Archive pour mai 2010

h1

Les chroniques d’Alvin le Faiseur, II : Le prophète rouge ~ Orson Scott Card

23 mai 2010

Quatrième de couverture

« ” La terre est avec moi, frère, dit Ta-Kumsaw. Je suis le visage de la terre, la terre est mon souffle et mon sang.
- Alors j’entendrai battre ton coeur dans le pouls du vent, dit Lolla-Wossiky.
- Je rejetterai l’homme blanc à la mer”, dit Ta-Kumsaw. »
1810, sur la Frontière des pionniers américains. Promis à l’avenir mystérieux et grandiose d’un « Faiseur », Alvin a dix ans. Le voici qui découvre le monde des hommes rouges, dont l’existence se confond avec les rythmes de la nature et de sa « musique verte ». Nouvelles épreuves, plus rudes; nouvelles révélations, plus extraordinaires. Après Le septième fils, Le prophète rouge ouvre Les chroniques d’Alvin à l’embrasement de l’Histoire, dans un récit magique et flamboyant.

 

Divagation personnelle

Dans ce deuxième tome, aussi magnifique que le premier, on met un certain temps à retrouver le petit Alvin. Les pouvoirs colonisateurs (français et anglais) préparent une guerre et tout est bon pour arriver à leurs fins. Orson Scott Card nous présente donc des personnages historiques ayant réellement existé (Harrison, La Fayette, Maurepas, Napoléon, Tenskwatawa,…), mais sous des caractères parfois différents. Napoléon a par exemple un pouvoir qui lui permet de soumettre ses semblables à une dévotion sans limite… Ce deuxième roman est aussi raconté sous un autre angle, celui des Rouges, comme disent les colons. On entre dans les plus étroites pensées des Indiens d’Amérique, ne faisant qu’un avec la terre. Mélange d’Histoire et de fantastique, ce récit est en fait bouleversant de vérité. Dans cette société où le christianisme ne s’est pas encore imposé, où la sorcellerie et les pouvoirs occultes sont profondément ancrés dans le quotidien, Orson Scott Card nous bouscule avant de nous envoyer des messages de paix et de tolérance.


Le rythme se fait plus haletant, le suspense fait son entrée et le style est d’autant plus poignant que l’histoire appelle à un gigantesque respect.

Je ne peux pas vous dire exactement comment et combien ce livre m’a retournée… Alors pour le savoir, je n’ai qu’un seul conseil : lisez-le !

 

Un extrait

La mère aimait beaucoup Ta-Kumsaw, plus que n’importe quelle mère de la tribu aimait un fils ; mais quand bien même, elle aimait davantage Lolla-Wossiky. Souventes fois elle leur avait raconté comment, bébé, Lolla-Wossiky se mettait à pleurer chaque hiver dès les premiers souffles d’air glacés. Elle avait beau le couvrir de peaux d’ours ou de bison, elle ne parvenait jamais à le calmer. Puis un hiver où il était assez grand pour parler, il lui apprit la raison de ces pleurs : « Toutes les abeilles vont mourir », dit-il. Voilà ce qu’était Lolla-Wossiky, le seul Shaw-Nee qui ait jamais ressenti la mort des abeilles. [P. 65]

 

CARD, Orson Scott. Les chroniques d’Alvin le Faiseur, II : Le prophète rouge. Paris : Gallimard, impr. 2000. 457 p. (Folio SF ; 15). ISBN 978-2-07-041575-9

h1

Un chant de Noël ~ Charles Dickens

20 mai 2010

Quatrième de couverture

Ecrit à la suite d’un voyage à Manchester, où Charles Dickens, visionnaire au grand coeur, avait défendu l’éducation comme moyen de lutte contre la pauvreté, Un chant de Noël préfigure les premières réformes pour humaniser le travail dans l’Angleterre industrielle de la reine Victoria. L’histoire de Scrooge, vieil avare grincheux et solitaire que trois fantômes vont convertir, la nuit de Noël, à la gentillesse et à la bonne humeur, continue de séduire petits et grands depuis sa parution en 1843. Drôle et émouvant à la fois, ce conte renoue pour notre plus grand plaisir avec le mythe du paradis terrestre.

 

 

Divagation personnelle

Que dire ? J’ai ENFIN terminé mon premier Dickens (commencé en décembre dernier, hum). Mais mon ressenti n’est pas des meilleurs. L’ambiance reste trop semblable de bout en bout. Pas de grosse révélation, pas de rebondissement non plus ; un petit conte, tout ce qu’il y a de plus prévisible.

Bon, bien sûr, je ne peux pas m’arrêter là. Parce que même si je ne suis pas rentrée dans l’histoire comme je l’aurais voulu, l’humour de Dickens m’a ravie. Lorsqu’il s’adresse directement au lecteur, je jubile en souriant de toutes mes dents. Il réduit la distance, nous prend à parti… Le lecteur devrait donc se sentir davantage concerné, non ? J’avoue rester un peu perplexe. Moi, ce conte ne m’a emmenée nulle part. C’est Noël, c’est beau, c’est Londres, d’accord… Mais tout ça est bien trop téléphoné et moralisateur à mon goût.

Et puis, il faut dire ce qui est : le rapport au christianisme a fini par me gonfler. Je n’ai pas trouvé ça merveilleux pour un sou. Un homme qui change d’attitude du jour au lendemain, qui devient son strict opposé… Moui.  Ceci dit, même si la morale m’a gênée, j’ai préféré la fin et j’ai tout de même presque apprécié la bonté nouvelle de Scrooge. Parce qu’elle semble naturelle, même si l’histoire, elle, a tout de quelque chose d’artificiel.

Parce que même si cette lecture ne m’a pas enchantée, il n’en reste pas moins que Dickens est un maître conteur.

 

Un extrait

« Homme, dit le Fantôme, si toutefois tu as bien un cœur d’homme et non de pierre, renonce à cet odieux jargon hypocrite tant que tu n’auras pas découvert en quoi consiste cet excédent et où il se trouve. Comptes-tu donc décider quels hommes doivent vivre et lesquels doivent mourir ? Il se peut qu’aux yeux du Ciel, tu vailles moins et soit moins digne de vivre  que des millions d’êtres semblables à l’enfant de ce pauvre homme. Oh, mon Dieu ! devoir entendre l’insecte sur la feuille décréter qu’il y a trop de vivants parmi ses frères affamés dans la poussière ! » [P. 123]

 

DICKENS, Charles. Un chant de Noël. Paris : Librairie Générale Française, 2009. (Le livre de poche ; 31589). 184 p. ISBN 978-2-253-08881-3

h1

Le prix du marchand de limonade…

19 mai 2010

Taguée par Aliénor pas plus tard que tout à l’heure (ou hier), je bois avec plaisir la limonade qu’elle me tend… :D D’ailleurs, ça me fait penser qu’au kot j’ai que de la Spa et que j’ai une envie inexplicable de Schweppes agrumes…

Signe particulier :

Voue un culte aux mots en -ouille. Oui, j’vous vois venir hein… Mais non, en fait, figurez-vous que ça vient tout droit du mot “grenouille”. Ah, on avait dit particulier, non ? :p

Mauvais souvenir :

Oral complètement traumatisant d’histoire de la littérature française des origines à nos jours avec un géant, un puits de littérature qui parle de Montaigne, Chrétien de Troyes et Ronsard comme s’il les avait connus. J’ai stressé mille fois plus en ce jour de gloire que pour tous mes autres exams et autres joyeusetés du genre réunis. Et toutes mes heures d’étude, mon acharnement à retaper mes dix pages recto verso de notes prises aux deux heures de cours hebdomadaires, mes sueurs froides quand je fluotais mes 80 euros de manuels, ma résistance à l’envie de tout balancer par la fenêtre, mon courage puisé jusque dans ses ultimes réserves, dans mon estomac qui ne voulait plus rien avaler… Bref. Tout ça pour un 1/10, parce qu’après avoir déblatéré en long et en large sur la vie de Voltaire, ses écrits, tout le bazar…, le puits de littérature m’a lâché : “Vous dites qu’il est parti en exil. C’est exact. Mais où est-il parti ?” et que j’ai eu un gros blanc.

Défaut :

J’ai le moquage très TRÈS facile. Okay, on est d’accord, c’est pas un défaut… Euh… Bah disons que j’ai aussi le râlage facile.

Film “bonne mine” :

Astérix et Obélix : mission Cléopâtre. Parce qu’à chaque fois que j’ai envie de le regarder, je me dis : “Ca va être bien, très bien même !”

Souvenir d’enfance :

Galoper à cru dans des champs de hautes herbes, entourée de forêts… Portée par le vent, les oiseaux qui volent bas. Tendre le cou quand on passe sous les feuillus, pour manger comme ma monture et rire comme une possédée dans le soleil couchant.

 

Voilouuu… Alors, maintenant, j’ai l’immense joie de taguer ‘Mandouille, Sybille, Flof13 et Ellcrys ! (Oui, parce que 10, c’est pas un joli chiffre et que je préfère 4.)

h1

Le dîner de cons ~ Francis Veber

13 mai 2010

Quatrième de couverture

Si Pierre vous invite un soir à dîner, méfiez-vous. Pierre a une spécialité : le dîner de cons. Un dîner qui a lieu une fois par semaine et dont le principe est tout simple : chaque invité doit amener un con. Celui qui a amené le plus spectaculaire est déclaré vainqueur.Le Jouet, La Chèvre, Les Compères, La Cage aux folles, L’Emmerdeur. Auteur de théâtre reconnu, il est aussi le réalisateur de films tels que : VeberFrancis

Ce soir, Pierre est ravi. Il a mis la main sur un champion du monde, François. Pierre s’apprête à passer un grand moment sans se douter de ce qui l’attend. Il va vite découvrir qu’avec François les soirées sont toujours imprévisibles.

Divagation personnelle

Le dîner de cons, avant de devenir un film culte, n’était autre qu’une pièce de théâtre. Une pièce formidable écrite au début des années 90’ par Francis Veber qui l’a ensuite adaptée pour le cinéma quelques années plus tard.

Le dîner de cons, c’est l’une de ces pièces où le comique agit comme par magie ! C’est un savant mélange de comique de caractère, comique de situation, comique de répétition, comique de mots, etc. Le comique de caractère, d’abord, car l’essence même de la pièce se trouve dans le personnage de François Pignon qui est à lui seul juste hilarant ! Le comique de situation : entraînés par des quiproquos et des malentendus à tout va, les personnages se retrouvent face à des situations qui leur échappent, ils perdent le contrôle et c’est ce qui nous fait rire, nous, lecteurs et spectateurs ! Le comique de répétition, avec Pignon qui répète parfois dix fois un « oui » de compréhension pour se rendre compte tout à coup qu’il n’a rien compris. Bref, les dialogues du film que tout le monde connaît ont été repris presque tels quels de la pièce, qui est donc toute aussi efficace !

Le pire dans l’histoire, c’est que Pignon, c’est un brave homme qui veut vraiment bien faire… Il en devient même attachant dans sa connerie. François Pignon est récurrent dans l’œuvre de Veber et a été joué par un bon nombre de comédiens. Mais lorsqu’on l’a vu une fois sous les traits de Jacques Villeret, on ne voit plus que lui. Alors, même lorsque les répliques et le jeu ne sont pas forcément délirants, il me suffit d’imaginer sa tête pour me mettre à rire toute seule.

Et puis ce qui m’épate toujours dans ces vaudevilles contemporains, c’est le rythme endiablé. On rit et les personnages ne s’arrêtent plus, doivent mentir pour s’en sortir mais ne s’en sortent pas… Rien ne retombe jamais. Et la fin, qui ne nous laisse pas sur notre faim, tend à qui veut la prendre une chouette petite morale. Car où sont les vrais cons, finalement, hein ? Enfin… Francis Veber a démontré son immense talent à maintes reprises mais pour moi, vraiment, Le dîner de cons restera je pense à la première place dans sa bibliographie comme dans sa filmographie.

Parce que rire du malheur des autres, ça calme et ça fait vraiment un bien fou, il faut que vous lisiez cette pièce irrésistible !

Je vous laisse sur deux extraits qui me font particulièrement rire, moi il faut vraiment que j’aille revoir le film ! :p

 

Quelques extraits

FRANCOIS — (Il compose un numéro.) On va vous tirer de là, monsieur Brochant, ne vous inquiétez pas, on va vous tirer de là. (Au téléphone.) Allô ? Je voudrais parler au Dr Archambaud, j’appelle de la part de Monsieur Pierre Brochant… Ah, excusez-moi, je me suis trompé de numéro, j’ai dû sauter une ligne dans le répertoire, il faut dire que c’est écrit tellement petit…

PIERRE — Bon, ça va, raccrochez, on s’en fout.

FRANCOIS — … Ah non, il ne va pas bien du tout, il a un tour de reins… Oui, le sale truc, il ne peut plus bouger, il est affalé sur le plancher comme un vieux sac, c’est pathétique…

PIERRE —Mais à qui il parle, là ? A qui vous parlez, bordel ?

FRANCOIS — (Au téléphone.) Excusez-moi, mais qui est à l’appareil ?… Ah bon, eh bien, je peux vous le dire, alors. Ça va très mal, sa femme l’a quitté, en plus. C’est un homme brisé, le cœur, les reins, tout…

PIERRE — (Il crie.) Mais arrêtez, enfin !

FRANCOIS — (Au téléphone.) Il faut que je vous quitte, ses nerfs sont en train de lâcher… Mais je vous en prie, au revoir.

(Il raccroche et se tourne, souriant, vers Pierre.)

C’était votre sœur.

PIERRE — Je n’ai pas de sœur.

FRANCOIS — (Surpris.) Vous n’avez pas de sœur ? (Geste vers le téléphone.) Je lui ai dit : « Qui est à l’appareil ? » Et elle m’a dit : « Sa sœur. »

PIERRE — (Accablé.) Il a appelé Marlène ! [P. 52-54]

 

FRANCOIS — (Il aperçoit Marlène et son visage s’éclaire.) Elle est rentrée ?

PIERRE — (Il fait les présentations.) François Pignon… Marlène.

François qui s’avançait, souriant, vers Marlène, s’arrête net.

FRANCOIS — Marlène ?

PIERRE — (Glacé.) Qui avez-vous viré, tout à l’heure, Pignon ?

FRANCOIS — Marlène !

MARLENE — Comment ?

PIERRE — (Un ton au-dessus.) Elle est là, Marlène, devant vous ! Qui avez-vous viré ?

LEBLANC — (Incrédule.) Ne me dis pas que !… (Il se met à rire.) Oh, nom de Dieu !

PIERRE — (Crispé.) Toi, si c’est pour rigoler, tu peux rentrer chez toi !

LEBLANC — (Il se reprend.) Excuse-moi.

PIERRE — (A François.) C’est une femme brune avec un tailleur gris que vous avez foutue dehors ?

FRANCOIS — (Se défendant.) Vous me dites : « L’autre folle va rappliquer, l’autre folle va rappliquer ! », je vois arriver une femme, je me dis : « C’est elle, c’est la foldingue ! »

MARLENE — (A Pierre.) De qui il parle, là ?

LEBLANC — (Au bord d’exploser de rire.) Je reviens…

Il se précipite vers la cuisine et éclate de rire, off.

PIERRE — (A François, d’une voix blanche.) Qu’est-ce que vous lui avez dit exactement ?

FRANCOIS — A qui ?

PIERRE — (Il crie.) A ma femme !

FRANCOIS — Mais rien !

PIERRE — Elle revient à la maison, vous lui parlez cinq minutes et elle repart en courant, qu’est-ce que vous lui avez dit !

FRANCOIS — (Geste vers Marlène.) Mais je croyais que c’était l’hystérique, je vous dis ! J’ai pensé, elle a trouvé quelqu’un pour garder les chiens et elle vient foutre la pagaille, cette nymphomane !

MARLENE — Mais de qui il parle, là ?

Leblanc, qui ressortait de la cuisine, repart précipitamment. On l’entend rire off.

PIERRE — Marlène, tu vas être gentille, tu vas rentrer chez toi, j’ai un problème grave à régler. [P. 120-123]

 

VEBER, Francis. Le dîner de cons. Paris : Pocket, 1998. 217 p. (Pocket ; 4324). ISBN 978-2266072991

h1

Demande à la poussière ~ John Fante

12 mai 2010

Quatrième de couverture

« On découvre dans Demande à la poussière une bourrasque littéraire qui conte les aventures d’Arturo Bandini, Rital du Colorado. Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l’Ouest sauvage. Elle se termine sur l’océan Pacifique, après moult détours, cuites et amours sans lendemain. Arturo Bandini, c’est l’alter ego de John Fante, fils de maçon bouillonnant, arpenteur de la dèche, écrivain avant tout. Arturo Bandini, c’est aussi toute l’enfance de l’immigré italien, la misère, l’humiliation de la mère trompée, les raclées du père. Les romans de Fante sentent la chaleur écrasante ou le froid mordant, les routes interminables, les chambres d’hôtel moites et les amoureuses sensuelles. » – Sophie Cachon, Télérama

 

Divagation personnelle

En demandant à un ami de me prêter ce livre (ce qui arrive rarement), je savais déjà qu’il me laisserait un goût particulier. Parce que c’est un 10/18, parce que la quatrième de couverture donne une ambiance et des noms, parce que l’ami dont je parle trois lignes plus haut l’a aimé.

Un goût particulier donc. Un goût de sable triste.

Car ce roman, c’est une perle ! Déjà, rien que pour son style qui joue le laisser aller, il faut le lire. L’auteur ou John Fante ou le narrateur ou Arturo Bandini – bref – il vit dans une chambre d’hôtel à Los Angeles. Il est venu y chercher l’inspiration pour écrire la nouvelle du siècle et faire fortune. Ce narrateur joue, écrit comme il pense, comme il parle. Il n’arrête pas de se morigéner tout seul, il alterne : première personne, deuxième personne. Il s’enfonce dans sa misère, n’arrive pas à écrire quelque chose de valable… Et quand enfin il y arrive, il claque son argent comme s’il était riche et entre dans un cercle vicieux. Mais malgré tout, John Fante nous donne à lire quelque chose de très frais parce que le ton est léger. Léger mais pas simple. Car Bandini nous livre son rêve de gloire incessant qui enveloppe tout le roman, parce qu’il change délicieusement d’avis toutes les cinq pages, parce qu’il est humain, quoi ! La haine et la frustration qui émane de lui sont autant de trésors pour le lecteur.

Alors, le sable, c’est Los Angeles, la chaleur et l’espoir qu’Arturo Bandini est venu chercher en quittant le Colorado. C’est l’ivresse de la gloire proche mais si lointaine. Le triste, c’est l’univers miteux dans lequel il vit, c’est les oranges parce que c’est ce qui coûte le moins cher, c’est les humiliations à répétition. Et le sable triste, c’est Camilla. Camilla, serveuse au Colombia Buffet, mexicaine et honteuse de l’être, magnifique dans sa blouse blanche de travail, sauvage, moqueuse et colérique. Non, le sable triste, c’est la passion d’Arturo pour Camilla. Qui la cherche, qui la trouve, qui lui fait du mal, qui l’attend, qui l’envoie chier, qui la cherche, qui s’en prend plein la gueule, qui l’attend, qui la retrouve… Camilla, c’est son amour et elle traverse le roman de long et large. Mais le roman, c’est pas un roman d’amour.

J’ai haï les personnages comme je les ai aimés deux pages plus loin. Je ne saurais dire si c’est l’énergie de la plume ou la force des métaphores qui m’ont emportée. Mais je crois bien que c’est tout à la fois.

 

Quelques extraits

Je prends les marches qui descendent le long du funiculaire d’Angel’s Flight jusqu’à Hill Street : cent quarante marches comme un grand, les poings serrés, peur de personne, d’aucun homme au monde, mais alors par exemple une peur bleue de traverser le Tunnel à pied, celui de la Troisième Rue. Claustrophobie. Et peur de l’altitude aussi, peur du sang et des tremblements de terre ; à part ça, plutôt brave, peur de rien sauf de la mort, sauf de la foule, de l’appendicite, des troubles cardiaques, oui, même de ça : tout le temps dans ma chambre, réveil en main, doigt sur la jugulaire, à me compter les battements de cœur, à épier les bruits suspects et sonder les gargouillis au fond de mon estomac. A part ça, comme j’ai dit, plutôt téméraire. [P. 28-29]

 

Ses cheveux coulaient sur l’oreiller comme une bouteille d’encre renversée. [P.203]

 

On s’est assis sur le sable pour les regarder. Elles sont si belles ces mouettes, qu’elle disait Camilla. 

« J’ai horreur des mouettes », moi j’ai fait.

« Toi d’abord t’as horreur de tout. »

« Non mais regarde-les. S’en prendre comme ça à ces pauvres crabes. Les crabes leur ont rien fait. Alors pourquoi elles viennent les embêter comme ça ? »

« Arrête avec tes crabes. Beurk. »

« Moi les mouettes ça me débecte. Elles boufferaient n’importe quoi. Plus c’est mort, plus c’est charogne, mieux c’est. »

« Dis, tu peux pas la fermer un peu, pour changer ? Faut toujours que tu gâches tout. Qu’est-ce qu’on en a à foutre, ce qu’elles mangent ? » [P. 219]

 

FANTE, John. Demande à la poussière. Paris : 10-18, 2002. 271 p. (Domaine étranger ; 1954). ISBN 2-264-03302-9

h1

Les secrets de Londres ~ Lee Jackson

9 mai 2010

Quatrième de couverture

Quels douloureux remords peuvent bien pousser une jeune femme à sauter du pont de Blackfriars pour espérer trouver, dans ces eaux froides, un semblant de pardon ? Sauvée in extremis, Nathalie Meadows, principale suspecte dans l’affaire du meurtre de la célèbre chanteuse de music-hall Ellen Warwick, se voit pourtant offrir une seconde chance. Forte d’une nouvelle identité, elle décide de tout mettre en œuvre pour découvrir le véritable assassin de son amie. Commence alors un dangereux voyage à travers les rues sombres et poussiéreuses du Londres victorien. Des bordels de Whitechapel en passant par les maisons bourgeoises de Manchester Square et les échoppes mal famées de Seven Dials, la ville n’a pas fini de révéler ses secrets…

 

Divagation personnelle

Attirée par l’accroche « Polar victorien » de la couverture, je me suis jetée sur ce roman qui était fait pour me plaire. Mais de polar il n’y avait malheureusement presque pas trace. Pourtant je ne peux pas dire que je me suis ennuyée : allez savoir pourquoi, le rythme, loin d’être très rapide, m’intriguait ! Derrière cette publicité un chouia mensongère, on se balade tout de même dans Londres durant toute l’histoire. Les chapitres sont d’ailleurs titrés de noms de rues. J’ai cependant été déçue par le style… Bâclé ? Un style en tout cas trop plat à mon goût (le seul moment où le style s’envole un peu réside dans mon premier extrait, plus bas), qui n’offre pas beaucoup d’occasions de s’évader vraiment.

Les personnages quant à eux n’offrent pas grand-chose à se mettre sous la dent niveau caractère. On devine bien sûr que celui-là n’est pas net, que celui-ci est un fameux salaud, que l’autre là ne ferait pas de mal à une mouche, que ce n’est qu’un pauvre gars, etc. Mais ils n’ont pas vraiment leurs propres traits de caractère, de sorte qu’on n’est dans l’incapacité de s’attacher à l’un d’eux, pas même au personnage principal, Nathalie Meadows. Cette dernière nous balade sur les traces de son amie, la chanteuse Ellen Warwick, sauvagement assassinée. Le problème, c’est qu’elle semble désespérément seule et qu’elle n’est franchement pas très adroite pour mener l’enquête. Heureusement pour elle, elle garde quand même l’attrait de la deuxième chance : ayant raté son suicide, toute la ville la croit morte. Si sa nouvelle et fausse identité n’est pas vraiment exploitée de la meilleure des façons par l’auteur – la psychologie du personnage aurait peut-être dû en prendre un coup – elle a quand même le mérite de nous balader à couvert et de « voir sans être vu ».

Le roman n’est pas déplaisant à proprement parler, mais la fin laisse fortement à désirer : on a droit à une fin ouverte qui n’a pas lieu d’être et qui tombe tout à fait par hasard… Sans compter la question rhétorique mais toujours présente : « Mais que font les flics ? ».

Et enfin, pour enfoncer le clou, j’ai trouvé le titre de la traduction*… Comment dire ? Prétentieux. Les secrets de Londres ? Pour un petit bouquin “de rien du tout” ? Mouais.

 

Quelques extraits

 L’inspecteur Burton et le sergent Johnson remontent Monmouth Street en flânant. Nul ne les regarde dans les yeux. Ni les fripiers, ni les cordonniers qui enfoncent à grands coups de marteau des clous dans des souliers à demi terminés, ni les enfants crasseux qui jouent dans le caniveau. Burton et Johnson sont néanmoins loin de passer inaperçus – on prononce entre voisins le mot « police », on le murmure à l’intérieur des habitations, il glisse des toits et se répand dans la rue si bien que même les pierres tombales du cimetière de St. Giles en deviennent nerveuses. [P. 220]

 

— Personne dans les parages, murmure Shaw. Alors ? C’est où ?

— Là-haut, répond le garçon en montrant du doigt la forme sombre de la corniche en stuc richement décorée qui orne l’angle de la bâtisse.

— Ça supportera pas ton poids.

— Moi, je pense que si.

— Et moi, je pense que ta mère m’étripera si tu te tues.

— Je serai mort, alors je m’en ficherai. Fais-moi la courte échelle. [P. 244]

 

* Pour info, le titre en VO est London dust.

JACKSON, Lee. Les secrets de Londres. Paris : 10-18, 2008. 283 p. (Grands détectives ; 4152). ISBN 978-2-264-04233-0

h1

Une étude en rouge ~ Arthur Conan Doyle

6 mai 2010

Quatrième de couverture

Au n°3 de Lauriston Garden, près de Londres, dans une maison aide, un homme est trouvé mort. Assassiné ? Aucune blessure apparente ne permet de le dire, en dépit des taches de sang qui maculent la pièce alentour. Sur le mur, griffonnée à la hâte, une inscription : Rache ! Vengeance ! Vingt ans plus tôt, en 1860, dans les gorges de la Nevada, Jean Ferrier est exécuté par de sanguinaires Mormons chargés de faire respecter la loi du prophète. Sa fille, Lucie, est séquestrée dans le harem du fils de l’Ancien. Quel lien entre ces deux événements aussi insolites que dramatiques Un fil ténu, un fil rouge que seul Sherlock Holmes est capable de dévider. Une intrigue tout en subtilités où, pour la première fois, Watson découvre le maître…

 

Divagation personnelle

Enthousiasmée, que dis-je, complètement envoûtée par l’univers de Sherlock Holmes porté à l’écran par Guy Ritchie en février, il fallait que je redécouvre l’œuvre d’Arthur Conan Doyle incessamment sous peu. Il faut dire que, fascinée par Londres et la fin du 19ème siècle, ma vie se suspend à la plume de cet auteur quand j’en commence la lecture.

Le seul défaut de ce roman est la frontière trop nette entre deux récits ; l’un se déroulant à Londres, l’autre en Amérique. J’ai encore une fois trouvé le flash-back explicatif trop long, je le lisais dans l’attente de Londres, du retour à la vraie histoire. Bon, côté suspense, faut pas trop en demander ! Mais le thème de la vengeance, une fois qu’on retrouve les vrais rails, tient en haleine.

J’aime ce premier roman pour cette rencontre marquante qu’est celle de Watson et Holmes. Holmes, sa rudesse, son chien, son violon… Watson, son côté candide, son humanité… Je suis à chaque fois sous le charme de leur rencontre, de la manière qu’a Conan Doyle de nous conter la complicité qui s’installe, de l’humour irrésistible qu’il sème partout… Et toujours ce modernisme, ces explications impressionnantes à propos des observations de Holmes qui ont mené au coupable ! Génialissime !

 

Quelques extraits

– Il n’est pas facile d’exprimer l’inexprimable ! répondit-il en riant. Holmes est un peu trop scientifique pour moi, – cela frise l’insensibilité ! Il administrerait à un ami une petite pincée de l’alcaloïde le plus récent, non pas, bien entendu, par malveillance, mais simplement par esprit scientifique, pour connaître exactement les effets du poison ! Soyons juste ; il en absorberait lui-même, toujours dans l’intérêt de la science ! Voilà sa marotte : une science exacte, précise.

– Il y en a de pires, non ?

– Oui, mais la sienne lui fait parfois pousser les choses un peu loin… quand, par exemple, il bat dans les salles de dissection, les cadavres à coups de canne, vous avouerez qu’elle se manifeste d’une manière pour le moins bizarre !

– Il bat les cadavres ?

– Oui, pour vérifier si on peut leur faire des bleus ! Je l’ai vu, de mes yeux vu.

– Et vous dites après cela qu’il n’étudie pas la médecine ?

 

– Ce que vous faites n’a pas d’importance aux yeux du public, repartit mon compagnon avec amertume. Ce qui compte, c’est ce que vous lui faites croire !…

 

Doyle, Arthur Conan. Une étude en rouge. Paris : Librairie Générale Française, 1995. (Le livre de poche). 147 p. ISBN 978-2253098102  

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 37 followers