Archive pour décembre 2010

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Rib(es)ambelle de rires – {*1* L’auteur}

30 décembre 2010

Il est des auteurs qu’on ne présente pas. Car leur génie a marqué toutes les générations suivantes et personne ne doute qu’il marquera encore celles à venir. Car tout le monde sait, sinon qu’ils étaient faits pour écrire, du moins qu’ils ont écrit et/ou qu’ils écrivent. Car sans même avoir lu une seule ligne de leur œuvre, n’importe qui peut en faire l’éloge. Car en entendre parler nous donne l’impression qu’ils étaient connus avant même leur naissance. Car enfin leur nom suffit. Eh bien l’auteur faisant l’objet de cet article n’est pas l’un d’entre eux.

 

Son génie étant multiple, il serait regrettable de ne pas le présenter et de perdre ainsi des facettes non moins fascinantes que celle de l’écriture — d’autant plus qu’il est présentable. Un petit indice ? Monsieur est dramaturge de talent. Né en 1946 à Paris, il fonde sa première troupe théâtrale à vingt ans en compagnie de Gérard Garouste et Philippe Khorsand, qui lui sont depuis lors des amis fidèles. Ayant côtoyé, dès ses premières amours avec le théâtre, une ribambelle de petits noms devenus grands, ce monsieur s’est hissé d’années en années parmi les plus illustres noms du théâtre contemporain et français. Il a reçu divers prix pour ses œuvres théâtrales, notamment le Grand Prix Théâtre de l’Académie française en 2002, et est également depuis 2001 le directeur du théâtre du Rond-Point, c’est dire ! S’exprimant aussi bien par le biais du petit et du grand écran que par celui des planches, plus souvent aux commandes que commandé, il a su imposer son style et surtout son humour particulier.

Car assurément, comme il y a Alain Robbe-Grillet et le Nouveau Roman ou Samuel Beckett et le Nouveau Théâtre, il y a aujourd’hui Jean-Michel Ribes et le Nouveau Rire. Oui, il est incontestable que Ribes en s’immisçant dans ce qu’était déjà le Nouveau Théâtre dans les années 70 en a pour lui seul bouleversé les principes jusqu’à faire rire pareillement et autrement tout à la fois. Je crois sincèrement que l’on peut se fier à l’avis de son regretté et grand ami Roland Topor : « Attention, Jean-Michel Ribes n’a rien d’un clown comique. Il est TERRIBLEMENT drôle.[1] » Sa force est certainement dans son écriture qui ressort de façon absurde tout en mettant sur le premier plan des scènes on ne peut plus réalistes. Voilà un absurde qui a bien évolué depuis Ionesco et Valentin ! Les hyperboles et les métaphores sont d’autant plus abordables qu’elles s’ancrent dans la société fortement critiquée d’aujourd’hui. Et pourtant, cela se fait souvent sans qu’il le veuille, puisque Ribes écrit de la pure fiction : Ribes invente sans filet. 


[1] Préface de Roland Topor ; cité dans Jean-Michel Ribes, Monologues, bilogues, trilogues, Arles, Actes Sud, 1997, p. 9.

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Les dossiers Dresden, tome 2 : Lune fauve ~ Jim Butcher

29 décembre 2010

Voilà un deuxième tome qui démarre sur les chapeaux de roue ! Les meurtres effroyables se multiplient de nouveau à Chicago, le magicien Harry Dresden est toujours aussi fauché et impopulaire, l’inspecteur Murphy – plus très bien vue depuis l’affaire du tome précédent – est sous la surveillance des bœufs-carottes et pour couronner le tout, cette même inspecteur Murphy en veut toujours à Harry d’avoir agi en solo et de lui avoir menti.

Souhaitant redorer le blason de son amie Murphy, Harry est rapidement embarqué dans l’enquête et c’est avec une crainte non dissimulée qu’il se confronte tout aussi rapidement à l’inconnu : quatre sortes de loups-garous se promènent tranquillement dans les rues de Chicago.

Harry Dresden, fidèle à lui-même, a le chic pour se mettre dans des situations où l’action dépasse ses capacités à endurer émotionnellement mais où ses réactions sont prodigieuses, à l’échelle de son talent.

Cette deuxième aventure au cœur du surnaturel recèle de péripéties captivantes qui font évoluer bien des choses. Car au sortir de ce roman, même si l’envie évidente de lire la suite se fait sentir, c’est une certaine satisfaction qui nous envahit. C’est un peu comme le décor d’une pièce dont on aurait utilisé tous les éléments. De l’intrigue de départ, toutes les ficelles ont été exploitées, dans une construction au coup sur coup qui fait qu’on n’a pas le temps de voir les choses venir. Si l’humour du magicien embaume toujours la narration d’un sourire omniprésent, l’intrigue m’a semblé beaucoup plus sombre que celle du premier tome. A la lumière de certaines révélations sur son passé, Dresden est plus humain que jamais. Sans compter que les événements auxquels il doit faire face le propulsent vers les plus malsains des désirs enfouis, le côté noir du cœur de l’homme, où la rage et la haine éclatent avec une soudaine intensité, une atroce énergie.

De nouveaux personnages sympathiques – ou pas – débarquent pour pimenter encore un peu l’aventure et vraiment, on ne s’ennuie pas ! Dresden est au cœur d’une machine infernale guidée par le mal. Et il se rend compte assez vite qu’il n’est pas à la hauteur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ses pouvoirs et son corps sont mis à rude épreuve. Voir des tas de gens mourir dans d’atroces souffrances, se retrouver coincé tour à tour entre Marcone, le plus grand des truands, le FBI et les surprises qu’il déballe, un gang de motards enragés et une meute d’Alphas surexcités. De quoi rendre fou.

Et lorsque son amitié pour Murphy est remise en cause parce qu’il essaie de la protéger en omettant de lui révéler des éléments capitaux pour l’enquête, c’est tout un questionnement sur la trahison qui apparaît en transparence.

Pour terminer, un œil est ouvert sur le troisième tome qui devrait s’assombrir encore un peu plus… Que du bonheur !

 

Quelques extraits

La magie est plus qu’une simple source d’énergie comme le pétrole ou l’électricité. Elle apporte la puissance, mais tellement d’autres choses aussi. Elle représente tout ce qu’il y a de plus fort dans la nature, dans le cœur et dans l’âme. La manière dont j’en usais était maladroite et frustre en comparaison avec sa forme la plus pure. Il y a plus de magie dans le premier rire d’un bébé que dans la plus puissante tempête de feu lâchée par un sorcier. Personne ne saurait le nier.

La magie est un cri qui vient de l’intérieur, elle fait partie du mage. On ne peut pas créer un sort auquel on ne croit pas. [P. 97]

 

Le cyclone miniature aspira Tera au vol et la projeta dans un pin une dizaine de mètres plus loin. Il provoqua aussi une tempête de débris et je dus me protéger derrière un tronc d’arbre.

Comme c’est gênant. Le tourbillon était plus puissant que prévu. C’est le problème avec les invocations et la magie produites à la va-vite. C’est dur à contrôler. Moi, tout ce que je voulais, c’était un truc qui désarçonne un peu Tera et qui la balance sur le cul.

Au lieu de ça, j’avais des pierres qui ricochaient sur les arbres et les ramures qui s’agitaient dans un vacarme assourdissant. Le vent arracha des branches et projeta une demi-tonne de forêt dans les airs. [P. 152]

 

Parfois, la facilité avec laquelle on peut manipuler les gens en les connaissant m’effraie un peu. [P. 166]

 

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Blueverbena, Pommette, Phooka, Frankie, Yumiko, Pénélope, Lexounet, Heclea, Latite06, Petit-lips, Lou, Taliesin & Zatoun.

 

BUTCHER, Jim. Les dossiers Dresden, tome 2 : Lune fauve. Paris : Milady, impr. 2010. 375 p. ISBN 978-2-8112-0279-8

 

***

Tome 1 : Avis de tempête
Tome 2 : Lune fauve
Tome 3 : Tombeau ouvert
Tome 4 : Fée d’hiver
Tome 5 : Suaire froid

 

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Antigone & Les mariés de la Tour Eiffel ~ Jean Cocteau

24 décembre 2010

Antigone

Ma première Antigone lue… Je ne peux pas encore comparer, vous dire laquelle je préfère, mais j’ai beaucoup aimé la version de Jean Cocteau. J’aime les mots qu’il utilise, le fait que ce soit court, concis et net. J’ai adoré la façon dont il expose le drame, la manière dont les éléments tragiques sont amenés avant de s’imbriquer.

Bon, le mythe reste bien sûr égal à lui-même… Antigone désobéit aux ordres en enterrant le corps de son frère, jugé comme un ennemi indigne par le roi Créon. Sa sœur Ismène tente de l’en empêcher, en vain. Antigone est enfermée, elle se pend. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone se tue, suivi de près par sa mère Eurydice.

La puissance dramatique est belle dans sa brièveté, qui la rend plus intense. Et ce que j’aime beaucoup dans cette pièce, c’est que du drame naît l’espoir : d’accord, la majorité des personnages manie à merveille l’art du suicide mais il n’en reste pas moins qu’à la fin, l’effet de masse pour le renversement de l’ordre établi est bien présent, Créon et sa dictature tombent.

LE CHŒUR – L’homme est inouï. L’homme navigue, l’homme laboure, l’homme chasse, l’homme pêche. Il dompte les chevaux. Il pense. Il parle. Il invente des codes, il se chauffe et il couvre sa maison. Il échappe aux maladies. La mort est la seule maladie qu’il ne guérisse pas. Il fait le bien et le mal. Il est un brave homme s’il écoute les lois du ciel et de la terre, mais il cesse de l’être s’il ne les écoute plus. Que jamais un criminel ne soit mon hôte. Dieux, quel prodige étrange ! C’est incroyable, mais c’est vrai. N’est-ce pas Antigone ? Antigone ! Antigone ! Aurais-tu désobéi ? Aurais-tu été assez folle pour te perdre ! [P. 23]

 

HEMON – Celui qui s ‘imagine avoir seul la sagesse, l’éloquence, la force, s’expose au ridicule. L’intelligence permet de se contredire. [P. 36]

 

Les mariés de la Tour Eiffel

Cette pièce est une comédie surréaliste dont l’action se passe au premier étage de la Tour Eiffel.

Elle sonne absurde de bout en bout grâce à un procédé fou, que j’aimerais beaucoup voir après l’avoir lu : une foule de personnages sont présents dans cette pièce, mais ils ne font que mimer leurs scènes ; seuls parlent deux comédiens déguisés en phonographes. Ceux-ci, en plus de réciter toutes les répliques des personnages, commentent la pièce de chaque côté du plateau. Ce qui manque le plus à la lecture, c’est toute cette musique qui s’entremêle à la poésie. On y voit passer une autruche poursuivie par un chasseur, quelques mirages, des dépêches mortes, une noce qu’on a bien du mal à photographier… Finalement les mariés importent peu. On a l’impression d’entrer dans le délire de deux phonographes qui récitent les répliques d’une pièce, d’un film qu’ils connaissent par cœur. Une pièce, un film où il y aurait un photographe à l’appareil photo assez particulier. C’est une succession de courtes scènes faites de dialogues loufoques et étonnants…

 PHONO UN – Encore, si je savais d’avance les surprises que me réserve mon appareil détraqué, je pourrais organiser un spectacle. Hélas ! je tremble chaque fois que je prononce les maudites paroles. Sait-on jamais ce qui peut sortir ? Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur. [P. 86-87]

 

Vous ne vous êtes jamais rendu, même à l’évidence. [P. 99]

 

PHONO DEUX – A la guerre comme à la guerre. Mais que veut mon petit-fils ?

PHONO UN – Je veux qu’on m’achète du pain pour donner à manger à la Tour Eiffel.

PHONO DEUX – On le vend en bas. Je ne vais pas descendre.

PHONO UN – J’veux donner à manger à la Tour Eiffel.

PHONO DEUX – On ne lui donne qu’à certaines heures. C’est pour cela qu’elle est entourée de grillages.

PHONO UN – J’veux donner à manger à la Tour Eiffel.

PHONO DEUX – Non, non et non. [P. 100-101]

 

COCTEAU, Jean. Antigone suivi de Les mariés de la Tour Eiffel. Paris : Gallimard, 1996. (Folio ; 908). 111 p.

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Tag des 15 !

20 décembre 2010

Tagguée par Florel il y a des lunes, je viens de m’en souvenir et je me lance !

La règle : citer 15 auteurs (incluant poètes) qui nous ont influencés et qu’on gardera toujours dans notre cœur. 15 minutes pour citer 15 auteurs !

 

Moka, pour tous ses livres fantastiques que j’ai lus sous la couette quand j’étais censée dormir parce que demain, y’a école…

Arthur Rimbaud pour son Cabaret Vert assise sur une pierre le long de la Semois à Bouillon, pour sa folie et ses mots qui une fois entrés n’ont jamais voulu ressortir. Parce qu’à chaque fois que je pense à lui, je pense aussi à Melle Gillet… et inversément.

Jean-Michel Ribes pour ses pièces, ses monologues, ses bilogues, ses trilogues… hilarants. Pour le regard critique qui se déploie sous l’absurde et tout ce qu’il fait pour les dramaturges vivants.

Jane Austen, parce que Darcy… Dois-je vraiment expliquer l’évidence ?

J. K. Rowling parce qu’on rêve tous de remplacer notre école par Poudlard.

Frédéric Beigbeder, parce qu’il a réveillé des vieux volcans, parce que ses mots sont des vérités cinglantes, des folies tendres, des drogues douces.

Oscar Wilde, pour ses aphorismes qui en disent long, l’ambiance unique de ses écrits, son époque, ses pièces fabuleuses et Dorian… Ah, Dorian.

Ray Cooney, pour Hubert Joly, pour son humour so british et décapant, ses pièces à mourir de rire, le rythme qu’il leur donne.

Metin Arditi pour ses romans qui se recoupent, ses personnages si justes qui reviennent à l’avant-plan ou au second plan d’un roman à l’autre et son univers ancré dans l’art sous toutes ses formes.

Ian Rankin, parce que John Rébus.

Georges Feydeau pour ses titres singuliers, l’ampleur qu’il a donné au vaudeville, ses intrigues et son style efficace, mes sourires et mes rires.

Grégoire Polet pour ses trois premiers romans dans lesquels il fait de la magie avec une ambiance réaliste. Pour ses personnages et les rencontres magnifiques qu’il leur fait faire, pour Madrid, Paris et Bruxelles.

Amélie Nothomb parce qu’elle a bercé mon adolescence avec son univers si particulier.

Carlene Thompson pour ces nuits sans sommeil, terrifiée au fond de mon lit, dans ma cabane au milieu de la garrigue.

Samuel Beckett parce que j’attends toujours Godot et que l’absurde, grâce à lui, fait partie de mon quotidien.

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Zatounette, voici venir le temps de ton premier tag… =D

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L’Alchimiste ~ Paulo Coelho

13 décembre 2010

J’ai lu ce roman dans le cadre du Défi du Livre qui dort de Florel, avant la date limite du 31 décembre 2010 (oui, vous pouvez applaudir) et je tiens à signaler que plus JAMAIS on ne me reprendra à faire ce genre de défis foireux ! =D

L’Alchimiste m’a été offert entre 2000 et 2004 et il faut bien avouer que si Avalon ne m’avait pas mise au défi de le lire avant la fin de l’année, il aurait certainement continué à roupiller bien longtemps sur son étagère… Alors quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en commençant ma lecture, je me rends compte que Paulo Coelho cite… Oscar Wilde ! Mon cher Oscar ! Bon, le temps de lui offrir un thé, il était déjà reparti… Mais ce fut assez pour attiser ma curiosité et m’inciter à continuer ma lecture, tout sourire. Sourire, qui comme Oscar, a pris la poudre d’escampette bien trop rapidement.

Ce roman est la quête initiatique de Santiago, jeune berger espagnol qui va partir pour l’Afrique parce qu’après avoir fait deux fois le même rêve, une gitane lui a affirmé qu’il trouverait un trésor au pied des pyramides d’Egypte. Jusque-là, tout va bien, il pourrait s’agir d’un joli conte ou d’une fable pour enfants. Ça commence sérieusement à coincer quand le conte se dit philosophique. Ce roman traite infiniment plus de religion que de philosophie. Et c’est bien dommage car les réflexions sont bel et bien présentes. Au fur et à mesure de ses rencontres, Santiago se rend compte qu’il est sur le chemin de sa Légende Personnelle. Il est question d’Ame de l’Univers, d’Ame du Monde, de Langage du Monde, de mission sur Terre, blablabla. Autre bémol : le style. Un style plat qui ne m’a pas emportée. Le ton employé induit quelque chose de beaucoup trop moralisateur, limite bidon.  

Cette histoire de Légende Personnelle à accomplir pour être heureux m’a laissée perplexe. Bien sûr, l’auteur fait directement allusion aux rêves que chacun voudrait voir se réaliser, à la capacité que l’on a de les faire devenir réalité, même si l’on n’en a pas toujours conscience. Mais cette façon d’évoquer Dieu sans arrêt m’a obligée à garder mes distances, avant de me murer complètement en dehors de l’histoire, trop agacée par ces croyances ridicules. Et pourtant, sans ces cultes religieux (cathos, islamiques et même les autres si vous voulez…) qui bouffent toute l’histoire, on aurait certainement pu retirer de belles choses. Parce qu’au final il est question de langages universels, de décisions à prendre, de découverte du monde, des autres et de soi, du présent que l’on doit embellir pour que l’avenir en soit meilleur… Y’a de l’idée, oui ! Sauf qu’à côté de ça, Paulo Coelho passe quand même 220 pages à rabâcher que tout est écrit par une Main unique, qu’il faut croire en Dieu pour être heureux et que ce même Dieu apprend aux hommes à aimer les femmes. (Ah bon ? en 1988, c’était pas encore les petits enfants ?) C’est juste consternant. Voire même affligeant.

Et, cerise sur le gâteau, Wikipédia raconte (oui, je sais, Wikipédia, c’est le Maaaal ! (C’est peut-être pour ça qu’on s’entend si bien.)) que les admirateurs de L’Alchimiste le comparent souvent au Petit Prince. Mais où va le monde, merde ?!

Bon, d’accord, le roman peut représenter la quête du bonheur au sens le plus général. Mais la métaphore m’a laissée de marbre. Pire, je l’ai trouvée pathétique. Comment trouver le bonheur en restant la proie de sa foi aveugle en un esprit soi-disant supérieur ? Comment trouver le vrai bonheur sans la vraie liberté ?

Ce livre se veut philosophique ? Je n’en sais foutre rien mais c’est ce qui se dit. Or, ce roman n’est que traditions, signes de Dieu et morale-lavage-de-cerveau. J’attends tout autre chose d’un bouquin censé faire réfléchir.

 

Quelques extraits

« Tu es venu m’interroger sur les songes, dit alors la vieille. Et les songes sont le langage de Dieu. Quand Dieu parle le langage du monde, je peux en faire l’interprétation. Mais s’il parle le langage de ton âme, alors il n’y a que toi qui puisses comprendre. » [P. 24]

 

« Tout ce que nous craignons, c’est de perdre ce que nous possédons, qu’il s’agisse de notre vie ou de nos cultures. Mais cette crainte cesse lorsque nous comprenons que notre histoire et l’histoire du monde ont été écrites par la même Main. » [P. 105]

 

Lorsqu’il s’éveilla, son cœur commença à lui raconter les choses de l’Ame du Monde. Il dit que tout homme heureux était un homme qui portait Dieu en lui. Et que le bonheur pouvait être trouvé dans un simple grain de sable du désert, comme l’avait dit l’Alchimiste. Parce qu’un grain de sable est un instant de la Création, et que l’Univers a mis des millions et des millions d’années à le créer. [P. 176-177]

COELHO, Paulo. L’Alchimiste. Paris : J’ai Lu, 2000. (Roman ; 4120). 220 p. ISBN 2-290-14120-8

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Franz & André ~ Julien Mutombo & Kévin Troussart

11 décembre 2010

COUP DE   !!!

Même si vous ne foncerez sans doute pas sur les routes enneigées pour voir ce soir la dernière représentation, même si mon article arrive trop tard pour en faire la promo, je tenais à parler ici d’un coup de coeur, un spectacle magnifique, un duo de clowns aux multiples facettes : Franz & André.

Bougon et désabusé, Franz est un militaire infiniment seul qui s’est enfermé dans son quotidien de résistance. Seul dans sa routine, il combat le vent ; la guerre est finie depuis une éternité déjà. Quand survient André, c’est la joie authentique qui débarque, c’est la tendresse qui s’invite, en salopette bleue. Et le quotidien maussade et morose de Franz s’en trouve alors tout bouleversé. Sous les yeux d’un public rapidement fasciné, ils se chamaillent, se cherchent, se disputent, s’entraident, s’apprennent, s’apprivoisent.

Chacun est le contrepoids de l’autre et le duo fonctionne à merveille, offrant un spectacle rythmé par des émotions pures, qui tour à tour désarçonnent et envoûtent le spectateur, qui finalement grandit en retrouvant son âme d’enfant. Car dans cet imaginaire particulier, on plonge sans filet pour un voyage vers les notions de passé, d’abandon, de lâcher-prise, de douleurs enfouies, de bonheurs oubliés et partagés.

Franz & André, une merveilleuse création qui, sans un mot, vous emporte loin, dans un univers hors du commun et hors du temps. Un spectacle reflétant aussi de très belles personnalités, qui se complètent dans le rire comme dans le déchirement. La complicité qui unit ces deux comédiens, mêlée à leur immense talent, donne véritablement son envol au spectacle.

Dans un décor époustouflant et sous une musique aux allures de troisième personnage, la magie opère : le cœur tremble et rit.

 

Mise en scène : Julien Mutombo et Kévin Troussart
Avec : Julien Mutombo et Kévin Troussart – sans oublier Benjamin Mutombo et Déborah Troussart, qui oeuvrent dans l’ombre !
A l’Espace Marignan de Charleroi (Vaudeville – Boulevard Tirou, 53)
Du 30 novembre au 11 décembre 2010
Infos et réservations : 071 31 22 51 – www.espacemarignan.be

 

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Rebus et le loup-garou de Londres ~ Ian Rankin

7 décembre 2010

Et je continue avec Rebus. Plus ça va, plus il me plaît, John. J’aime de plus en plus sa vraie modestie, sa façon de bosser en solo, d’aiguiser son flair en suivant son instinct coûte que coûte, de s’asseoir sur l’ordre établi et de s’énerver intérieurement contre la terre entière.

Pour cette troisième enquête, John Rebus est envoyé à Londres où ses collègues du sud ont besoin d’un regard neuf sur une affaire qui leur échappe : celle du Loup-garou. Un loup-garou particulier puisqu’il ne doit son nom qu’à la rue dans laquelle a été retrouvée sa première victime : Wolf Street. Présenté comme un expert dans le domaine des tueurs en série, Rebus sent dès son arrivée fondre sur ses épaules tout le poids des espérances de son nouveau collègue, George Flight.  

On n’échappe évidemment pas aux préjugés, d’un côté comme de l’autre. Flight semble être l’un des seuls à accepter l’Ecossais sans une montagne de railleries. La comparaison entre Londres et Edimbourg est inévitable et plonge souvent Rebus dans des monologues intérieurs. Ceux-ci sont d’ailleurs généralement plus poussés que dans les deux enquêtes précédentes. Rebus, le flic étranger, se pose encore plus de questions, parce qu’on attend véritablement de lui des réponses. Et ces réponses viendront, bien évidemment, des méthodes explosives de Rebus, qui se moque bien que tout Londres s’en arrache les cheveux.

La psychologie entre en jeu dans cette enquête sous les traits de Lisa Frazer, une jolie canadienne, qui s’impose avec un concept intéressant : comment retrouver un tueur en série d’après son portrait psychologique ? De là surgissent des théories surprenantes et parfois même efficaces qui font avancer le roman à un rythme soutenu.

Les descriptions des lieux quant à elles, sans être de l’ordre du spectaculaire, sont juste dosées comme il faut pour nous plonger dans l’ambiance oppressante des quartiers grouillants comme dans celle angoissante des quartiers déserts et mal fréquentés. Mystères et mensonges se tissent petit à petit pour se démêler assez rapidement. Et comme dans une enquête précédente, on a accès aux faits et gestes du fameux loup-garou dès les premières pages, ce qui crée une atmosphère très particulière.

Un polar sympathique dont la course poursuite savoureuse des dernières pages m’a valu quelques éclats de rire.

 

Quelques extraits

Bien entendu, le racisme était loin d’être aussi développé en Écosse. Pas besoin : les Écossais se contentaient d’être bigots. [P. 190]

 

Sans prendre la peine de demander la permission, Rebus s’empara du combiné comme d’une arme et composa un numéro.

— Passez-moi George Flight.

— Un instant, je vous prie.

Le bruit du transfert.

— Salle des homicides. Sergent Walsh à l’appareil.

— Je suis l’inspecteur Rebus.

— Ah oui ?

Le ton devint tranchant comme un burin.

— J’ai besoin de toucher un mot à Flight. C’est urgent.

— Il est en réunion.

— Allez le chercher ! Je vous dis que c’est urgent !

— Si vous souhaitez que je prenne un message…

La voix du sergent était chargée de doute et de cynisme. Tout le monde savait bien que quand l’Écossais parlait d’urgence, c’était du vent.

— Ne me faites pas chier, Walsh ! Soit vous me le trouvez, soit vous me passez quelqu’un qui fait autre chose de sa cervelle que de s’asseoir dessus !

Clic. Bip, bip, bip…

Un refus clair et net.

La secrétaire le dévisageait d’un air horrifié. Sans doute que les psychologues ne se mettaient jamais en colère. Il voulut afficher un sourire rassurant mais cela ne donna qu’un rictus figé de clown ivre. Il esquissa une révérence, pivota sur ses talons et se dirigea vers l’escalier, sous le regard de la pauvre femme terrorisée jusqu’au tréfonds de son âme. [P. 299]

RANKIN, Ian. Rebus et le loup-garou de Londres. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le Livre de Poche, Policier ; 37102). 348 p. ISBN 978-2-253-10104-8

  

 

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D’autres enquêtes de John Rébus :

1. L’étrangleur d’Edimbourg

2. Le fond de l’enfer

 


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Où j’ai laissé mon âme ~ Jérôme Ferrari (Prix Passa Porta, lecture n°1)

2 décembre 2010

Parmi les quatre romans sélectionnés pour le prix Passa-Porta, j’ai attaqué celui-ci en premier. Parce que c’est le roman qui m’inspire le moins, son sujet ne m’attire pas : la guerre d’Algérie… La guerre tout court. Je suis au regret de vous dire qu’il y avait longtemps que je n’avais plus eu envie de distribuer des baffes aussi puissantes à la lecture d’un roman.

Après avoir traîné deux semaines sur les trente premières pages, j’ai fini par me gaver du reste en une soirée : il fallait que j’en finisse. Je ne peux pas dire exactement la part que mes a priori ont pris dans les non-sensations et l’agacement éprouvés lors de ma lecture. Je suis restée en dehors de ce roman. Et à la toute fin, lorsque j’y suis rentrée, ce ne fut qu’à cause d’une profonde exaspération. On ne peut pas dire que le style soit fade, que l’histoire soit molle, mais le ton las (nostalgique ?) m’a rapidement lassée. Et plus que lassant, ce roman est agaçant.

D’une part, Horace Andreani parle à son capitaine et « ami » : André Degorce. D’autre part, on est en Algérie en 57, c’est la guerre.

D’abord Andreani. Le ton pleurnichard d’Andreani. Qui s’adresse à Degorce un chapitre sur deux en lui radotant son amour soumis et éternel. Pouah ! Et sur des pages et des pages, il n’en finit pas de geindre sans jamais reprendre son souffle. Tous ces passages sont des rumeurs monotones, je pouvais presque entendre une voix lancinante bourdonner dans ma tête.

Ensuite Degorce. Qui se prend subitement de compassion, d’amitié ou de je ne sais quoi pour Tahar, un terroriste qu’il vient de faire arrêter. Degorce qui incarne la victime devenue bourreau, comme si c’était inévitable. A plusieurs reprises, pourtant, on trouve un soupçon de raison :

— C’est une connerie, je sais, mon capitaine, répète Moreau. Mais tout le monde fait des conneries. Nous sommes des hommes.

Le capitaine Degorce ne répond pas.

(Nous sommes des hommes. C’est la faute, non l’excuse. La faute.) [P. 75]

Mais cette phrase elle-même est l’excuse.

 

Et quand vient la fin, ce n’est même pas du soulagement, c’est de l’énervement qui surgit. Le pauvre petit Degorce  a laissé son âme on ne sait où et s’en rend compte après avoir massacré, torturé, tué des hommes, à le lire on croirait que la victime, c’est lui. Victime d’être bourreau, ahahah ! Les dernières pages ne sont qu’un ramassis d’idioties fatalistes. « Je suis un homme et la nature de l’homme est d’être con, méchant et cruel. » J’ai détesté ce livre parce qu’il ne laisse la chance à rien d’autre que la violence, le pouvoir et la cruauté qu’on nous balance à la figure. Il n’y a de place que pour le mal que les personnages se font.

Bien sûr, pour le lecteur, il y a des possibilités de réflexions. L’auteur nous pousse évidemment à nous poser des questions, à réfléchir… Nous sommes tous des victimes, mais nous sommes aussi et surtout tous des bourreaux. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? Comment la souffrance dont on est victime peut-elle engendrer autant de mal quand on n’a pourtant besoin que de la chaleur des êtres aimés ? Pourquoi s’éloigne-t-on alors de ceux-ci ? L’auteur nous parle également du pouvoir, sous toutes ses formes :

Tahar est toujours en chaussettes. Ses chaussures sont posées dans un coin, des mocassins de cuir tressés. Le capitaine Degorce leur jette un bref regard satisfait avant de s’assombrir en y reconnaissant le symbole tangible et dérisoire de son pouvoir. Il a le pouvoir de faire apparaître ou disparaître une paire de chaussures, de décider qui doit rester nu et combien de temps, il peut ordonner que le jour et la nuit ne franchissent pas les portes des cellules, il est le maître de l’eau et du feu, le maître des supplices, il dirige une machine, énorme et compliquée, pleine de tuyaux, de fils électriques, de bourdonnements et de chair, presque vivante, il lui fournit inlassablement le carburant organique que réclame son insatiable voracité, il la fait fonctionner mais c’est elle qui régit son existence et, contre elle, il ne peut rien. Il a toujours méprisé le pouvoir, l’incommensurable impuissance que son exercice dissimule, et jamais il ne s’est senti aussi impuissant.

 

Mais ces quelques passages efficaces ne réussiront pas à faire de ce roman un texte inoubliable et marquant.

Et pourtant, je suis certaine que la plume de Jérôme Ferrari dans un tout autre contexte pourrait être merveilleuse… Dommage.

FERRARI, Jérôme. Où j’ai laissé mon âme. Arles : Actes Sud, impr. 2010. 153 p. ISBN 978-2-7427-9320-4

 

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Vous pourrez bientôt retrouver mon avis sur les trois autres romans de la sélection du prix :

- Rumba d’Alberto Ongaro ;

- Dans la nuit brune d’Agnès Desarthe ;

- Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal.

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