Archive pour juillet 2011

h1

Slam ~ Nick Hornby

15 juillet 2011

J’avais envie de découvrir Nick Hornby depuis quelques années déjà… Grâce à Liyah, qui a fait de Slam un livre voyageur, c’est chose faite.

Slam est un roman qui va très vite, mais dans lequel il ne se passe rien. Il va très vite, oui, grâce au narrateur, Sam. Si Sam passe son temps à se poser des questions, il ne s’en pose jamais sur la manière dont il raconte son histoire. Il sait où va cette histoire puisqu’il nous la livre après que tout est passé. Il ne se passe rien… Ah ça, non ! Sam aime le skate et Alicia. Sam est même obsédé par le skate au point de parler au poster de son idole, le skateur professionnel Tony Hawk. Engoncé dans une vie très simple, il vit avec sa mère, de seize ans son aînée.

Sam et Alicia ont quinze ans, un avenir, une vie pas trop moche… et Alicia tombe enceinte. Voilà l’élément déclencheur d’une histoire qui aurait pu faire sourire, réfléchir, trépigner, qui aurait peut-être même pu émouvoir. Mais rien ne se passe, les conclusions sont rapides et rien ne vient les contrebalancer.

Nick Hornby adopte un style très oral dans lequel perce le milieu social des protagonistes. Tout se bouscule dans la tête de Sam, qui tergiverse sans arrêt. Il ne sait jamais vraiment quoi dire mais « réfléchit tout haut » pendant 300 pages.

Bon, je l’avoue, le thème des parents ados ne m’a jamais vraiment passionnée. Il me laisse plutôt indifférente. Sam et Alicia sont effrayés, jetés trop tôt dans une vie d’adulte et tout cela est parfaitement insipide.

La seule chose qui booste un tant soit peu le récit réside dans des sauts dans le temps dont on ne sait pas s’ils sont réels. Ces voyages dans le futur apportent des réflexions plus profondes sur l’intérêt des parents pour leurs propres enfants (jamais pour ceux des autres), la responsabilité, les préjugés des snobinards, l’intelligence, les choix difficiles ou la coordination entre avenir et volonté. Qu’est-ce qu’avoir un avenir ? Voilà une question évoquée en long et en large.

Si Nick Hornby arrive à captiver son lecteur un moment grâce à l’originalité de la narration, c’est l’indifférence qui l’emporte finalement. Dommage.

Encore un tout grand merci à Liyah ! :)

 

Quelques extraits

Elle a pas reconnu ma voix quand j’ai dit allô et, sur le moment, ça m’a écoeuré. Est-ce que j’avais tout inventé ? J’avais pas inventé la fête. Mais peut-être qu’elle s’était pas collée contre moi comme il m’avait semblé, peut-être qu’elle avait simplement parlé de ciné parce que…

« Ah, salut, elle a dit, et je l’ai entendue sourire. J’avais peur que t’appelles pas. » J’étais plus écoeuré du tout. [P. 41]

 

Est-ce que c’est vraiment mal, ce que j’ai fait ? Pas tant que ça, franchement. Une erreur, c’est tout. On sait qu’il y a des mecs qui refusent de mettre des capotes et on sait qu’il y a des filles qui trouvent que c’est cool d’avoir un bébé à quinze ans… Bon, ça, c’est pas des erreurs. C’est juste de la connerie. Je veux pas passer mon temps à râler contre l’injustice de la vie, mais quand même, comment admettre que leur punition soit identique à la mienne ? C’est pas équitable. J’estime que ceux qui mettent jamais de capotes devraient avoir des triplés ou des quintuplés. Mais ça marche pas comme ça, hein ? [P. 64]

 

 

     2/10

HORNBY, Nick. Slam. Paris : 10-18, 2009. 294 p. (Domaine étranger ; 4239). ISBN 978-2-264-04888-2

h1

Les Éveilleurs, tome 1 : Salicande ~ Pauline Alphen

4 juillet 2011

Quelle belle découverte que ce premier roman de Pauline Alphen !

Nous sommes en 2259, aussi appelé l’an 2 du Centaure. Claris et Jad sont jumeaux, ils ont douze ans et vivent au château de Salicande, cité retirée vivant en autarcie au cœur des bois. Leur vie est rythmée par les cours donnés par Blaise, leur précepteur, et par Dag, le maître d’armes. Entouré par leur père Eben, leur nourrice Chandra et Ugh, leur frère de lait, ils ont tout pour être heureux. Il n’y a qu’une ombre au tableau, écrasante de tristesse : le soir du troisième anniversaire des jumeaux, Sierra, leur mère, a disparu.

C’est un premier tome surprenant, dans le sens où l’intérêt de l’intrigue repose entièrement sur un passé auquel le lecteur appartient mais aussi sur les lieux et les perceptions. Pauline Alphen nous livre un univers post-apocalyptique complexe et intriguant, basé sur une déchéance totale de la planète, en suggérant que les temps d’avant la Grande Catastrophe n’étaient pas si éloignés de notre réalité. Ainsi, « l’ancienne civilisation, si brillante, si futile, si préoccupée de ses loisirs […] n’avait pas vu ses enfants se diluer dans le virtuel, ce poison de l’âme, il ne voulait pas avoir affaire à ça. » (P.83)

L’action semble suspendue, barricadée dans de mystérieux tabous concernant les Temps d’Avant. Car il y a un avant et un après la Grande Catastrophe. Et l’après est aussi crédible qu’effrayant dans sa sérénité.

Nous sommes encore au début du nouveau calendrier inventé par Jors le fondateur, l’époque est propice aux événements particuliers, aux changements. Mais si certaines habitudes sont déjà oubliées 60 ans après la Grande Catastrophe, d’autres sont encore terriblement fraîches dans les mémoires. Les Salicandais ignorent totalement la technologie qui régnait en maître aux Temps d’Avant et se comportent comme si le cinéma,  l’électricité, les voitures, les ordinateurs, le téléphone, etc. n’avaient jamais existé. Mais si on peut taire le passé, on ne peut pas l’effacer. Ainsi, les dons parapsys, valorisés et complètement exploités au XXIIe siècle, restent très peu évoqués et viennent parachever des questionnements tacites tissés entre les lignes.

La créativité et l’imagination de l’auteur donne lieu à des descriptions aussi étonnantes que délicieuses. Si l’on ne sait pas où Pauline Alphen nous emmène, on comprend vite que notre lecture est un véritable voyage au cœur d’un monde qui ne manque pas de ressources. Pris dans les mailles des aventures de Jad et Claris, le lecteur fait la connaissance de personnages bienveillants qu’il a l’impression d’avoir déjà rencontrés. S’il est difficile de s’éloigner de certains stéréotypes, l’auteur s’en sort plutôt bien ici, en développant peu à peu les personnalités, les convictions et les raisonnements.

Concentrée sur les jumeaux, l’auteur prend le temps de les faire vivre leur apprentissage au sein d’une famille cultivée et attachante : les Borges. Nous voyageons alors avec une Claris débordante d’énergie, turbulente et rebelle, et un Jad qui, avec son cœur malade, est devenu plus posé au fil des ans. Ils sont similaires et opposés, se complétant et se rejoignant jusque dans leurs cauchemars. La gémellité est source de réflexion dans la prise de conscience de l’identité.

Des thèmes comme le handicap, l’acceptation de soi, le voyage, la nature reviennent, hantent les personnages et délient les non-dits. L’écriture est également au cœur du roman en la personne des Nomades de l’Ecriture, qui aiment rechercher des mots nouveaux dans le voyage et la solitude. Mais la lecture est aussi à l’honneur et les références actuelles pleuvent sous les jolis clins d’œil de notre jeune auteur. En effet, Claris se prend d’amitié pour des héroïnes féminines que l’on connaît bien, nous envoyant au passage de petites bouffées d’oxygène au souvenir de Lyra ou d’Ewilan.

Pauline Alphen possède une force tranquille qui réside dans ses descriptions, succintes mais merveilleusement imagées. Juste assez de mots pour nous faire visualiser un lieu ou un événement  tout en nous laissant ressentir librement les saveurs qui s’en dégagent. Son style est une poésie qui s’insinue doucement, à l’image de l’histoire qui suit son cours tranquillement tout en distillant les informations au bon moment, provoquant rires, pincements au cœur, inquiétude ou soupirs d’aise.

Dans ce monde futuriste, Pauline Alphen glisse des inventions lexicales aux sonorités douces, qui évoquent un bien-être lointain, étranger. Lisez Les éveilleurs et les mots chococaf, dulcepiel, perceciel entreront bientôt dans votre vocabulaire !

Il faut aussi parler de la symbiose parfaite présente entre certains personnages et la nature, qui rappelle la magie des Chroniques d’Alvin le Faiseur. L’atmosphère y ressemble, elle est particulière : pesante, elle porte le poids des tabous qui saturent Salicande mais elle crépite sous la promesse d’un changement imminent. Cette promesse est latente, couvée par l’importance que prennent l’inconscient, la concentration, l’observation, les couleurs, les quatre éléments, l’OPDS (ouverture des perceptions, déploiement des sens), etc.

Malgré un manque d’action par moment, l’intrigue et les personnages attachants nous font tourner les pages pour aboutir à une fin explosive parmi des éléments déchaînés. Une fin qui nous happe complètement vers le tome 2. Car c’est au cœur de l’action que s’achève ce premier tome, déposant là une foule de mystères et d’intrigues intensifiées par le suspense… Un premier tome qui met du temps à se mettre en place, qui semble fragile sous certains aspects, mais qui vaut vraiment la peine d’être lu !

 

Quelques extraits

La légende disait que c’était à cause du phare que Jors le Fondateur avait établi sa petite communauté dans la vallée reculée de Salicande, cinquante et un ans auparavant. Parce que la vue de ce monument maritime mangé de lierre rouge échoué parmi les montagnes l’avait fait rire, lui qui ne riait pas. Ce fut un rire formidable, un rire qui fit jaillir les larmes pendant si longtemps que ses compagnons crurent que son esprit s’était enrayé pour de bon.

Avec ce rire dément, Jors avait évacué les horreurs de la Grande Catastrophe qu’ils venaient tous de vivre. Les spasmes qui agitaient son ventre et les larmes qui coulaient à flots de ses yeux avaient chassé de son corps, sinon de sa mémoire, les enfants disparus, les Élémentaux sacrifiés, l’avenir brutalement éteint comme l’on mouche une bougie. Ce fut la dernière fois qu’on le vit rire. Au moins, cette partie de la légende est vraie, pensa le Mandarin. [P. 65]

 

Sa voix de basse, un peu rauque, était singulièrement captivante, à la fois ferme et mélodieuse. Maya prononçait les mots comme si elle les cueillait avec soin dans un bouquet de possibilités, les égrenant avant de se décider. Lorsqu’elle ne parvenait pas à choisir, elle les énumérait tous, ce qui donnait un rythme déconcertant à ses phrases. [P. 153]

 

— Les légendes sont bien pratiques, n’est-ce pas ? Nous pouvons y loger tout ce que nous préférons ne pas croire réel. [P. 174]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec  Desirdelire, Anasthassia, Minidou, Marmotte, BlackWolf, Mabibliothequeetmoi, Korto (merci pour la jolie bannière =)), FrenchDawn, Paikanne, Iani, Lael et Blueverbena. (Liens à venir…)
.

ALPHEN, Pauline. Les éveilleurs, tome 1 : Salicande. Paris : Hachette, 2010. 521 p. ISBN 978-2-01-202115-0

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 37 followers