h1

Delirium tremens ~ Ken Bruen

23 février 2011

Peu de temps après avoir découvert l’existence de Ken Bruen grâce à Bambi et son article dans le Livra’News, ma curiosité me perdit en me forçant à acheter Delirium tremens, un vrai roman noir qui claque jusqu’à la dernière ligne.

Il en faut beaucoup pour se faire virer des Gardai, la police irlandaise et ce roman commence par la mise à pied de Jack Taylor : lâcher son poing sur un ministre, ça coûte cher. Resté à Galway, cet ancien flic s’installe au fond du Grogan’s, un pub typiquement irlandais. Lorsque survient Ann Henderson qui, refusant de croire que sa fille se soit suicidée dans les eaux de Nimmo, demande à Taylor d’enquêter à nouveau, le lecteur s’aperçoit rapidement que cette affaire est un prétexte. Car dès cette mise en bouche glaciale et ironique, on est forcé de comprendre que le roman est centré sur Jack, et non sur l’enquête, qui du reste, se résout d’elle-même.

Jack, c’est le personnage paumé et emblématique de l’ancien flic qui emmerde les fonctionnaires hauts placés et qui noie à peu près tout dans l’alcool. Il avoue dès le départ que son seul plan est d’attendre d’avoir assez d’argent pour partir à Londres… pour attendre. C’est un personnage qui n’est pas heureux, qui n’est pas fait pour être heureux mais qui n’est pas non plus triste d’être malheureux. Il est perçu comme un dur à cuire et il en est un. Jack vit entre son petit appartement, son ami Sutton fait d’ombre et de folie pesante – presque menaçante –, son ami Sean, barman du Grogan’s, le clochard Padraig au langage presque soutenu et Cathy B., petite londonienne échouée à Galway, partagée entre une certaine solitude et ses talents de chanteuse… Sa vie est dangereuse, faite de misère, mais la peur n’y a pas sa place. Elle est presque remplacée par un humour omniprésent, un humour pince-sans-rire qui m’a beaucoup fait sourire quand je n’étais pas en train d’éclater de rire. Et ce malgré des accents parfois mélancoliques, voire tragiques par moments.

Petit à petit, tout se dégrade autour de lui, l’équilibre se perd mais il reste là, à nous raconter ce qu’il se passe dans sa narration à la première personne, en toute simplicité. Et pendant que ce que l’auteur a établi comme solide dans la vie de Taylor s’effrite, les personnages secondaires font avancer l’enquête malgré eux. Jack, lui, est trop occupé à se battre avec son alcoolisme, à se poser des questions existentielles sur son ami Sutton, à se faire tabasser par des flics… Le tout mêlé à des dialogues frappés d’une répartie étonnante.

Dans ce roman bourré de références littéraires, cinématographiques et musicales, la critique et le sarcasme sont partout. Et toujours cinglants. Même la mise en page du roman met en évidence les clichés dénoncés par Ken Bruen, sous forme de listes mises en retrait. Le style très spontané, les chapitres très courts et la mise en page extrêmement aérée font de cette première enquête de Jack Taylor une lecture si vite terminée qu’elle donne juste envie de se plonger dans la suivante !

 

Quelques extraits

Avant qu’il ait le temps de réagir, un homme assis à l’arrière se pencha et demanda :

— Que se passe-t-il ?

Je le reconnus. Un politicien en vue. Je dis :

— Votre chauffeur conduisait comme un dingue.

Il demanda :

— Savez-vous à qui vous parlez ?

— Oui. Au peigne-cul qui a niqué les infirmières.

Clancy essaya d’intervenir et il murmura :

— Bon Dieu, Jack, arrête.

Le politicien était descendu de voiture et il s’approchait de moi. Indigné au plus haut point, il braillait :

— Je vous ferai foutre dehors, espèce de blanc-bec impudent. Vous savez ce qui va se passer ?

Je répondis :

— Je sais exactement ce qui va se passer.

Et je lui écrasai mon poing sur la gueule. [P. 14]

 

Le pardon est une drogue qui monte à la tête. Ça vous rend idiot. [P. 29]

 

— Tu as déjà été amoureux ?

— J’ai connu une femme à l’époque où j’étais dans la police. Elle me donnait l’impression d’être meilleur que je le suis.

— C’est une sensation agréable.

— Mais j’ai tout foutu en l’air.

— Pourquoi ?

— C’est ce que je fais le mieux.

— C’est pas une réponse.

— Je pourrais dire que c’est l’alcool, mais c’est faux. Il y a un bouton « autodestruction » en moi. J’y reviens sans cesse.

— Tu peux changer.

— Je ne suis pas sûr d’en avoir envie. [P. 117]

 

Je descendais Forster Street quand une averse éclata. Le genre de pluie qui vous en veut. [P. 300]

 

BRUEN, Ken. Delirium tremens. Paris : Gallimard, 2007. (Folio Policier ; 417). 383 p. ISBN 978-2-07-032091-2

11 commentaires

  1. Bonsoir, merci à Babelio pour m’avoir conduite jusqu’ici et bienvenue dans l’univers de Jack Taylor !
    Bon c’est toujours un peu la même histoire mais cependant on ne s’en lasse pas. A lire dans l’ordre pour suivre l’évolution de l’énergumène !!!


    • Merci Moustafette ! C’est mon premier et certainement pas mon dernier ! J’ai bien l’intention de les lire dans l’ordre (et peut-être d’alterner avec l’autre série de Ken Bruen !). :)


  2. Ton article est claquant ; on ne peut que courir en librairie pour se plonger immédiatement dans ce polar. Je n’avais entendu parler de cet auteur que l’année dernière avec sa sortie “Brooklyn requiem” et je ne me souviens même plus si il avait eu des avis positifs, négatifs ou mitigés ?!


    • Mission accomplie alors ! :)
      Je l’ai découvert il y a peu moi aussi… Et je savais que j’allais adorer. Je me suis jetée dessus et j’ai bien fait !


  3. Morgouille a encore frappé! Ca a juste l’air génial *.* Je ne connais pas l’auteur et suis terriblement inculte niveau roman noir, mais tu me donnes vraiment envie de découvrir!
    Encore un titre de noté… ^^


    • Ahlalala… On va se culturer ensemble niveau roman noir alors si tu veux ! :D Parce que j’suis pas encore super calée non plus. Tu fais vraiment bien de noter parce qu’à mon avis, Ken Bruen c’est un auteur dont je lirai tous les romans !


  4. Contente que tu ai aimé ta première rencontre avec Jack Taylor. Je n’ai pas lu ce livre là et avant de le lire, j’aimerai lire le dernier en date : En ce sanctuaire. :)


    • Et moi je suis heureuse de l’avoir découvert grâce à toi !!


  5. Il m’a beaucoup plu, ce roman. Je me dis depuis que je devrais lire d’autres Bruen… mais bon, ce n’est pas encore fait. Comme pour bien d’autres, hein.


    • Comme pour bien d’autres, oui, je connais aussi ce problème… :D
      Je ne sais d’ailleurs pas non plus quand je continuerai la série mais j’espère passer encore de bons moments en sa compagnie !


  6. [...] Taylor. J’ai lu ce livre dans le cadre du Challenge Irlandais de Valou! Merci au billet que Morgouille avait publié et qui m’avait donné envie de découvrir ce [...]



Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 37 followers