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Demande à la poussière ~ John Fante

12 mai 2010

Quatrième de couverture

« On découvre dans Demande à la poussière une bourrasque littéraire qui conte les aventures d’Arturo Bandini, Rital du Colorado. Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l’Ouest sauvage. Elle se termine sur l’océan Pacifique, après moult détours, cuites et amours sans lendemain. Arturo Bandini, c’est l’alter ego de John Fante, fils de maçon bouillonnant, arpenteur de la dèche, écrivain avant tout. Arturo Bandini, c’est aussi toute l’enfance de l’immigré italien, la misère, l’humiliation de la mère trompée, les raclées du père. Les romans de Fante sentent la chaleur écrasante ou le froid mordant, les routes interminables, les chambres d’hôtel moites et les amoureuses sensuelles. » – Sophie Cachon, Télérama

 

Divagation personnelle

En demandant à un ami de me prêter ce livre (ce qui arrive rarement), je savais déjà qu’il me laisserait un goût particulier. Parce que c’est un 10/18, parce que la quatrième de couverture donne une ambiance et des noms, parce que l’ami dont je parle trois lignes plus haut l’a aimé.

Un goût particulier donc. Un goût de sable triste.

Car ce roman, c’est une perle ! Déjà, rien que pour son style qui joue le laisser aller, il faut le lire. L’auteur ou John Fante ou le narrateur ou Arturo Bandini – bref – il vit dans une chambre d’hôtel à Los Angeles. Il est venu y chercher l’inspiration pour écrire la nouvelle du siècle et faire fortune. Ce narrateur joue, écrit comme il pense, comme il parle. Il n’arrête pas de se morigéner tout seul, il alterne : première personne, deuxième personne. Il s’enfonce dans sa misère, n’arrive pas à écrire quelque chose de valable… Et quand enfin il y arrive, il claque son argent comme s’il était riche et entre dans un cercle vicieux. Mais malgré tout, John Fante nous donne à lire quelque chose de très frais parce que le ton est léger. Léger mais pas simple. Car Bandini nous livre son rêve de gloire incessant qui enveloppe tout le roman, parce qu’il change délicieusement d’avis toutes les cinq pages, parce qu’il est humain, quoi ! La haine et la frustration qui émane de lui sont autant de trésors pour le lecteur.

Alors, le sable, c’est Los Angeles, la chaleur et l’espoir qu’Arturo Bandini est venu chercher en quittant le Colorado. C’est l’ivresse de la gloire proche mais si lointaine. Le triste, c’est l’univers miteux dans lequel il vit, c’est les oranges parce que c’est ce qui coûte le moins cher, c’est les humiliations à répétition. Et le sable triste, c’est Camilla. Camilla, serveuse au Colombia Buffet, mexicaine et honteuse de l’être, magnifique dans sa blouse blanche de travail, sauvage, moqueuse et colérique. Non, le sable triste, c’est la passion d’Arturo pour Camilla. Qui la cherche, qui la trouve, qui lui fait du mal, qui l’attend, qui l’envoie chier, qui la cherche, qui s’en prend plein la gueule, qui l’attend, qui la retrouve… Camilla, c’est son amour et elle traverse le roman de long et large. Mais le roman, c’est pas un roman d’amour.

J’ai haï les personnages comme je les ai aimés deux pages plus loin. Je ne saurais dire si c’est l’énergie de la plume ou la force des métaphores qui m’ont emportée. Mais je crois bien que c’est tout à la fois.

 

Quelques extraits

Je prends les marches qui descendent le long du funiculaire d’Angel’s Flight jusqu’à Hill Street : cent quarante marches comme un grand, les poings serrés, peur de personne, d’aucun homme au monde, mais alors par exemple une peur bleue de traverser le Tunnel à pied, celui de la Troisième Rue. Claustrophobie. Et peur de l’altitude aussi, peur du sang et des tremblements de terre ; à part ça, plutôt brave, peur de rien sauf de la mort, sauf de la foule, de l’appendicite, des troubles cardiaques, oui, même de ça : tout le temps dans ma chambre, réveil en main, doigt sur la jugulaire, à me compter les battements de cœur, à épier les bruits suspects et sonder les gargouillis au fond de mon estomac. A part ça, comme j’ai dit, plutôt téméraire. [P. 28-29]

 

Ses cheveux coulaient sur l’oreiller comme une bouteille d’encre renversée. [P.203]

 

On s’est assis sur le sable pour les regarder. Elles sont si belles ces mouettes, qu’elle disait Camilla. 

« J’ai horreur des mouettes », moi j’ai fait.

« Toi d’abord t’as horreur de tout. »

« Non mais regarde-les. S’en prendre comme ça à ces pauvres crabes. Les crabes leur ont rien fait. Alors pourquoi elles viennent les embêter comme ça ? »

« Arrête avec tes crabes. Beurk. »

« Moi les mouettes ça me débecte. Elles boufferaient n’importe quoi. Plus c’est mort, plus c’est charogne, mieux c’est. »

« Dis, tu peux pas la fermer un peu, pour changer ? Faut toujours que tu gâches tout. Qu’est-ce qu’on en a à foutre, ce qu’elles mangent ? » [P. 219]

 

FANTE, John. Demande à la poussière. Paris : 10-18, 2002. 271 p. (Domaine étranger ; 1954). ISBN 2-264-03302-9

6 commentaires

  1. J’aime beaucoup ce que tu dis de ce livre…


  2. Ce roman est dans ma LAL et on dirait qu’il merite sa place ! Merci pour ce billet.


  3. Je suis une grande fan de Fante… je trouve ton billet très juste et très beau. Si tu as aimé celui-là, n’hésite pas à en lire d’autres. Les oeuvres où il est enfant sont géniales aussi.


    • @ Cath : Merci :)
      J’ai eu du mal à en parler pourtant, parce que c’est vraiment un livre particulier, à l’ambiance poignante presque indescriptible…

      @ L’Ogresse : Oui, vraiment ! Ce roman a quelque chose de très savoureux.

      @ Flof : Merci !
      Justement, l’ami qui m’a prêté celui-ci m’a dit qu’il avait les autres quand on en a discuté après ma lecture ! :) J’ai hâte de les lire mais en même temps, je veux prendre le temps de digérer celui-ci. Et je ne savais pas qu’il y avait des romans dans lesquels il est enfant ! Bon ben je vais aller faire gonfler un peu plus mal LAL… :p


  4. Bof bof, je ne suis jamais vraiment rentré dans ce roman. Très égocentrique et sans réelle histoire. Je ne me tourne pas vers des roman américains pour retrouver les spécificités de la littérature française!


  5. [...] Mon chien stupide de John Fante, parce qu’après avoir énormément aimé Demande à la poussière, j’ai envie de me replonger dans l’univers de [...]



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