
Mémoires d’un jeune homme dérangé ~ Frédéric Beigbeder
17 novembre 2010J’ai commencé par son dernier, je me devais donc d’enchaîner avec le premier. Je me fous que cet homme joue avec sa médiatisation, que le personnage fasse vendre ou qu’on dise qu’il fait vendre. Je me fous de sa provocation et du but de sa provocation. Moi, cet homme, cet écrivain, je veux le prendre comme je le vois. (Le prendre dans le sens euh… Bref, j’imagine que ça n’intéresse personne.) Je me fous de son arrogance et de son côté ultra-agaçant. Je flirte avec ses mots. Je filtre les éternels insectes attirés par la lumière criarde des débats, battages et autres spécialités médiatiques. Parce que quand je le lis, je me sens bien. On dirait des mots cousus sur mesure pour mon lunatisme ambiant. Être fidèle à soi-même et donc extrêmement contradictoire : j’aime cette rareté.
L’histoire de Marc Marronnier, pour quelqu’un comme moi, c’est de l’absurde nouveau. Quelqu’un a qui on a « enseigné que la fête devait primer sur tout le reste », qui a fait de la fête son métier… Absurde, la fête c’est un monde à part. Si on en fait sa vie, ce n’est plus la fête. Mais ce n’est que le contexte. Dans la vie de Marc Marronnier, il y a les ricaneurs pantalonnés : sa bande de copains avec qui il rejoue sa déchéance festive tous les soirs. Il y aussi Victoire, avec qui il vit depuis un an. Il se prépare à la quitter. Elle le quitte. Et puis il y a Anne. Et quand Anne débarque, je n’ai plus qu’une phrase devant les yeux. Une phrase qui sort tout droit d’Un roman français : « L’amour doit être passionnel, inconditionnel, fusionnel et jaloux, quitte à durer peu. ».
Ces mémoires ne sont rien de plus qu’un écran sur lequel le lecteur voit défiler de l’intérieur une bande de jeunes cons imitant des auteurs américains et dépravés en plein succès à l’époque de la sortie de ce roman. Ce n’est rien de plus qu’un passage d’une femme à une autre, qu’un amour apparemment voué à durer toute la vie… Ce sont les drames et les joies de Marc Marronnier. Et c’est ici que tout devient grandiose. Les drames et les joies, ça peut donner un roman où on pleure et on sourit. Mais il serait impensable de penser à pleurer sous le ton de Beigbeder. C’est une ironie fine et délurée qui s’empare du texte, des situations. Et c’est cette ironie badine, qui transparaît partout, que j’aime à la folie. Une ironie mutine qui fait sourire et rire. Rire pendant les drames ; sourire sous la joie.
Vais-je pouvoir attendre demain pour commencer Vacances dans le coma ? Si j’attends demain, est-ce que je le lirai cette semaine ? Ce mois ? Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt garder ces bons moments pour plus tard ? Pour qu’il en reste, pour savourer ?
Quelques extraits
L’instant fatidique a fini par arriver : Victoire m’avait déposé un mot dans l’entrée. « Dînons en tête à tête ce soir chez Faugeron. Il faut que je te parle. » C’était bon signe : Henri Faugeron servait un excellent magret. J’irais : mieux vaut bouffer du canard que poser un lapin. [P. 53-54]
C’est alors que mon destin pila devant moi en crissant des pneus. Anne avait dû m’entendre ou bien avait-elle déjà lu ce livre ? Elle m’offrit en tout cas l’hospitalité de son scooter. Elle aurait pu passer pour une femme pressée, avec son tailleur charnel et son walkwoman, mais les femmes pressées n’écoutent pas Jean-Sébastien Bach en brûlant tous les feux (même les verts). [P. 57-58]
Les rues étroites grouillaient de poètes en herbe et de touristes en short. Autant dire qu’il y avait beaucoup de pigeons sur la place Saint-Marc. [P. 94]
Les Rita Mitsouko se sont trompés : les histoires d’amour finissent bien. Sinon ce ne sont pas des histoires d’amour, ce sont des romans (ou des chansons des Rita Mitsouko). [P. 121]
BEIGBEDER, Frédéric. Mémoires d’un jeune homme dérangé. Paris :La Table Ronde, 2009. (La petite vermillon; 131). 147 p. ISBN 978-2-7103-2410-2





J’étais attirée par les textes de cet auteur à la librairie mais deux de mes meilleures amies ne l’apprécient pas du tout et elles m’ont découragée mais là je crois que je vais foncer quand même !
Lance-toi ! Ca vaut vraiment le coup d’essayer et de se faire une opinion par soi-même ! =)
Bon, franchement Beigbeder ne m’a jamais vraiment attiré en tant qu’auteur. Je n’aime pas sa prose dans les magasines.
Mais comme je suis un gars réglo, je vais essayer un bouquin pour me faire un idée un peu plus large…
Après tout, les blogs ça doit servir aussi à s’ouvrir l’esprit…
Merci pour ce billet.
Je n’ai jamais lu ses articles, mais ses bouquins sont vraiment grandioses ! J’espère que tu feras une belle découverte !
très belle critique. Le deuxième extrait est extra, on peut admirer son don pour les phrases acidulées.
Merci !
Si je m’étais écoutée, j’aurais recopié tout le livre…
Je me bats souvent en commençant comme toi, mais pour Amélie Nothomb. Beigbéder et Nothomb sont les deux écrivaisn mal-aimés de la littérature française (je mets volontairement de côté Lévy, Musso et compagnie). Et ce à cause de leur personnage. Ce qui est malheureux puisque, en l’occurrence avec Baigbéder, tu as découvert que derrière un personnage qui peut se révéler éreintant pour certains peut se cacher un super auteur.
De lui j’avais adoré 99frs, aimé Windows on the world (malgré son auto-complentation constante) et me laisserait tenter par ses autres romans, dont celui-ci, dès que mon agenda littéraire me le permettra ! ^^
Super critique pour un super écrivain !
Merci ! =)
Je comprends… Mais je trouve quand même qu’on ne jette pas les mêmes tomates à Nothomb. Je la défends aussi, même si comme beaucoup, certains de ses derniers romans m’ont déçue. Mais le reproche qu’on fait à Nothomb est différent : en plus de son côté “personnage excentrique”, beaucoup pointent du doigt le fait qu’elle sorte systématiquement un livre par an à la rentrée littéraire et qu’être prolifique, c’est bien mais encore faut-il tenir la barre de la qualité… Beigbeder, on lui reproche d’être imbu de sa personne, égocentrique, prétentieux, bourge, provocateur, etc. Et les gens ne voient plus que le reflet de ses défauts dans ses livres.
Le prochain que j’attaque est Vacances dans le coma et puis je me mettrai à ses Nouvelles sous ecstasy !
T’as bien commencé faut dire pour apprécier Beigbeder. Commencer par un roman français est la meilleure des choses à faire finalement car sans faire un méaculpa, bien au contraire, il permet de comprendre qu’il faut bien faire la distinction entre sa vie déraisonnable et ses personnages de roman (dans sa bande de potes, il parle d’ailleurs du frère d’Édouard Baer). Il est très critiquable par ses choix parfois douteux comme être journaliste pour Voici mais d’un point de vue littéraire c’est toujours un vrai bonheur. La deuxième bonne nouvelle dans ta façon de lire Beigbeder, c’est que tu liras son roman le plus mauvais à mon gout en dernier c’est à dire au secours pardon. Ma critique sur mon blog de Beigbeder est très proche de la tienne.
Cordialement
Dicky le Canard
Oui, j’ai commencé par Un roman français sur les conseils d’un ami qui adore Beigbeder et qui m’a dit : “Commence par Un roman français, c’est son meilleur, tu vas voir, il est juste génial !”
Effectivement, l’homme est peut-être imbuvable pour toutes sortes de raisons mais ses écrits sont tout de même savoureux !
Ca va, j’en ai encore quelques uns avant de découvrir Au secours pardon, et d’ici-là il en aura peut-être écrit un autre qui sera meilleur !
J’avais lu ta critique d’Un roman français en novembre et je m’étais sentie comprise. =)
Je n’ai jamais lu cet auteur et je n’ai que très vaguement entendu parler su ” personnage”. Ce n’est pas le genre de choses qui m’intéressent en général.
Ton avis par contre m’a intéressée au plus haut point! J’ai eu raison de te placer parmi mes tentateurs favoris, un de plus dans ma LaL ^^
[...] j’avais commencé par celui-ci pour enchaîner avec celui-là… J’ai finalement attendu un peu pour me jeter sur Vacances dans le coma, car la [...]