Quatrième de couverture
Si Pierre vous invite un soir à dîner, méfiez-vous. Pierre a une spécialité : le dîner de cons. Un dîner qui a lieu une fois par semaine et dont le principe est tout simple : chaque invité doit amener un con. Celui qui a amené le plus spectaculaire est déclaré vainqueur.Le Jouet, La Chèvre, Les Compères, La Cage aux folles, L’Emmerdeur…. Auteur de théâtre reconnu, il est aussi le réalisateur de films tels que : VeberFrancis
Ce soir, Pierre est ravi. Il a mis la main sur un champion du monde, François. Pierre s’apprête à passer un grand moment sans se douter de ce qui l’attend. Il va vite découvrir qu’avec François les soirées sont toujours imprévisibles.
Divagation personnelle
Le dîner de cons, avant de devenir un film culte, n’était autre qu’une pièce de théâtre. Une pièce formidable écrite au début des années 90’ par Francis Veber qui l’a ensuite adaptée pour le cinéma quelques années plus tard.
Le dîner de cons, c’est l’une de ces pièces où le comique agit comme par magie ! C’est un savant mélange de comique de caractère, comique de situation, comique de répétition, comique de mots, etc. Le comique de caractère, d’abord, car l’essence même de la pièce se trouve dans le personnage de François Pignon qui est à lui seul juste hilarant ! Le comique de situation : entraînés par des quiproquos et des malentendus à tout va, les personnages se retrouvent face à des situations qui leur échappent, ils perdent le contrôle et c’est ce qui nous fait rire, nous, lecteurs et spectateurs ! Le comique de répétition, avec Pignon qui répète parfois dix fois un « oui » de compréhension pour se rendre compte tout à coup qu’il n’a rien compris. Bref, les dialogues du film que tout le monde connaît ont été repris presque tels quels de la pièce, qui est donc toute aussi efficace !
Le pire dans l’histoire, c’est que Pignon, c’est un brave homme qui veut vraiment bien faire… Il en devient même attachant dans sa connerie. François Pignon est récurrent dans l’œuvre de Veber et a été joué par un bon nombre de comédiens. Mais lorsqu’on l’a vu une fois sous les traits de Jacques Villeret, on ne voit plus que lui. Alors, même lorsque les répliques et le jeu ne sont pas forcément délirants, il me suffit d’imaginer sa tête pour me mettre à rire toute seule.
Et puis ce qui m’épate toujours dans ces vaudevilles contemporains, c’est le rythme endiablé. On rit et les personnages ne s’arrêtent plus, doivent mentir pour s’en sortir mais ne s’en sortent pas… Rien ne retombe jamais. Et la fin, qui ne nous laisse pas sur notre faim, tend à qui veut la prendre une chouette petite morale. Car où sont les vrais cons, finalement, hein ? Enfin… Francis Veber a démontré son immense talent à maintes reprises mais pour moi, vraiment, Le dîner de cons restera je pense à la première place dans sa bibliographie comme dans sa filmographie.
Parce que rire du malheur des autres, ça calme et ça fait vraiment un bien fou, il faut que vous lisiez cette pièce irrésistible !
Je vous laisse sur deux extraits qui me font particulièrement rire, moi il faut vraiment que j’aille revoir le film ! :p
Quelques extraits
FRANCOIS — (Il compose un numéro.) On va vous tirer de là, monsieur Brochant, ne vous inquiétez pas, on va vous tirer de là. (Au téléphone.) Allô ? Je voudrais parler au Dr Archambaud, j’appelle de la part de Monsieur Pierre Brochant… Ah, excusez-moi, je me suis trompé de numéro, j’ai dû sauter une ligne dans le répertoire, il faut dire que c’est écrit tellement petit…
PIERRE — Bon, ça va, raccrochez, on s’en fout.
FRANCOIS — … Ah non, il ne va pas bien du tout, il a un tour de reins… Oui, le sale truc, il ne peut plus bouger, il est affalé sur le plancher comme un vieux sac, c’est pathétique…
PIERRE —Mais à qui il parle, là ? A qui vous parlez, bordel ?
FRANCOIS — (Au téléphone.) Excusez-moi, mais qui est à l’appareil ?… Ah bon, eh bien, je peux vous le dire, alors. Ça va très mal, sa femme l’a quitté, en plus. C’est un homme brisé, le cœur, les reins, tout…
PIERRE — (Il crie.) Mais arrêtez, enfin !
FRANCOIS — (Au téléphone.) Il faut que je vous quitte, ses nerfs sont en train de lâcher… Mais je vous en prie, au revoir.
(Il raccroche et se tourne, souriant, vers Pierre.)
C’était votre sœur.
PIERRE — Je n’ai pas de sœur.
FRANCOIS — (Surpris.) Vous n’avez pas de sœur ? (Geste vers le téléphone.) Je lui ai dit : « Qui est à l’appareil ? » Et elle m’a dit : « Sa sœur. »
PIERRE — (Accablé.) Il a appelé Marlène ! [P. 52-54]
FRANCOIS — (Il aperçoit Marlène et son visage s’éclaire.) Elle est rentrée ?
PIERRE — (Il fait les présentations.) François Pignon… Marlène.
François qui s’avançait, souriant, vers Marlène, s’arrête net.
FRANCOIS — Marlène ?
PIERRE — (Glacé.) Qui avez-vous viré, tout à l’heure, Pignon ?
FRANCOIS — Marlène !
MARLENE — Comment ?
PIERRE — (Un ton au-dessus.) Elle est là, Marlène, devant vous ! Qui avez-vous viré ?
LEBLANC — (Incrédule.) Ne me dis pas que !… (Il se met à rire.) Oh, nom de Dieu !
PIERRE — (Crispé.) Toi, si c’est pour rigoler, tu peux rentrer chez toi !
LEBLANC — (Il se reprend.) Excuse-moi.
PIERRE — (A François.) C’est une femme brune avec un tailleur gris que vous avez foutue dehors ?
FRANCOIS — (Se défendant.) Vous me dites : « L’autre folle va rappliquer, l’autre folle va rappliquer ! », je vois arriver une femme, je me dis : « C’est elle, c’est la foldingue ! »
MARLENE — (A Pierre.) De qui il parle, là ?
LEBLANC — (Au bord d’exploser de rire.) Je reviens…
Il se précipite vers la cuisine et éclate de rire, off.
PIERRE — (A François, d’une voix blanche.) Qu’est-ce que vous lui avez dit exactement ?
FRANCOIS — A qui ?
PIERRE — (Il crie.) A ma femme !
FRANCOIS — Mais rien !
PIERRE — Elle revient à la maison, vous lui parlez cinq minutes et elle repart en courant, qu’est-ce que vous lui avez dit !
FRANCOIS — (Geste vers Marlène.) Mais je croyais que c’était l’hystérique, je vous dis ! J’ai pensé, elle a trouvé quelqu’un pour garder les chiens et elle vient foutre la pagaille, cette nymphomane !
MARLENE — Mais de qui il parle, là ?
Leblanc, qui ressortait de la cuisine, repart précipitamment. On l’entend rire off.
PIERRE — Marlène, tu vas être gentille, tu vas rentrer chez toi, j’ai un problème grave à régler. [P. 120-123]
VEBER, Francis. Le dîner de cons. Paris : Pocket, 1998. 217 p. (Pocket ; 4324). ISBN 978-2266072991