Il est des auteurs qu’on ne présente pas. Car leur génie a marqué toutes les générations suivantes et personne ne doute qu’il marquera encore celles à venir. Car tout le monde sait, sinon qu’ils étaient faits pour écrire, du moins qu’ils ont écrit et/ou qu’ils écrivent. Car sans même avoir lu une seule ligne de leur œuvre, n’importe qui peut en faire l’éloge. Car en entendre parler nous donne l’impression qu’ils étaient connus avant même leur naissance. Car enfin leur nom suffit. Eh bien l’auteur faisant l’objet de cet article n’est pas l’un d’entre eux.
Son génie étant multiple, il serait regrettable de ne pas le présenter et de perdre ainsi des facettes non moins fascinantes que celle de l’écriture — d’autant plus qu’il est présentable. Un petit indice ? Monsieur est dramaturge de talent. Né en 1946 à Paris, il fonde sa première troupe théâtrale à vingt ans en compagnie de Gérard Garouste et Philippe Khorsand, qui lui sont depuis lors des amis fidèles. Ayant côtoyé, dès ses premières amours avec le théâtre, une ribambelle de petits noms devenus grands, ce monsieur s’est hissé d’années en années parmi les plus illustres noms du théâtre contemporain et français. Il a reçu divers prix pour ses œuvres théâtrales, notamment le Grand Prix Théâtre de l’Académie française en 2002, et est également depuis 2001 le directeur du théâtre du Rond-Point, c’est dire ! S’exprimant aussi bien par le biais du petit et du grand écran que par celui des planches, plus souvent aux commandes que commandé, il a su imposer son style et surtout son humour particulier.
Car assurément, comme il y a Alain Robbe-Grillet et le Nouveau Roman ou Samuel Beckett et le Nouveau Théâtre, il y a aujourd’hui Jean-Michel Ribes et le Nouveau Rire. Oui, il est incontestable que Ribes en s’immisçant dans ce qu’était déjà le Nouveau Théâtre dans les années 70 en a pour lui seul bouleversé les principes jusqu’à faire rire pareillement et autrement tout à la fois. Je crois sincèrement que l’on peut se fier à l’avis de son regretté et grand ami Roland Topor : « Attention, Jean-Michel Ribes n’a rien d’un clown comique. Il est TERRIBLEMENT drôle.[1] » Sa force est certainement dans son écriture qui ressort de façon absurde tout en mettant sur le premier plan des scènes on ne peut plus réalistes. Voilà un absurde qui a bien évolué depuis Ionesco et Valentin ! Les hyperboles et les métaphores sont d’autant plus abordables qu’elles s’ancrent dans la société fortement critiquée d’aujourd’hui. Et pourtant, cela se fait souvent sans qu’il le veuille, puisque Ribes écrit de la pure fiction : Ribes invente sans filet.
[1] Préface de Roland Topor ; cité dans Jean-Michel Ribes, Monologues, bilogues, trilogues, Arles, Actes Sud, 1997, p. 9.













