. Et l’on en vient doucement à se dire que ce titre, loin d’être un simple rappel de L’ombre du vent de Julián Carax, achève une parfaite mise en abyme : L’ombre du vent est un roman unique et nous l’avons entre les mains.

Six cents pages pour reconstituer la vie d’un auteur inconnu et l’empêcher de tomber dans l’oubli… Quelle ambition, quelle force, pour ce pari plus que réussi ! L’ombre du vent est un grand roman qui marque la vie d’un lecteur. Car il est impossible d’échapper à son charme impalpable. Il prend vos sens, se les approprie.

 

Quelques extraits

De la mer arrivait au galop une chape de nuages chargés d’électricité. J’aurais dû me mettre à courir pour échapper à l’averse imminente, mais les paroles de cet individu commençaient à produire leur effet. J’avais les mains et les idées tremblantes. Je levai les yeux et vis l’orage se répandre comme des taches de sang noir entre les nuages, masquant la lune, étendant un manteau de ténèbres sur les toits et les façades de la ville. J’essayai de presser le pas, mais l’inquiétude me rongeait et je marchais, poursuivi par la pluie, avec des pieds et des jambes de plomb. Je m’abritai sous l’auvent d’un kiosque à journaux, tâchant de mettre mes pensées en ordre et de prendre une décision. Un coup de tonnerre éclata tout près, comme le rugissement d’un dragon passant l’entrée du port, et je sentis le sol vibrer sous moi. Quelques secondes plus tard, la mince et fragile lumière de l’éclairage électrique qui dessinait murs et fenêtres s’évanouit. Le long des trottoirs transformés en torrents, les réverbères clignotaient, s’éteignant comme des bougies sous le vent. On ne voyait pas une âme dans les rues, et l’obscurité de la panne de courant se répandit, accompagnée d’effluves fétides qui montaient des bouches d’égout. La nuit se fit opaque et impénétrable, la pluie devint un suaire de vapeur. « Pour une femme comme elle, n’importe qui perdrait le sens commun… » Je remontai les Ramblas en courant, avec une seule pensée en tête : Clara. [P. 77]

 

Apparemment, Carax était pianiste la nuit dans un lieu mal famé de Pigalle, et il écrivait le jour dans une mansarde misérable du quartier Saint-Germain. Paris est la seule ville du monde où mourir de faim est encore considéré comme un art. [P. 91]

 

— Et maintenant, que vas-tu me dévoiler que je n’aie pas encore vu ?

— Plusieurs choses. En fait, ce que je veux te montrer appartient à une histoire. Ne m’as-tu pas dit l’autre jour que tu aimais beaucoup la lecture ?

Bea acquiesça en arquant les sourcils.

— Eh bien, il s’agit d’une histoire de livres.

— De livres ?

— De livres maudits, de l’homme qui les a écrits, d’un personnage qui s’est échappé des pages d’un roman pour le brûler, d’une trahison et d’une amitié perdue. Une histoire d’amour, de haine et de rêves qui vivent dans l’ombre du vent. [P. 235]

 

 Et pour lire l’article de Zatoun, c’est par ici !

 

ZÁFON, Carlos Ruiz. L’ombre du vent. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le Livre de Poche ; 30473) 636 p. ISBN 978-2-253-114864-4

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Les Éveilleurs, tome 2 : Ailleurs ~ Pauline Alphen

4 septembre 2011

Après la bousculade de la fin du premier tome, c’est en quête de réponses que l’on se rue sur le deuxième. Mais on comprend bien vite que ces réponses se feront une fois de plus attendre… La situation initiale éclate complètement l’histoire en séparant tous ces personnages si soudés par leurs non-dits. On retrouve Claris dans les sous-terrains, morte de faim et de froid, suivie de près par les Vifs et leur aide toujours aussi précieuse. Jad et Hugh, coincés dans les limbes et séparés de leur corps, voguent au-dessus des êtres qui leur sont chers.

2259, l’an 2 du Centaure, c’est encore le début d’une nouvelle ère, l’ambiance est particulière : des choses ont déjà été oubliées mais d’autres sont encore tellement fraîches… La petite cité de Salicande ignore complètement la technologie des Temps d’Avant. Avant les catastrophes, avant les pandémies, les guerres, la fuite des Nantis sur une autre planète… L’atmosphère est étrange : pesante, elle porte le poids des tabous qui saturent Salicande (Grande Catastrophe et pouvoirs parapsy interdits dont on ne parle jamais), mais elle crépite sous la promesse d’un changement imminent.

Salicande prend un nouveau virage. Il faut pouvoir constater les choses avant de trouver la force de les accepter. Et si l’on ne veut pas croire que le pire est arrivé, que l’histoire s’est répétée, c’est avant tout parce que les points d’interrogation font de la résistance. Oui, le tournoi du Jeu des Mille Chemins et son dénouement ressemblent étrangement au dernier tournoi Parapsy qui a tourné à la catastrophe, l’écho des disparitions s’amplifie à nouveau. Mais Pauline Alphen maîtrise ses personnages tout en leur lâchant la bride. Les scènes émouvantes le sont par leur façon d’être uniques. Et elles sont d’autant plus singulières que les personnages le sont aussi. Il règne entre eux une douleur emplie de compassion, de souvenirs et de sentiments contenus. Une langueur s’installe dès les premiers chapitres, mais rien ne dérange dans le rythme si naturel que donne la douleur, la perte d’êtres chers. L’univers post-apocalyptique dépeint dans le premier tome prend alors tout son sens.

De ces événements bouleversants naissent des instants intenses qui n’auraient jamais eu lieu sans l’abattement ambiant. Tout se rejoint en un sens : la réconciliation de Maya avec son père, cette fascination toujours entretenue pour les Temps d’Avant, les défunts pleurés dignement et les disparus dont on cherche la trace sans jamais baisser les bras, les quatre éléments en colère guidés par le jeu des Mille Chemins, le cinquième élément, les jumeaux Jad et Claris séparés, la position de leur précepteur Blaise, les voyages et la solitude des Nomades de l’Écriture

Le manque est au cœur de ce deuxième tome, exacerbant les liens entre les gens, entre les éléments, portant la Trame au premier plan. Laisser partir certains personnages est difficile, mais le poids de la tristesse s’évapore doucement quand d’autres s’imposent à nouveau. C’est le cas de Blanc-Faucon, surprenant oiselier qui, avec Maya et Blaise, se trouvera une mission d’importance. Il se pourrait bien que l’Alliance soit, une fois encore, plus impliquée qu’elle ne le paraît. Blaise est d’ailleurs plus que jamais enseveli sous sa quête, son besoin de réponses et ses liens avec le peuple de la Forêt et les Abdiquants.

Il faut également saluer les inventions génétiques, superbement pensées. A l’image du Tristiseux (oiseau « hermaphrodite à la naissance, qu’il fallait couper en deux pour obtenir un mâle et une femelle destinés à se chercher toujours… »), se déployant dans l’imaginaire du lecteur, ces créatures servent l’histoire autant que l’univers dans lequel elles s’installent. Un univers toujours aussi prenant, où la poésie garde sa place essentielle, nouant les fils au sein de la Trame.

Lorsqu’un nouveau monde s’ouvre enfin à Claris, c’est l’explosion des sens. Cette île, merveille de couleurs, de sons exotiques, qui recueille une Claris amnésique et muette, est l’occasion de découvrir une autre nature, d’autres mœurs, et en fin de compte une autre réalité. Ces chapitres de découverte se lisent les yeux écarquillés et avides, rêvant à ce jour aux trois soleils, songeant à cette nuit sans une seule étoile. Les couleurs et les perceptions, plus que jamais, sont primordiales.

Cocon de bonheur éclaté, ce deuxième tome est aussi une lente reconstruction durant laquelle les consciences s’éveillent, l’histoire s’affermit et les liens se renforcent. Viiite, le tome 3 !

 

Quelques extraits

Les Nomades de l’Écriture ont oublié qu’ils ne peuvent survivre qu’en groupe. Ils sont devenus des ascètes de l’écriture, des ermites coupés de leurs semblables.

Isolés dans leur érudition, ils pensent écouter les livres mais ils n’entendent que le gargouillis de leurs vaines pensées.

Les Nomades attendent le Vrai Lecteur comme on attend le Messie. Ils le vénèrent, l’idéalisent, l’encensent. Il sera celui qui leur dira ce qu’ils attendent. Celui qui leur dira qu’ils ont raison.

Mais si, tel le Messie, il frappait à leur porte, porteur de bonnes nouvelles – c’est-à-dire d’une nouvelle différente, d’une nouvelle liberté – ils ne le reconnaîtraient pas. On ne le reconnaît jamais.

Carnet de Sierra, extraits

In Archives apocryphes de la Guilde des Nomades de l’Écriture. [P. 151]

 

Sur l’île, le temps ne passait pas, il ondoyait. Paresseux, flâneur, distrait, incertain, il s’amusait à confondre ses plis passés et ses arabesques futures. Combien de temps Aram se baigna-t-elle dans l’océan infini, combien de temps se promena-t-elle dans la sylve métamorphe ? Les îliens ne dénombraient rien, pas même le temps. [P. 278]

 

L’avis de mes co-lecteurs pour cette lecture commune organisée par Desirdelire : BlackWolf, Iani, Lael, Desirdelire, Sofynet, Paikanne et FrenchDawn.

Tome 1 : Salicande
Tome 2 : Ailleurs
Tome 3 : à paraître 


ALPHEN, Pauline. Les éveilleurs, tome 2 : Ailleurs. Paris : Hachette, 2010. 355 p. ISBN 978-2-01-202114-3

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