Archive pour novembre 2010

h1

Lunar Park ~ Bret Easton Ellis

30 novembre 2010

Après avoir commencé à dévorer du Beigbeder, je ne pouvais plus passer à côté de Bret Easton Ellis. Dans Lunar Park, Ellis raconte. Les personnages sont réels puisque le point de départ du roman n’est autre que sa propre vie. Après un rapide résumé des « épisodes précédents », rythmés par la sortie de ses différents livres, Ellis enchaîne sur sa nouvelle vie… « rangée ». Marié à Jayne Dennis, à qui il a promis d’arrêter complètement la drogue, il tente de se fondre dans une belle image de père pour son fils Robby et Sarah, la fille de Jayne, sans y parvenir vraiment. L’ambiance de départ est à Halloween. Halloween par un automne chaud près de Midland, qui se traduit par une énorme fête organisée par Bret et sa femme.

On assiste aux peu d’efforts de Bret pour intégrer cette société dont il a toujours été en marge. Très vite, on pressent la descente aux enfers, le bad trip, le cauchemar éveillé et interminable, dans un monde où les enfants, comme leurs parents, sont gavés de médicaments (pour l’hyperactivité, le déficit d’attention, etc.). Un monde caricaturé mais qui semble tellement, tellement vrai. Où est le réel, où est l’invention ? Entre les Xanax qu’il prend pour des Mentos, la Vodka qu’il boit comme du petit lait, les lignes de coke qu’il sniffe en cachette et la marijuana qu’il fume chez le voisin, le lecteur est en droit de se demander si les événements qui font monter l’angoisse ne sont pas juste des hallucinations.  Et pour cause : l’auteur semble être le seul témoin des changements qui s’opèrent autour de lui. Sans compter que tous ces faits étranges le ramènent systématiquement à son père défunt.

La Mercedes couleur crème qu’il croise sans cesse, les mails vides qu’il reçoit d’une banque à intervalles réguliers et toujours à la même heure, la disparition de plusieurs enfants, le Terby de Sarah censé être une peluche inoffensive, mais qui se révèle digne des nouvelles fantastiques de Maupassant,… De quoi devenir cinglé et paranoïa !

Au lieu de séparer les actions, les faits, Ellis les noue par des accumulations incessantes de « et », qui nous projettent dans de nouvelles accumulations. Et même si le roman en lui-même peut parfois sembler lent… L’auteur envoie le lecteur dans des rapides démentiels !

L’autofiction fait rage dans ce roman où l’auteur est un personnage hanté qui joue avec les mille quêtes d’identité qui l’animent. Les angles se précipitent les uns contre les autres, et on y assiste, comme Ellis, impuissants. S’entremêlent le rapport au père, le rapport au fils et donc au père, mais aussi le rapport étrange à ses personnages de fiction : Patrick Bateman, tueur psychopathe d’American Psycho ne lâche pas le roman un seul instant.

Plus les pages tournent, plus l’angoisse montent, plus Ellis captive.

 

Quelques extraits

 

— Tu ne sais vraiment pas comment t’y prendre, hein ?

— Pour quoi faire ? Une fête d’enfer ?

— Non. Pour être un mari. Pour être le papa.

— Euh, le mari, ça va – mais faire le papa, c’est un peu plus dur, ai-je dit. Papa, je peux avoir du jus d’orange ? Pourquoi pas un peu d’eau, ma chérie ? Papa ? Oui ? Je peux avoir du jus d’orange ? D’accord, ma chérie, tu veux du jus d’orange ? Non, ça va. Je vais boire de l’eau. C’est comme une putain de pièce de Beckett qu’on répète sans arrêt. » [P. 74-75]

 

J’ai entendu un autre instituteur dire à un couple soucieux, « C’est peut-être la raison pour laquelle votre enfant pourrait connaître des difficultés dans ses rapports interpersonnels », et il montrait au couple un dessin d’un ornithorynque qu’avait fait leur fils, en leur disant qu’un ornithorynque normal devait avoir l’air « moins dérangé ». À un moment donné, Jayne a murmuré tout doucement, « Je fais du yoga », et nous avons lu une rédaction écrite par Sarah, intitulée « J’aimerais être un pigeon », qui a fait éclater en sanglots Jayne, et j’ai regardé sans dire un mot les dessins du Terby – il y en avait des douzaines – furieux dans ses attaques en piqué sur une maison qui ressemblait à la nôtre. [P. 242-243]

  

Nous étions mardi – c’était le seul fait réel. [P. 292-293]

 

ELLIS, Bret Easton. Lunar Park. Paris : 10-18, impr. 2010. 472 p. (Domaine étranger ; 4330). ISBN 978-2-264-05113-4

h1

L’oeuf ~ Félicien Marceau

23 novembre 2010

Ecrite dans les années 50’, cette pièce n’a vieilli que quelque peu par le langage. Le reste, le contexte, les situations… n’ont pas pris une ride. Le reste a même pris de l’ampleur avec le temps. A 19 ans, Magis n’a encore jamais connu une seule fille. Pourtant… Pourtant d’après le système, il n’y a rien de plus facile ! Aborder une femme, lui faire la cour, la conquérir… hop, dans la poche ! Rien de plus facile ! Mais Magis, il galère. Et pour cause : le système est un fourbe qui ne veut pas de lui. Tout homme honnête qu’il est au départ, Magis va devoir ruser, voire même se métamorphoser pour arriver à ses fins : entrer dans cet œuf fermé qu’est le système. De l’ambiance bon enfant du début, il ne restera rien à la fin.

Le temps s’étire dans cette pièce comme les saisons qu’on voit passer en accéléré dans les films. Mais les ellipses se font si rapidement qu’on ne les sent pas, on a juste le temps de les comprendre, ce qui a pour effet de garder un certain rythme.

C’est une pièce aux allures de monologue, tellement truffée d’apartés qu’elle en devient presque un conte, narré par le personnage principal, Magis. Car celui-ci raconte véritablement son histoire au public. Pendant que les personnages entrent et sortent de scène, Magis entre et sort des saynètes qui s’enchaînent.

Au bout du compte, même si comme souvent, l’intrigue femme-mari-amant ressort, on a droit à une critique acerbe de la société, une critique qui plane au-dessus de la pièce, à travers des réflexions parfois assez philosophiques sur l’amour et ses dérivés.

Je serais curieuse de voir ce que ça donne sur les planches !

  

Quelques extraits

MAGIS

Chez Rose, pas de raisons. Chez les Berthoullet, il en traînait dans tous les coins. J’étais mûr pour la péripétie. Quiconque se met à penser aux raisons, l’angoisse se profile – et, derrière, la péripétie. On est heureux, on cherche les raisons de son bonheur, on s’aperçoit alors qu’elles sont précaires. Je pourrais être malade, perdre mon emploi, je n’ai pas d’économies : l’angoisse. On s’agite, on cherche autre chose : la péripétie… Je me disais : Rose, d’accord, bon, le plus beau derrière du quartier, certainement, mais quoi, depuis deux ans, ça ne peut pas durer… Mais où est-il écrit que les choses, ça ne doit pas durer ? Et la Tour Eiffel, elle ne dure pas, non ? [P. 67-68]

 

MAGIS

Non, au début, je n’ai pas eu de soupçons. Aucun. C’est peut-être bête mais c’est comme ça. Oh, j’avais bien compris qu’il l’avait aimée, Hortense, jadis, avant l’Indochine. Et elle aussi certainement. Ils avaient dû (bouffonnant) aichanger des baigers. Ça m’expliquait même qu’elle ait accepté de m’épouser. Elle devait désespérer, croire qu’il ne reviendrait jamais, le safran. Elle regrettait sans doute. Je n’étais pas son genre… Puis le Dugommier, forcément, avec son amour, sur Hortense, il se faisait des idées. La Madone, la poupée estra, la créature de rêve… Et il me tenait pour un jean-foutre, c’était clair… De voir sa poupée estra mariée à un jean-foutre, ça devait être pénible, je pense bien, mettez-vous à sa place… La nostalgie, quoi… Les choses qui auraient pu être… Alors je m’amusais à les emmerder… (Il se retourne vers Dugommier et Hortense.)

 

DUGOMMIER, mondain.

Ce que j’aime, c’est les meubles Empire…

 

MAGIS, rigoleur.

Question de goût ! Moi, je les préfère en bois. Ah ah ah ! (Dugommier et Hortense échangent un regard.)

HORTENSE, gênée.

Tu vois, Victor. Emile a toujours le mot pour rire. [P. 101]

 

MARCEAU, Félicien. L’oeuf. Paris : Gallimard, 1980. (Folio ; 1238). 148 p.

h1

Mémoires d’un jeune homme dérangé ~ Frédéric Beigbeder

17 novembre 2010

J’ai commencé par son dernier, je me devais donc d’enchaîner avec le premier. Je me fous que cet homme joue avec sa médiatisation, que le personnage fasse vendre ou qu’on dise qu’il fait vendre. Je me fous de sa provocation et du but de sa provocation. Moi, cet homme, cet écrivain, je veux le prendre comme je le vois. (Le prendre dans le sens euh… Bref, j’imagine que ça n’intéresse personne.) Je me fous de son arrogance et de son côté ultra-agaçant. Je flirte avec ses mots. Je filtre les éternels insectes attirés par la lumière criarde des débats, battages et autres spécialités médiatiques. Parce que quand je le lis, je me sens bien. On dirait des mots cousus sur mesure pour mon lunatisme ambiant. Être fidèle à soi-même et donc extrêmement contradictoire : j’aime cette rareté.

 L’histoire de Marc Marronnier, pour quelqu’un comme moi, c’est de l’absurde nouveau. Quelqu’un a qui on a « enseigné que la fête devait primer sur tout le reste », qui a fait de la fête son métier… Absurde, la fête c’est un monde à part. Si on en fait sa vie, ce n’est plus la fête. Mais ce n’est que le contexte. Dans la vie de Marc Marronnier, il y a les ricaneurs pantalonnés : sa bande de copains avec qui il rejoue sa déchéance festive tous les soirs. Il y aussi Victoire, avec qui il vit depuis un an. Il se prépare à la quitter. Elle le quitte. Et puis il y a Anne. Et quand Anne débarque, je n’ai plus qu’une phrase devant les yeux. Une phrase qui sort tout droit d’Un roman français : « L’amour doit être passionnel, inconditionnel, fusionnel et jaloux, quitte à durer peu. ».

Ces mémoires ne sont rien de plus qu’un écran sur lequel le lecteur voit défiler de l’intérieur une bande de jeunes cons imitant des auteurs américains et dépravés en plein succès à l’époque de la sortie de ce roman. Ce n’est rien de plus qu’un passage d’une femme à une autre, qu’un amour apparemment voué à durer toute la vie… Ce sont les drames et les joies de Marc Marronnier. Et c’est ici que tout devient grandiose. Les drames et les joies, ça peut donner un roman où on pleure et on sourit. Mais il serait impensable de penser à pleurer sous le ton de Beigbeder. C’est une ironie fine et délurée qui s’empare du texte, des situations.  Et c’est cette ironie badine, qui transparaît partout, que j’aime à la folie. Une ironie mutine qui fait sourire et rire. Rire pendant les drames ; sourire sous la joie.

Vais-je pouvoir attendre demain pour commencer Vacances dans le coma ? Si j’attends demain, est-ce que je le lirai cette semaine ? Ce mois ? Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt garder ces bons moments pour plus tard ? Pour qu’il en reste, pour savourer ?

 

Quelques extraits

L’instant fatidique a fini par arriver : Victoire m’avait déposé un mot dans l’entrée. « Dînons en tête à tête ce soir chez Faugeron. Il faut que je te parle. » C’était bon signe : Henri Faugeron servait un excellent magret. J’irais : mieux vaut bouffer du canard que poser un lapin. [P. 53-54]

 

C’est alors que mon destin pila devant moi en crissant des pneus. Anne avait dû m’entendre ou bien avait-elle déjà lu ce livre ? Elle m’offrit en tout cas l’hospitalité de son scooter. Elle aurait pu passer pour une femme pressée, avec son tailleur charnel et son walkwoman, mais les femmes pressées n’écoutent pas Jean-Sébastien Bach en brûlant tous les feux (même les verts). [P. 57-58]

 

Les rues étroites grouillaient de poètes en herbe et de touristes en short. Autant dire qu’il y avait beaucoup de pigeons sur la place Saint-Marc. [P. 94]

 

Les Rita Mitsouko se sont trompés : les histoires d’amour finissent bien. Sinon ce ne sont pas des histoires d’amour, ce sont des romans (ou des chansons des Rita Mitsouko). [P. 121]

BEIGBEDER, Frédéric. Mémoires d’un jeune homme dérangé. Paris :La Table Ronde, 2009. (La petite vermillon; 131). 147 p. ISBN 978-2-7103-2410-2

h1

Panique à l’hôtel de ville ~ Hugo Rezeda & Mythic

16 novembre 2010

A NE PAS MANQUER !!!

C’est l’effervescence dans la petite ville de Verdelange. Le Bourgmestre Robert Langevin s’apprête à recevoir la visite de son Président de parti qui a bien besoin de redorer l’image de sa formation politique après les nombreux scandales qui ont fait la une des journaux. Seulement voilà, entre sa femme qui se prend pour Bernadette Chirac, sa secrétaire nymphomane, un échevin véreux, des jumeaux encombrants et une partie de ses administrés en grève, la visite risque de ne pas se dérouler comme prévu.

Comme toutes les pièces d’Hugo Rezeda et Mythic, Panique à l’hôtel de ville est un petit bijou d’hilarité. C’est à un rythme effrené que s’enchaînent les situations rocambolesques. Les mensonges qui se succèdent, créent un effet boule de neige délirant, les portes claquent et les quiproquos fusent. Menée par des personnages survoltés, auxquels les six comédiens donnent un incroyable punch, ce vaudeville est aussi un mélange habile d’humours décapant, dévastateur et subtil. Jeux sur les mots et illusions ingénieuses, des mécanismes d’horlogerie qui entraînent le spectacteur dans un tourbillon comique et irrésistible.

Mise en scène : Hugo Rezeda
Avec : Micheline Martin / Pierre Henry / Hugo Rezeda /Alain Rochette / Bruno Sauvage

A l’Espace Marignan de Charleroi (Vaudeville – Boulevard Tirou, 53)
Du 9 au 27 novembre 2010
Du mardi au samedi à 20h15
Les samedis 13 et 20 novembre à 15h15
Les dimanches 14 et 21 novembre à 16h15

Infos et réservations : 071 31 22 51 – www.espacemarignan.be

 

h1

Le Prix Passa Porta – Indications – IESSID : 1ère réunion

12 novembre 2010

Encore une nouvelle expérience qui s’offre à moi ! Et cette fois, j’ai décidé de la partager ici. =)

Cette année, en tant qu’étudiante en section bibliothécaire-documentaliste à l’IESSID, je fais partie des 13 jurés du Prix Passa Porta – Indications – IESSID. (Le prix, qui porte pour l’instant le nom des trois organisateurs en collaboration, changera certainement de nom prochainement.)

Mardi soir, en présence de Natacha Wallez (professeur à l’IESSID) et de Lorent Corbeel (rédacteur en chef de la revue Indications), nous avons rencontré trois des quatre libraires qui ont établi pour nous la sélection des quatre romans en lice pour ce prix. Chaque libraire nous a donc présenté son coup de coeur :

- Point Virgule (Namur) : Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari (edit : lu en novembre 2010) ;

- Aden (Bruxelles) : Rumba d’Alberto Ongaro (edit : lu en février 2011) ;

- La Licorne (Bruxelles) : Dans la nuit brune d’Agnès Desarthe (edit : lu en février 2011) ;

- Livre aux trésors (Liège) : Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal (edit : lu en décembre 2010).

Le prix sera remis fin mars lors du Festival Passa Porta. Maison internationale des littératures à Bruxelles, Passa Porta « est un lieu de rencontre pour les amoureux de littérature et les auteurs littéraires, un espace où les liens entre les littératures néerlandophone, francophone et d’autres langues sont privilégiés. Passa Porta a ouvert ses portes en octobre 2004. La maison comprend une scène littéraire, une librairie multilingue, un espace dédié aux ateliers, une petite galerie, des espaces de bureau et un appartement pour écrivains et traducteurs en résidence. » [Le site de Passa Porta]

Quant à Indications, c’est une « organisation jeunesse reconnue par la Communauté française de Belgique dont l’objectif est d’éveiller l’esprit critique des jeunes et de les sensibiliser par la pratique aux différents langages artistiques. » 

J’ai particulièrement hâte de me plonger dans Rumba, qui a totalement été ignoré par la presse et qui m’a l’air très prometteur !

Rendez-vous en février pour un compte-rendu de notre deuxième réunion !

h1

Challenge New York en littérature

5 novembre 2010

J’aimerais bien, moi aussi, m’inscrire à tous ces challenges. Parce qu’il faut pas croire. Je suis comme vous, faible. Mais ça ne sert à rien. J’ai trop de livres, trop d’envies, trop d’humeurs, trop d’excès, trop d’excès d’humeurs changeantes. Je m’impose trop de choses et puis pas assez d’autres. Et le pire, c’est que je m’en fous, je continue, je m’enfonce. Et j’aime ça ! J’aime éperdument les listes qui resteront toujours intactes parce que j’ai changé d’avis à la seconde où j’ai écrit la dernière lettre. Les listes font parties de mon quotidien. Mieux : mon quotidien est ancré tout entier dans des listes de listes de choses que je ne ferai pas, de choses que je n’achèterai pas, de choses que je ne lirai pas, de choses que je n’ai pas besoin d’écrire. Mes challenges sont ailleurs. Concrètement, je ne sais pas encore où.

Tout ça pour dire que New York, c’est pas une ville qui m’attire. Ce n’est pas LA destination que je choisirais si je devais partir loin, pour deux jours ou pour deux ans. Mais New York en littérature, je veux bien y plonger les yeux fermés. Car ce n’est pas New York en tant que telle que j’ai envie de découvrir, c’est toute une époque, tout un univers que l’océan me cache. Alors, ça va vous paraître dingue mais oui, je m’inscris au challenge dEmily : le challenge New York en littérature.

 

 « New York est une ville passionnante, foisonnante, cosmopolite, à découvrir absolument. Si j’ai eu la chance de m’y rendre, et que j’espère que j’aurais un jour l’occasion d’y retourner, tout le monde ne peut pas forcément traverser l’Atlantique. Aussi, j’ai décidé de lancer le challenge “New York en littérature“. Le but est de lire, jusqu’au 1er novembre 2011, le plus de livres possible permettant de découvrir New York. » [Emily]

 

Et puis bien sûr une liste, que je lirai – ou pas. Bah, si ce ne sont pas ceux-là, c’en seront d’autres !

 

Auster, Paul ~ La nuit de l’oracle

Cunningham, Michael ~ Le livre des jours

Kellerman, Jesse ~ Les visages

McCann, Colum ~ Les saisons de la nuit

McInerney, Jay ~ Bright Lights, Big City

Price, Richard ~ Ville noire, ville blanche

Salinger, J. D. ~ L’attrape-cœurs

Selby Jr., Hubert ~ Last Exit to Brooklyn

 

À suivre, donc… =)

h1

Les yeux jaunes des crocodiles ~ Katherine Pancol

3 novembre 2010

Après une nuit de cauchemars, 6h, plus moyen de dormir. Ma lecture du moment était un thriller et il me fallait un roman qui me sortirait de l’ambiance sinistre de cette nuit-là : j’attrapai Les yeux jaunes des crocodiles qui trônait sur une étagère. La quatrième de couverture disait que Katherine Pancol y parlait des hommes, des femmes, d’un mensonge, d’amours et d’amitiés…

Elle nous offre en fait un roman qui fait du bien, qui réchauffe le cœur. C’est la vie de tous les jours qui foisonnent de personnages, d’humeurs et d’émotions. On retrouve la manipulation et l’orgueil, les désillusions et le courage. Les gens qui se font marcher dessus parce qu’ils sont bien trop gentils pour cette société qui fait régner les requins : Joséphine, bien sûr. La quarantaine trop en chair à son goût, aux petits soins pour ses deux filles, Hortense et Zoé, elle tombe des nues lorsqu’elle apprend que son mari la trompe et que tout le quartier est au courant. Ce roman, c’est son envol, sa renaissance. On y assiste, le cœur en berne. On tourne les pages en lui hurlant des encouragements silencieux. « Baisse pas les bras, Jo, ces gens ne comprennent rien à ce que tu es ! Tu vas y arriver, tu vas leur clouer le bec en leur montrant que t’es quelqu’un ! » Car autour de Joséphine, s’harmonisent les relations et les rapports de force. Relations intenses, insipides, glaciales, malhonnêtes ou délicieuses. Rapports de force scabreux, sournois, fiers, filandreux et impitoyables.

Autour de Joséphine, il y a Hortense, sa fille aînée, une peste qui entre dans l’adolescence avec l’intelligence de celle qui agit uniquement par intérêt. Il y a Zoé, la cadette, la douce qui possède encore toute l’innocence de l’enfance. Il y a Henriette, sa vieille mère, sèche et aigrie, méchante et égocentrique. Chef, son beau-père, prisonnier des griffes d’Henriette, assise sur son argent. Josiane, secrétaire et maîtresse de Chef, profondément gentille avec ceux qui le méritent, amoureuse en attente du bonheur simple. Shirley, la voisine de Jo, une Ecossaise mystérieuse, une battante adorable. Gary, le fils de Shirley, garçon paisible et touchant, se débattant avec son adolescence. Iris, la sœur de Jo, devant qui elle s’est toujours effacée, parce qu’elle avait tout pour elle et que son assurance et sa vanité ont fait le reste. Et puis il y a Antoine, Mylène, Philippe, Alexandre, Bérengère, Chaval, René, Ginette, Christine Barthillet et son fils Max… Des gens qui ne demandent qu’à être heureux mais qui ne savent pas comment s’y prendre, qui s’y prennent mal ou qui ne cherchent pas dans la bonne direction.

Bon, les passages sur la passion de Joséphine pour le XIIème siècle ne m’ont pas enchantée et ceux où elle se met à parler à Dieu encore moins, mais son inquiétude, ses faiblesses, son état de transe quand elle se met à écrire, ses ressources cachées et son envie de vivre ont créé en moi… un suspense. Ce n’est pas un roman qui vous tient en haleine grâce à de multiples rebondissements et chapitres courts. Et pourtant, l’attachement de Pancol pour ses personnages se ressent tellement intensément qu’elle m’a donné du suspense. « Cette femme va s’en sortir, j’en suis persuadée, mais comment ? »

De situations en situations, on entre au cœur de la vie de chaque personnage explorée tant par la troisième personne que la première personne du singulier. 600 pages qu’on ne voit pas passer tant l’univers est riche : le lecteur a tout entre les mains, le point de vue de chaque personnage sur les autres et, parfois une ligne plus tard, le point de vue du personnage qui vit la situation décrite. On en sort repu d’humanité.

C’est un roman enfui sous les rapports de force et les déboires catastrophiques du quotidien. Mais ce quotidien, présent d’un  bout à l’autre du roman,  est aussi terriblement enclin au bonheur.

 

Quelques extraits

Autrefois elle avait aimé la vie. Avant d’épouser Philippe Dupin, elle avait follement aimé la vie.

Et dans cette vie d’avant, il y avait du désir, cette « mystérieuse puissance du dessous des choses ». Comme elle aimait ces mots d’Alfred de Musset ! Le désir qui fait que toute la surface de la peau s’éclaire et désire la surface d’une autre peau dont on ne connaît rien. On est intimes avant même de se connaître. On ne peut plus se passer du regard de l’autre, de son sourire, de sa main, de ses lèvres. On perd la boussole. On s’affole. On le suivrait au bout du monde, et la raison dit : Mais que sais-tu de lui ? Rien, rien, hier encore il portait un prénom inconnu. Quelle belle ruse inventée par la biologie pour l’homme qui se croit si fort ! Quel pied de nez de la peau au cerveau ! [P. 76]

 

J’avais tellement envie de te séduire que je t’aurais filé un salaire de PDG sans que tu aies besoin de me le demander. Je t’ai fait croire que tous te voulaient pour que tu acceptes l’argent que je te donnais sans en être offensée. Qu’est-ce que j’ai été bête mais bête ! À bouffer du foin avec une fourchette ! Et aujourd’hui, tu fais la vertueuse. Mais dis-lui à ta fille comment tu m’as appâté ? Comment tu m’as mené par le bout du nez ! Je croyais être un mari, je suis devenu un larbin. Je t’ai supplié de me faire un petit et tu m’as éclaté de rire au nez. Un enfant ! Un petit Grobz ! Ta bouche vomissait mon nom comme si tu étais déjà en train de te faire avorter. Et tu riais ! Tu es si laide quand tu ris, si laide ! Raconte-leur ça aussi ! Dis la vérité ! Qu’elles apprennent ! Que les hommes sont des enfants attardés ! Qu’on les mène en agitant un bout de chiffon rouge ! Ils marchent comme des soldats troupiers ! [P. 98]

 

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » C’était le vieux Sénèque qui avait dit ça. [P. 657]

 

PANCOL, Katherine. Les yeux jaunes des crocodiles. Paris : Librairie Générale Française, 2010. (Le Livre de Poche ; 30814). 665 p. ISBN 978-2-253-12120-6

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 37 followers